Un avocat camerounais analyse la fin de règne de Paul Biya : coup d'État, braquage institutionnel, et l'échec historique de l'opposition. Analyse sans fard.
Paul Biya, 93 ans, ne gouverne plus : il attend ses obsèques. Pendant ce temps, deux factions se déchirent pour sa succession, et l'opposition découvre trop tard qu'elle a été bernée.
Me Amédée Dimitri Touko Tom a écrit une phrase qui dérange. « La faute historique de l'opposition, c'est d'avoir crédité la dictature camerounaise d'un minimum de bonne foi. » L'avocat camerounais, connu pour ses positions tranchées, vient de publier une analyse de la situation politique de son pays. Elle circule déjà dans les milieux militants.
Son constat est simple : Paul Biya est en fin de vie. Deux clans s'affrontent dans son entourage. L'un prépare un putsch militaire. L'autre tente un braquage institutionnel via la nomination d'un vice-président. Et l'opposition ? Elle regarde le train passer, une fois de plus.
Derrière la formule, une question brûlante : et si l'alternance au Cameroun n'était qu'une illusion ?
Paul Biya : 93 ans, 44 ans au pouvoir, et une fin de règne qui s'éternise
Paul Biya est né le 13 février 1933. Il a 93 ans. Il dirige le Cameroun depuis 1982. Le plus vieux chef d'État en exercice au monde. Le plus ancien aussi.
Son absence de 74 jours entre juin et août 2026 a nourri toutes les rumeurs. Hospitalisation à Genève selon Jeune Afrique. « Court séjour privé » selon la présidence. Le ministre de la Communication René Emmanuel Sadi a démenti l'hospitalisation, tout en confirmant sa présence en Suisse.
Depuis son retour le 20 août, aucune apparition publique filmée ou photographiée de manière indépendante n'a été diffusée. Le décret signé le 15 octobre est devenu la seule preuve de vie officielle.
Le putsch qui n'aura peut-être pas lieu
Dans son texte, Me Touko Tom évoque « un coup d'État de type militaire » préparé par une faction de l'entourage présidentiel. L'allégation n'est pas nouvelle. En août 2026, Paul Biya a procédé à un remaniement militaire d'ampleur : six nouveaux commandants territoriaux, cinq colonels promus généraux, un nouveau major général.
Pour les analystes, ce mouvement n'est pas le signe d'un putsch imminent. Il serait au contraire conçu pour le prévenir. Depuis la tentative de renversement du 6 avril 1984, Biya repose sur un système d'équilibre entre armée régulière, gendarmerie, Garde présidentielle et BIR.
Le braquage institutionnel du vice-président
Le 4 avril 2026, le Parlement camerounais a adopté une révision constitutionnelle réintroduisant le poste de vice-président, supprimé depuis 1972. Paul Biya a promulgué la loi le 14 avril.
Le texte est clair : le vice-président est nommé et révoqué par le chef de l'État. Il assure l'intérim et achève le mandat en cas de vacance du pouvoir. Pour l'opposition, c'est un « coup d'État constitutionnel et institutionnel », selon les mots de Maurice Kamto.
Une rumeur avait circulé sur une nomination imminente de Franck Emmanuel Biya, fils du président. Un décret a même été fabriqué de toutes pièces. L'AFP a conclu à un faux. À ce jour, aucun vice-président n'a été nommé.
L'échec historique de l'opposition
Me Touko Tom n'y va pas par quatre chemins. « Aucune démarche s'inscrivant dans l'ordre institutionnel Biya ne peut conduire à l'alternance, ni aujourd'hui, ni en 2032. » L'avocat, ancien secrétaire régional du SDF-Ouest et aujourd'hui proche du MRC de Maurice Kamto, connaît le dossier.
Son diagnostic : l'opposition a commis une erreur fondamentale. Elle a cru pouvoir jouer le jeu institutionnel. Elle a cru que la dictature camerounaise avait un minimum de bonne foi. « C'est cette crédulité qui a coûté cher », écrit-il.
Le contexte lui donne raison. En 2025, Paul Biya a été réélu pour un huitième mandat « sans aucune apparition publique ni prise de parole ». Une élection sans campagne, sans débat, sans adversaire crédible, sans la majorité des votes exprimés dans les urnes. Et pourtant, validée.
Que reste-t-il à faire ?
La question que pose Me Touko Tom est brutale : « Chacun sait ce qu'il faut faire. » Il ne précise pas quoi. Mais le sous-texte est clair : la voie institutionnelle est morte. La rue, la mobilisation, la pression populaire, voilà ce qui reste.
Le MRC de Maurice Kamto a choisi cette voie depuis des années. Le parti a organisé des marches, des grèves, des campagnes de désobéissance civile. Résultat : une répression systématique, des arrestations, et un pouvoir qui n'a pas bougé d'un millimètre.
Les élections de 2032 se profilent. Paul Biya aurait 99 ans. Personne, dans son entourage, ne parle de cette échéance. Tout le monde, en revanche, parle de l'après-Biya.
Paul Biya est-il toujours président du Cameroun ?
Oui. Aucune vacance du pouvoir n'a été constatée. Paul Biya a signé un décret le 15 octobre 2026.
Un coup d'État se prépare-t-il au Cameroun ?
Des rumeurs circulent depuis plusieurs mois. Le remaniement militaire d'août 2026 est interprété par certains analystes comme une mesure préventive. Aucune preuve publique ne confirme un putsch imminent.
Qui succédera à Paul Biya ?
Le poste de vice-président a été réintroduit en avril 2026. Il reste vacant. Aucune nomination n'a été faite. Franck Biya, fils du président, est cité comme possible successeur.
L'opposition camerounaise peut-elle gagner une élection ?
Selon plusieurs analystes, dont Me Amédée Dimitri Touko Tom, la voie institutionnelle est verrouillée. L'alternance ne peut venir, selon eux, que d'une pression populaire extra-institutionnelle.