Trump a levé les sanctions sur le diesel russe, puis menacé de couper Starlink à l'Ukraine. Zelensky a refusé de céder. Récit d'un bras de fer perdu.

En trois jours, Donald Trump a tout tenté : un accord diesel avec Poutine, un « cessez-le-feu énergétique » annoncé sans prévenir Kiev, et une coupure de Starshield. Zelensky n'a pas cédé. Et Trump a reculé.

Donald Trump a voulu faire plier Volodymyr Zelensky. Il a levé les sanctions sur le diesel russe, annoncé un « cessez-le-feu énergétique » que ni l'Ukraine ni la Russie n'avaient validé, puis fait ralentir Starshield, le système satellite militaire dont dépendent les drones ukrainiens. Trois pressions en trois jours.

Zelensky a répondu par une phrase, dans les colonnes du Financial Times : « C'est fini. Le blocage est levé. »

Quelques heures plus tard, des drones ukrainiens frappaient le terminal pétrolier de Rostov-sur-le-Don. Starshield a été rétabli. Trump n'a pas réprimandé Zelensky. Il n'a rien dit.

L'accord diesel qui devait tout changer

Le 9 octobre 2026, le département du Trésor américain a publié une licence autorisant les transactions liées au diesel russe. L'autorisation court jusqu'au 7 avril 2027. Trump venait de s'entretenir au téléphone avec Vladimir Poutine. Le président américain a annoncé sur les réseaux sociaux un accord portant sur « plus de 300 000 tonnes » de diesel livrées immédiatement, 500 000 tonnes en novembre, puis un million de tonnes supplémentaires.

Pourquoi cette urgence ? Le diesel américain coûtait 6,28 dollars le gallon au 9 octobre, un record historique. Les élections de mi-mandat approchent. Les agriculteurs de l'Iowa et du Nebraska, électeurs républicains, voient leurs coûts exploser. Pour la Maison-Blanche, il fallait agir vite.

Le problème, c'est que cet accord revenait à financer l'effort de guerre russe. L'Ukraine a immédiatement réagi. Zelensky a qualifié la décision de « faible » et « de cadeau à Poutine ». Le Premier ministre estonien Kristen Michal a parlé d'« accords avec des dictateurs » qui mènent « en enfer ». Le chef de la diplomatie européenne a estimé que cela revenait à « alimenter la guerre de la Russie contre l'Ukraine ».

Le cessez-le-feu fantôme

Dimanche 11 octobre, Trump a publié un message sur Truth Social : « À compter de maintenant, il y a un CESSEZ-LE-FEU ÉNERGÉTIQUE dans la guerre entre la Russie et l'Ukraine. Les deux parties ont accepté. »

Sauf que personne n'avait été prévenu. Zelensky a déclaré au site Axios ne pas être au courant de cet accord. La Russie n'a rien confirmé. Trump avait annoncé un cessez-le-feu que lui seul connaissait.

Zelensky a néanmoins respecté une suspension de trois jours des frappes sur les raffineries russes. Par prudence, dit-il. Par crainte, aussi, que Washington ne coupe les renseignements américains qui permettent d'alerter la population des frappes russes imminentes.

Cette prudence n'a pas duré.

Starshield : l'arme qui a fait reculer Trump

Mercredi 14 octobre, les forces ukrainiennes ont signalé une anomalie. Starshield, la version militaire du réseau Starlink contrôlée par le Pentagone, avait cessé de fonctionner pour les drones et les missiles. Selon Reuters, l'ordre est venu de la Maison-Blanche. Deux responsables américains et un responsable occidental ont confirmé que le Pentagone avait reçu « la consigne de ralentir » le service Starshield pour l'armée ukrainienne.

Concrètement, les terminaux Starshield se déconnectaient lorsqu'ils se déplaçaient au-delà de 160 km/h. Une manière de brider les drones sans les éteindre complètement. Le message était clair : Washington pouvait couper les communications ukrainiennes à volonté.

