Quota réduit de 200 000 à 100 000 tonnes, pénurie de poisson annoncée dès fin novembre au Cameroun. Prix en hausse, ménages menacés.

Le géant du poisson congelé, qui contrôle 80 % du marché camerounais, prévoit des étals dégarnis dès fin novembre après la réduction de moitié de son quota d'importation par le MINEPIA.

Congelcam S.A. n'a plus de stock. Le géant camerounais du poisson congelé, qui assure environ 80 % des importations nationales, a vu son quota annuel passer de 200 000 tonnes en 2025 à 100 000 tonnes en 2026 sur décision du ministère de l'Élevage, des Pêches et des Industries animales. Ses 104 000 tonnes de capacité de stockage à Douala sont vides. Une demande de 100 000 tonnes supplémentaires, déposée le 18 septembre, n'a donné lieu qu'à une autorisation de 30 000 tonnes, jugée insuffisante par l'entreprise. Dès fin novembre, les marchés pourraient manquer de poisson. Et les prix, eux, ne pas attendre les fêtes pour grimper.

Le quota qui met le poisson sous tension

Douala, octobre 2026. Congelcam parle. L'entreprise ne le fait pas souvent. Mais cette fois, le ton est grave. « Au bout de sept mois, nos stocks étaient épuisés », confie Joseph Flavien Kankeu, responsable de la communication, joint par téléphone le 15 octobre. La phrase tombe, nette. Elle résume un an de tension entre l'État et son principal fournisseur de poisson congelé.

Les chiffres donnent le vertige. En 2025, le Cameroun a importé 267 601 tonnes de poissons et crustacés, selon les données provisoires de l'Institut national de la statistique. Congelcam affirme en avoir importé 200 000 tonnes sur cette même période. Soit près de 75 % des volumes nationaux. En 2026, le MINEPIA a ramené ce quota à 100 000 tonnes. Une baisse de 50 % qui, mécaniquement, a vidé les chambres froides en sept mois.

« Nous estimons que ce volume pourrait être épuisé en deux mois »

Le 18 septembre, Congelcam adresse une correspondance au ministre. Elle demande 100 000 tonnes supplémentaires. La réponse arrive, partielle : 30 000 tonnes. « Nous estimons que ce volume pourrait être épuisé en deux mois environ », prévient Joseph Flavien Kankeu. La mathématique est simple. Et brutale.

Pour comprendre l'urgence, il faut regarder le calendrier. L'importation de poisson congelé au Cameroun suit un cycle long. De l'autorisation à la livraison effective dans les entrepôts, il faut compter entre un et trois mois. Une décision prise aujourd'hui pour débloquer des volumes supplémentaires ne produirait ses effets sur les étals qu'en décembre, au mieux. Or, c'est précisément en novembre et décembre que la consommation explose, avant les fêtes.

104 000 tonnes de chambres froides vides

Sur le port de Douala, les installations de Congelcam dressent un constat muet. 104 000 tonnes de capacité de stockage. Inutilisées. L'entreprise a aussi lancé la construction d'un entrepôt de 10 000 tonnes au port de Kribi. Un investissement supérieur à 10 milliards de FCFA. Mais les chambres froides, aussi modernes soient-elles, ne se remplissent pas sans autorisations d'importation.

« Congelcam est victime de pressions », affirme l'entreprise dans son point de presse du 15 octobre. Elle dément détenir un monopole. Elle rappelle que 34 opérateurs sont agréés par le MINEPIA. Mais sur le terrain, la réalité est autre. Selon plusieurs sources concordantes, les autres importateurs Cameroun Frais, Ets Zumi, Green Sea, Lehas, Queen Fish et SCIMEX se partagent les 20 % restants du marché. Insuffisant pour absorber le choc.

La bataille du calcul des quotas

Congelcam conteste la méthode. L'entreprise affirme que certaines déclarations d'importation expirées auraient été prises en compte par la Société générale de surveillance dans le calcul de son quota. Une divergence qui éclaire l'écart entre la demande de 100 000 tonnes et l'accord de 30 000.

