Il y a 7 ans, 43 personnes périssaient dans le glissement de terrain de Gouache IV à Bafoussam. Retour sur un drame dont les leçons n'ont toujours pas été tirées.

La pluie tombait sans discontinuer. Il était environ 22 heures. Sous le poids de l'eau, le flanc argileux de la colline a cédé. En quelques secondes, 11 maisons ont été englouties. 43 corps ont été sortis de la boue. Sept ans après, la colline est toujours là. Les constructions aussi.

Une nuit d'horreur à Bafoussam

Ce soir-là, il pleuvait des cordes sur Bafoussam. Dans le quartier Gouache IV, les familles s'étaient endormies. Sur les flancs de la colline, des habitations avaient été érigées, malgré l'interdiction formelle des autorités. Le sol, gorgé d'eau, n'a pas tenu.

Le glissement de terrain a emporté 11 maisons. Les secours, arrivés sur les lieux dans la nuit, ont travaillé pendant des heures pour extraire les corps. Le bilan, terrible, a été officialisé quelques jours plus tard : 43 morts. Un deuil national a été décrété. Le chef de l'État a débloqué une aide d'urgence de 200 millions de FCFA pour les familles et la reconstruction.

Les faits : ce qui s'est passé après le drame

L'émotion passée, les questions ont commencé à fuser. Pourquoi des familles habitaient-elles une zone à risque, malgré l'interdiction ? L'aide d'urgence de 200 millions de FCFA a-t-elle réellement atteint les familles des victimes ? Des mesures ont-elles été prises pour éviter qu'un tel drame ne se reproduise ?

Sur le terrain, la réponse est floue. Des témoins interrogés à Bafoussam évoquent des relogements partiels, des aides distribuées au compte-gouttes. « Certaines familles ont reçu de l'argent, d'autres n'ont rien vu venir », rapporte un habitant du quartier, joint par téléphone.

Contactées, les autorités locales n'ont pas répondu à nos sollicitations. Le communiqué officiel annonçant la tenue d'une commémoration n'était pas encore publié à l'heure où nous écrivons ces lignes.

Le danger n'a pas disparu

Sept ans après, le constat est amer. La colline de Gouache IV est toujours là. Et les constructions aussi. « Les gens continuent de bâtir sur les mêmes zones, parce qu'ils n'ont pas d'autre endroit où aller, ou parce que le foncier est moins cher », explique un habitant.

Ce n'est pas un cas isolé. À Yaoundé, à Douala, à Bafoussam, les flancs de colline et les zones inondables sont toujours occupés. Les services d'urbanisme manquent de moyens. Les démolitions sont rares. Et les alertes météo, quand elles existent, ne sont pas suivies d'effets concrets.

La vraie question, posée par les familles elles-mêmes, reste sans réponse : a-t-on vraiment tiré les leçons de Gouache ? À voir les grues qui continuent de tourner sur les collines, on en doute.


Que s'est-il passé à Gouache IV le 29 octobre 2019 ?
Un glissement de terrain a emporté 11 maisons, tuant 43 personnes, après des pluies diluviennes.

Quelles mesures ont été prises après le drame ?
Un deuil national a été décrété et une aide d'urgence de 200 millions de FCFA a été annoncée. Des relogements partiels ont eu lieu, mais les constructions en zone à risque continuent.

Pourquoi les habitants construisent-ils encore sur ces collines ?
Par manque de terrains disponibles dans les zones sûres, ou parce que le foncier y est plus abordable. Les contrôles d'urbanisme sont insuffisants.