La CAF a écrit à ses 54 fédérations : la CAN doit-elle rester à 4 ans ou revenir à 2 ans ? Réponse attendue le 28 octobre, vote le 21 novembre.

Dix mois après avoir imposé une CAN tous les quatre ans sans consulter ses membres, la CAF demande désormais aux 54 fédérations ce qu’elles veulent. La réponse pourrait enterrer la réforme.

La Confédération africaine de football (CAF) a adressé une correspondance à ses 54 associations membres pour recueillir leur avis sur la périodicité de la Coupe d’Afrique des nations (CAN). Les fédérations ont jusqu’au mercredi 28 octobre 2026 pour se prononcer : maintenir le format à quatre ans, adopté en décembre 2025, ou revenir à la tradition biennale. Une décision finale est attendue lors de l’Assemblée générale du 21 novembre 2026 à Abuja, au Nigeria. Voilà les faits, dans l’ordre.

Maintenant, la question que ces faits posent.

En décembre 2025, Patrice Motsepe avait annoncé le passage à une CAN tous les quatre ans « à partir de 2028 » sans avoir consulté les 54 fédérations. Dix mois plus tard, la même instance demande à ces mêmes fédérations de choisir. Entre-temps, la CAN a été qualifiée de « suicide économique » par d’anciens dirigeants, la perte potentielle a été chiffrée à un milliard de dollars sur huit ans, et la Nations League censée compenser n’est pas près de rapporter un centime.

Une réforme imposée, jamais concertée

En décembre 2025, à la veille du coup d’envoi de la CAN au Maroc, Patrice Motsepe annonce que la compétition phare du continent se tiendra désormais tous les quatre ans, à partir de 2028. L’objectif affiché : aligner le calendrier africain sur celui de la FIFA et alléger la pression sur les clubs européens, qui se plaignent de perdre leurs internationaux africains en pleine saison.

Le problème, c’est la méthode.

Selon La Nation Bénin, le basculement vers un rythme quadriennal « avait été entériné sans qu’une véritable concertation préalable ne soit menée auprès des 54 fédérations nationales membres ». La décision a « suscité de vives critiques et des incompréhensions au sein de la famille du football africain, beaucoup estimant qu’un tel bouleversement nécessitait un consensus global ».

Autrement dit : une réforme majeure, présentée comme structurante, décidée sans les principaux intéressés.

Les faits : la circulaire, le calendrier, la consultation

Le 24 octobre 2026, le site marocain Le360 révèle que la CAF a adressé une correspondance à ses associations membres. Les 54 fédérations ont jusqu’au 28 octobre pour faire connaître leur position : quatre ans ou deux ans. Le même jour, le média égyptien Dostor confirme l’envoi de « lettres officielles » aux 54 unions nationales.

Cette consultation intervient après un revirement spectaculaire.

Le 9 octobre 2026, lors du sommet stratégique de la CAF au Cap-Vert, Patrice Motsepe déclare : « Nous envisageons de rétablir la périodicité biennale de la CAN. Cette question est à l’étude ». Il ajoute, selon l’AP, qu’il est « absurde, absolument n’importe quoi » de penser que la CAF reçoit des ordres de la FIFA ou de l’UEFA.

Le calendrier est désormais connu :
- 28 octobre 2026 : date limite pour les réponses des fédérations.
- 21 novembre 2026 : Assemblée générale ordinaire de la CAF à Abuja, au Nigeria. C’est là que « la proposition finale sera officiellement soumise au vote des fédérations ».

La CAN 2027, elle, est maintenue. Elle se tiendra du 19 juin au 17 juillet 2027 au Kenya, en Tanzanie et en Ouganda. Selon le calendrier initial, une édition était prévue en 2028, puis la suivante en 2032. Avec un retour au format biennal, « rien n’est désormais moins sûr ».

Pourquoi la CAF recule

Trois raisons expliquent ce rétropédalage. Elles sont documentées.

