Le gouvernement cherche des partenaires pour financer le complexe agroalimentaire de Kaélé, dans l'Extrême-Nord. Investissement : 23,2 milliards FCFA.
Le Complexe industriel agroalimentaire de Kaélé doit transformer 30 000 tonnes de sorgho, 15 000 tonnes de maïs, 20 000 tonnes d'oignons et 8 000 tonnes de viandes par an. Douze ans après les premières études, le projet n'a toujours pas vu le jour.
Le gouvernement camerounais cherche des partenaires pour financer, construire et exploiter le Complexe industriel agroalimentaire de Kaélé, dans la région de l'Extrême-Nord. Montant : 23,2 milliards de FCFA. Superficie : 30 hectares.
Le site doit transformer chaque année 30 000 tonnes de sorgho, 15 000 tonnes de maïs, 20 000 tonnes d'oignons et 8 000 tonnes de viandes bovines et de petits ruminants. Douze ans après les premières études, le projet n'a toujours pas vu le jour.
Le projet : 73 000 tonnes de matières premières
Le communiqué du ministère des Mines, de l'Industrie et du Développement technologique (MINMIDT) est clair. Le Complexe industriel agroalimentaire de Kaélé (CIAK) doit occuper un site de 30 hectares. Capacité totale de transformation : 73 000 tonnes de matières premières par an.
Les filières ciblées correspondent au potentiel agropastoral de l'Extrême-Nord. Le sorgho (30 000 tonnes), le maïs (15 000 tonnes), les oignons (20 000 tonnes) et les viandes (8 000 tonnes). La région est historiquement l'un des principaux bassins de production de ces cultures au Cameroun.
Le montant de 23,2 milliards de FCFA doit couvrir l'aménagement du site, la construction des installations, l'acquisition des équipements et des lignes de transformation, ainsi que le fonds de roulement nécessaire au démarrage des activités.
Le MINMIDT ne précise toutefois pas la répartition du financement. Il indique également que "la structure juridique et financière du projet reste à définir". Le partage du capital, la forme du partenariat et les conditions de participation des investisseurs seront arrêtés ultérieurement.
Douze ans de préparation
Le projet ne date pas d'hier. Les premières études préparatoires avaient déjà identifié Kaélé parmi les sites susceptibles d'accueillir une activité agroalimentaire industrielle. C'était il y a plus de dix ans.
En 2017, le MINMIDT lançait un appel d'offres pour la réalisation de la seconde phase de l'étude d'impact environnemental et social du projet. En 2023, une nouvelle procédure était lancée pour recruter un consultant chargé d'accompagner la recherche d'un investisseur.
Le 30 mars 2023, un appel à manifestation d'intérêt était publié. Le 15 mai, un appel d'offres suivait. La mission du consultant devait notamment consister à élaborer une stratégie de financement, à promouvoir le projet auprès de partenaires potentiels, à contribuer à leur mobilisation et à préparer la création d'une société de projet.
Cette étape devait permettre de faire passer le CIAK de la phase de préparation à celle de la recherche effective d'investisseurs. Trois ans plus tard, le gouvernement revient vers les investisseurs.
Le potentiel de l'Extrême-Nord
Le choix des filières n'est pas un hasard. L'Extrême-Nord est une zone agropastorale majeure. Le sorgho, le maïs, les oignons et l'élevage constituent des activités importantes pour les économies rurales de la région.
Kaélé, dans le département du Mayo-Kani, est un carrefour commercial historique. La ville abrite l'un des principaux marchés d'oignons du Cameroun. Le sorgho de saison sèche, appelé localement "karal", y est produit en quantité.
Les études disponibles montrent que la production de sorgho dans l'Extrême-Nord a culminé à plus de 400 000 tonnes. Le maïs et les oignons sont également cultivés en quantité significative.
Le CIAK doit permettre de transformer ces productions sur place, plutôt que de les commercialiser principalement à l'état brut. Un enjeu de valeur ajoutée et d'emploi.
L'enjeu de l'import-substitution
Le projet s'inscrit dans la stratégie camerounaise de transformation locale et de réduction de la dépendance aux importations alimentaires. Il rejoint notamment les orientations du Plan intégré d'import-substitution agropastoral et halieutique (PIISAH).
Ce plan, qui couvre la période 2024-2026, prévoit de renforcer les capacités nationales de production, de transformation et de commercialisation dans les secteurs de l'agriculture, de l'élevage et de la pêche. Le montant global mobilisé pour sa mise en œuvre est estimé à plus de 1 443 milliards de FCFA.
Un observateur du secteur agro-industriel camerounais, qui a requis l'anonymat, résume : "Kaélé est un projet logique sur le papier. La région produit, le marché existe, la demande est là. Le problème n'est pas la pertinence du projet. C'est sa capacité à trouver un financement et à se concrétiser. Douze ans, c'est long."
La procédure lancée par le MINMIDT cible "les entreprises, consortiums, groupements d'entreprises, investisseurs institutionnels et fonds d'investissement susceptibles de participer à la réalisation du complexe".
L'objectif est de mobiliser un partenaire capable d'accompagner le projet au-delà de son seul financement, jusqu'à sa construction, son équipement et son exploitation. Un partenariat public-privé, en somme.
Mais les questions restent nombreuses. Qui financera ? Qui exploitera ? Qui prendra le risque ? Et surtout : quand les premières pelleteuses arriveront-elles sur le site ?
Qu'est-ce que le Complexe industriel agroalimentaire de Kaélé (CIAK) ?
Un projet d'usine de transformation agroalimentaire dans l'Extrême-Nord du Cameroun, sur un site de 30 hectares. Investissement estimé : 23,2 milliards de FCFA.
Que doit transformer le CIAK ?
30 000 tonnes de sorgho, 15 000 tonnes de maïs, 20 000 tonnes d'oignons et 8 000 tonnes de viandes bovines et de petits ruminants par an. Soit 73 000 tonnes de matières premières.
Pourquoi le projet n'a-t-il pas encore vu le jour ?
Le projet est en préparation depuis plus de dix ans. Des appels à manifestation d'intérêt ont été lancés en 2023, mais aucun partenaire n'a encore été retenu. La structure juridique et financière reste à définir.
Qui peut devenir partenaire ?
Les entreprises, consortiums, groupements d'entreprises, investisseurs institutionnels et fonds d'investissement intéressés par le financement, la construction, l'équipement et l'exploitation du complexe.