Paul Biya a nommé Nama Remy président du Conseil constitutionnel avant même d'enterrer Clément Atangana. Un décret qui révèle la peur de la vacance.

Paul Biya a snobé le doyen anglophone Paul Nchoji Nkwi et nommé en urgence un magistrat de l'ombre pour présider le Conseil constitutionnel. Derrière la continuité institutionnelle, la peur d'un homme de 93 ans qui protège son système.

Paul Biya a signé un décret, vendredi 16 octobre 2026. Nama Remy est le nouveau président du Conseil constitutionnel. Il remplace Clément Atangana, décédé le 4 octobre à Paris. Douze jours de vacance. Pas un jour de plus.

Pourquoi une telle hâte ? Atangana n'est même pas encore enterré. La famille n'a pas reçu de condoléances officielles. Et Paul Biya, 93 ans, a préféré snobé le Pr Paul Nchoji Nkwi, doyen d'âge et anglophone, pour nommer un magistrat de l'ombre, chargé de mission à la Présidence.

Une question s'impose. Pourquoi maintenant ? Et pourquoi lui ?

Douze jours de vide, puis un décret

Clément Atangana est mort le 4 octobre 2026 à l'Hôpital américain de Paris. Il avait 85 ans. Premier président du Conseil constitutionnel depuis 2018, il avait proclamé la victoire de Paul Biya en 2018, puis de nouveau en 2025.

Dès le 5 octobre, le Pr Paul Nchoji Nkwi, doyen d'âge des conseillers, a assuré l'intérim, conformément à l'article 7 de la loi n°2004/004. Né en 1940, ce professeur d'anthropologie originaire de Kom, dans le Nord-Ouest anglophone, siège au Conseil depuis 2018.

Douze jours. C'est ce qu'aura duré cet intérim. Le 16 octobre, Paul Biya a mis fin au suspense. Nama Remy présidera.

Qui est Nama Remy ?

Le nouveau président du Conseil constitutionnel n'est pas un inconnu des palais de justice. Magistrat hors hiérarchie, il a gravi tous les échelons jusqu'au sommet de la pyramide judiciaire. Son parcours s'est longtemps écrit loin des caméras.

Chargé de mission à la division des affaires judiciaires du Secrétariat général de la Présidence de la République, il a également assuré l'intérim à la tête de cette division à partir de 2018, selon des informations publiées par la presse nationale en juin 2021. Il a siégé au conseil d'administration du Parc national de matériel de génie civil (Matgenie), représentant la présidence.

Il est originaire de la Mefou-et-Akono, dans la région du Centre. Un département situé à une trentaine de kilomètres de Yaoundé. Un « fils du Centre » à la tête de la plus haute juridiction du pays.

Pourquoi Nkwi a été snobé

Le Pr Paul Nchoji Nkwi, 86 ans, remplissait tous les critères pour présider l'institution à titre définitif. Doyen d'âge, membre depuis 2018, il connaissait les dossiers. Certains médias avaient même spéculé sur une possible confirmation.

Paul Biya ne l'a pas fait. Il a choisi un homme de l'ombre. Un magistrat qui n'a jamais siégé au Conseil constitutionnel. Un fidèle du sérail présidentiel.

Pourquoi ce choix ? La question mérite d'être posée. Anglophone du Nord-Ouest, Nkwi aurait pu apparaître comme un symbole d'ouverture dans un pays en proie à une crise séparatiste dans les régions anglophones. Mais dans un régime néopatrimonial, la loyauté personnelle prime sur l'équilibre régional.

La peur de la vacance

Paul Biya a 93 ans. Sa santé est un secret d'État. Depuis son retour au Cameroun le 20 août 2026, après 74 jours d'absence et une hospitalisation à Genève rapportée par Jeune Afrique, il n'est plus apparu en public.

Le Conseil constitutionnel joue un rôle clé dans la succession. C'est lui qui constate l'empêchement définitif du chef de l'État. C'est lui qui proclame les résultats de l'élection présidentielle. C'est lui qui valide ou invalide les recours.

Si Paul Biya meurt avant d'avoir nommé un président à cette institution, qui constatera la vacance ? Qui proclamera la succession ? Le poste de vice-président, réintroduit par la réforme constitutionnelle d'avril 2026, est toujours vacant. Le mécanisme de succession reste incomplet.

La nomination de Nama Remy est donc un acte de protection. Un réflexe de survie institutionnelle. Paul Biya s'assure que le Conseil sera présidé par un homme de confiance, capable de valider la transition dans les conditions qu'il aura lui-même définies.

Les multiples morts qui hantent Biya

Depuis le début de l'année 2026, les figures historiques du régime tombent. Ayang Luc, président du Conseil économique et social. Marcel Niat Njifenji, président du Sénat. Cavaye Yeguié Djibril, président de l'Assemblée nationale. Clément Atangana, président du Conseil constitutionnel.

Une génération politique s'efface. Le système néopatrimonial de Paul Biya repose sur des allégeances personnelles. Chaque décès fragmente les réseaux. Chaque disparition crée un vide que les procédures ne comblent pas.

Biya le sait. Il voit le miroir. À 93 ans, il sait que son tour viendra. Alors il verrouille l'essentiel. Le Conseil constitutionnel, c'est l'arme qui valide les élections. Celle qui a proclamé sa victoire frauduleuse en 2025 avec 53,66 % des voix. Celle qui rejettera les recours de l'opposition en 2027, comme elle l'a fait en 2018 et 2025.

Le gouvernement attendra

Le contraste est saisissant. Paul Biya a nommé un président du Conseil constitutionnel en douze jours. Mais il n'a toujours pas formé de nouveau gouvernement, sept mois après sa prestation de serment du 6 novembre 2025.

Quatre ministères sont orphelins depuis cinq ans. Leurs titulaires sont morts entre 2021 et 2023. Le ministère des Mines attend un successeur depuis janvier 2023, après le décès de Gabriel Dodo Ndoke. Celui de l'Agriculture depuis août 2022, après la disparition de Clémentine Ananga Messina. Les postes d'Adoum Gargoum aux Relations Extérieures et d'Alim Hayatou à la Santé Publique sont vacants depuis cinq ans.

Le « Gouvernement des morts » fonctionne par intérim. Les dossiers courants sont traités. Aucune réforme de fond n'est lancée. Paul Biya avait promis un nouveau gouvernement « dans les prochains jours » lors de son message de fin d'année 2025, puis à l'adresse à la jeunesse du 10 février 2026. Sept mois plus tard, rien.

Pourquoi cette différence de traitement ? Parce que le gouvernement ne sert à rien dans la préservation du système. Le Conseil constitutionnel, si.


Qui est Nama Remy ?
Un magistrat hors hiérarchie camerounais, originaire de la Mefou-et-Akono. Il était chargé de mission à la division des affaires judiciaires du Secrétariat général de la Présidence de la République.

Pourquoi Paul Biya a-t-il snobé Paul Nchoji Nkwi ?
Le Pr Nkwi est anglophone du Nord-Ouest. Paul Biya a préféré un magistrat du Centre, fidèle du sérail présidentiel. Le régime privilégie la loyauté personnelle sur l'équilibre régional.

Pourquoi cette nomination est-elle intervenue si vite ?
Parce que Paul Biya, 93 ans, cherche à verrouiller le Conseil constitutionnel avant toute vacance du pouvoir. C'est cette institution qui constate l'empêchement définitif du chef de l'État.

Pourquoi le gouvernement n'est-il toujours pas nommé ?
Parce qu'il n'est pas essentiel à la préservation du système. Paul Biya gouverne avec des ministres par intérim et des « doubles ministres » depuis des années.