L'État veut-il réduire la dépendance aux importations ? Développer la pêche locale ? Ou rééquilibrer un marché dominé par un seul acteur ? Les trois hypothèses circulent. Aucune n'a été confirmée officiellement.

Les ménages en première ligne

Sur les marchés de Douala et de Yaoundé, les détaillants constatent déjà. Le carton de maquereau, poisson low-cost consommé par une large frange de la population, est passé de 25 000 à 32 000 FCFA en quelques semaines, selon des témoignages recueillis par Koaci. « Chaque semaine, une augmentation sans motif », dénonce une commerçante du marché Mokolo, à Yaoundé.

Les données de l'INS confirment une pression à la hausse. Entre avril et mai 2026, les prix des poissons et fruits de mer ont augmenté de 4,6 %. Une progression qui, si elle se poursuit, pèsera lourdement sur le budget des ménages. Le poisson et le riz sont les deux principaux produits alimentaires importés du Cameroun. Et le poisson, pour 75 % de la population, reste la protéine animale la plus accessible.

Jusqu'à mars 2027 ?

Congelcam projette des tensions jusqu'à la première moitié de mars 2027. Un scénario que l'entreprise elle-même qualifie de prévision, pas de certitude. Mais les délais d'importation rendent l'hypothèse crédible. Si aucune décision n'est prise dans les prochaines semaines, les volumes supplémentaires ne pourront pas être acheminés à temps pour les fêtes.

Interrogé sur la possibilité d'un arbitrage ministériel, un cadre du MINEPIA, qui n'était pas autorisé à parler, évoque « une révision en cours ». Sans plus de précisions. Au cabinet du ministre, aucune communication officielle n'a été publiée à ce jour.

L'enjeu : synchroniser l'État et le marché

Le problème dépasse Congelcam. Il touche à la capacité de l'État à piloter un marché alimentaire stratégique. Les quotas sont fixés annuellement. Les cycles d'importation sont longs. Les pics de consommation sont prévisibles. Et pourtant, chaque année, la même question revient : pourquoi le système n'arrive-t-il pas à anticiper ?

La réponse tient peut-être dans une phrase de Joseph Flavien Kankeu : « On ne peut pas remplir des chambres froides avec des autorisations qui arrivent après la saison. » Une formule qui résume, à elle seule, le décalage entre l'administration et le terrain.

Contexte

Le Cameroun importe massivement du poisson congelé depuis des décennies. La production nationale, estimée à environ 335 000 tonnes par an selon le MINEPIA, ne couvre pas une demande qui approche les 500 000 tonnes. L'écart est comblé par les importations, dominées par un acteur unique : Congelcam, fondé par Sylvestre Ngouchinghe, aujourd'hui sénateur.


Le poisson va-t-il vraiment manquer au Cameroun ?
Congelcam prévoit une pénurie dès fin novembre. Le MINEPIA n'a pas confirmé cette prévision. Mais les délais d'importation rendent une tension probable si aucune décision n'est prise rapidement.

Pourquoi l'État a-t-il réduit le quota de Congelcam ?
Le MINEPIA n'a pas expliqué publiquement sa décision. Plusieurs hypothèses circulent : volonté de réduire la dépendance aux importations, développement de la pêche locale, ou rééquilibrage du marché entre opérateurs.

Les prix du poisson vont-ils augmenter ?
Ils augmentent déjà. Le carton de maquereau est passé de 25 000 à 32 000 FCFA en quelques semaines selon des détaillants. L'INS enregistre une hausse de 4,6 % des prix des poissons et fruits de mer entre avril et mai 2026.

Que peut faire l'État pour éviter la pénurie ?
Débloquer rapidement des autorisations supplémentaires. Le cycle d'importation étant de un à trois mois, toute décision prise après octobre ne produirait ses effets qu'en 2027.