Zelensky a saisi l'occasion. Dans un entretien au Financial Times publié le jeudi 15 octobre, il a annoncé la reprise des frappes sur les raffineries russes. « La suspension est levée. C'est terminé », a-t-il déclaré.

La nuit suivante, des drones ukrainiens frappaient le terminal pétrolier de Novoshakhtinsk, dans la région de Rostov. Le complexe, utilisé pour l'exportation de produits pétroliers et l'approvisionnement des forces russes, a pris feu. Les pompiers ont mis quatre jours à éteindre l'incendie.

La volte-face de Washington

Jeudi matin, la Maison-Blanche a démenti avoir ordonné la coupure. « Le président n'a jamais fait une telle demande », a déclaré un responsable. L'armée américaine a affirmé que son flux de renseignements vers l'Ukraine se poursuivait. Et la fonctionnalité complète de Starshield a été rétablie, sans commentaire.

Trump n'a pas réprimandé Zelensky. Il n'a pas commenté la frappe de Rostov. Il a laissé passer.

La séquence rappelle celle d'Anchorage, en 2025. Après une rencontre avec Poutine, Trump avait exigé que Zelensky cède des zones du Donbass. Zelensky avait résisté. Trump n'avait pas insisté. Il avait reculé.

Ce que cela dit du vrai rapport de force

La Russie a beau multiplier les déclarations triomphales, elle n'a pas obtenu ce qu'elle voulait. Le vice-Premier ministre Alexandre Novak a accusé l'Ukraine de violer le « cessez-le-feu énergétique » en frappant les raffineries de Saratov et de Riazan le 14 octobre. Kiev a démenti. Mais le mal était fait : la suspension ukrainienne avait pris fin.

Et le diesel russe ? Le vice-Premier ministre Novak a déclaré que les exportations commenceraient « dans deux à trois semaines ». Les compagnies pétrolières russes, a-t-il précisé, attendent les procédures. Pendant ce temps, les élections de mi-mandat approchent. Et les prix à la pompe ne baisseront pas avant.

L'ironie est cruelle. Trump a levé les sanctions pour faire baisser les prix. Mais l'Ukraine a repris ses frappes sur les raffineries russes, ce qui réduit la capacité de la Russie à produire du diesel. L'Agence internationale de l'énergie a averti que la levée des restrictions d'exportation russes « ne devrait pas changer matériellement l'équilibre mondial » parce que « la capacité de raffinage russe reste contrainte ».

Le vrai perdant : la crédibilité américaine

Trump a menacé de couper Starlink. Il l'a fait. Puis il a reculé.

Il a annoncé un cessez-le-feu que personne n'avait signé. Il n'a pas été respecté.

Il a promis du diesel russe. Il n'arrive pas.

Chaque fois, Zelensky a tenu bon. Chaque fois, Trump a cédé. Et chaque fois, l'Europe a regardé, impuissante, les États-Unis s'enfoncer dans une diplomatie erratique.

« En qualifiant Trump de faible, Zelensky avait raison », écrivait un analyste cette semaine. Les faits, jour après jour, lui donnent raison.


Pourquoi Trump a-t-il levé les sanctions sur le diesel russe ?
Pour faire baisser les prix du diesel aux États-Unis avant les élections de mi-mandat de novembre 2026. Le prix du gallon avait atteint un record de 6,28 dollars.

Qu'est-ce que Starshield ?
C'est la version militaire du réseau satellite Starlink, contrôlée par le Pentagone. Elle est essentielle aux communications et aux opérations de drones de l'armée ukrainienne.

Pourquoi Zelensky a-t-il repris les frappes sur les raffineries russes ?
Parce que la Russie a continué à frapper les infrastructures énergétiques ukrainiennes malgré le « cessez-le-feu » annoncé par Trump. Zelensky a déclaré que la suspension était terminée.

Trump a-t-il vraiment coupé Starshield ?
Selon Reuters, l'ordre est venu de la Maison-Blanche. La Maison-Blanche dément que Trump l'ait personnellement ordonné. Le service a été rétabli quelques heures plus tard.