Première raison : l’argent. La CAN n’est pas une compétition parmi d’autres. C’est le principal actif financier de la CAF. « Il y a une dizaine d’années, la CAN représentait environ 40 % des revenus de la CAF », rappelle un observateur cité par OneFootball. « Un passage à quatre ans pourrait apparaître comme un suicide économique s’il n’est pas adossé à des sources de revenus alternatives clairement identifiées ».

D’autres estimations sont plus élevées. Selon Enquete.cd, « la CAN représente environ 80 % des revenus de la CAF ». Et le passage à un cycle de quatre ans « aurait fait perdre à la confédération la possibilité de générer jusqu’à un milliard de dollars de revenus potentiels sur huit ans ».

Deuxième raison : la Nations League ne rapportera rien tout de suite. Pour compenser la perte de la CAN biennale, la CAF a annoncé la création d’une Ligue des nations africaine, prévue à partir de 2029. Motsepe affirme qu’elle « pourrait générer plus de revenus que l’ancien format biennal de la CAN ». Mais dans l’immédiat, la compétition n’existe pas. Elle ne générera pas de revenus « pendant de longues années », reconnaît la CAF elle-même, citée dans la note du demandeur.

Troisième raison : la géopolitique du football. Le journaliste Romain Molina, qui avait révélé l’information en avant-première, estime que la réforme de décembre 2025 était une « concession » destinée à apaiser les relations avec l’UEFA et les grands clubs européens, en réduisant mécaniquement le nombre de départs de joueurs africains vers leurs sélections. Aujourd’hui, l’UEFA étant en conflit avec la FIFA, laisser la CAN à deux ans « pour ennuyer les Européens ne dérangera plus pour le moment », analyse la note interne.

Constant Omari, ancien dirigeant de la CAF, va plus loin : la CAF « a cédé à la pression des équipes européennes » en optant pour un intervalle de quatre ans.

Ce qui se joue le 28 octobre et le 21 novembre

Si les fédérations se prononcent majoritairement pour le retour au format biennal ce que la plupart des observateurs anticipent , la CAF devra acter un recul spectaculaire. Motsepe « devra accepter une reculade sur l’une de ses réformes », note Footafrica.

Mais le vote n’est pas acquis. Certaines fédérations pourraient préférer le statu quo quadriennal, notamment celles qui dépendent des financements de la FIFA et qui craignent de contrarier Zurich. D’autres pourraient vouloir monnayer leur voix.

Une chose est certaine : la méthode de décembre 2025 décider sans consulter ne pourra plus être reproduite. « C’est bien de demander à toutes les fédérations et le Comex doit continuer de le faire pour toutes les décisions majeures », reconnaît la note interne. La crise actuelle est, paradoxalement, une leçon de gouvernance.


La CAN va-t-elle revenir tous les deux ans ?
C’est probable, mais ce n’est pas encore officiel. La CAF consulte ses 54 fédérations jusqu’au 28 octobre 2026. Un vote est prévu le 21 novembre 2026 à Abuja. Patrice Motsepe a déclaré le 9 octobre que le retour au format biennal était « à l’étude ».

Pourquoi la CAF avait-elle décidé de passer à quatre ans ?
Officiellement, pour aligner le calendrier africain sur celui de la FIFA et réduire la pression sur les clubs européens. Officieusement, selon plusieurs observateurs, pour répondre aux demandes de l’UEFA et des grands clubs, qui se plaignaient de perdre leurs joueurs africains en pleine saison.

Combien la CAN rapporte-t-elle à la CAF ?
Les estimations varient. La CAN représenterait entre 40 % et 80 % des revenus de la CAF selon les sources. Le passage à un cycle de quatre ans pourrait coûter jusqu’à un milliard de dollars sur huit ans.

Qu’est-ce que la Nations League africaine ?
C’est une nouvelle compétition annoncée par la CAF, prévue à partir de 2029. Elle se jouerait chaque année et impliquerait les 54 nations. Elle est censée compenser la perte de revenus liée à la CAN quadriennale. Mais elle ne générera pas de bénéfices avant plusieurs années.