Le Conseil national des chargeurs du Cameroun lance une enquête sur les tracasseries du fret aérien à Douala et Yaoundé-Nsimalen, alors que les cargaisons importées mettent en moyenne huit jours à sortir des magasins aéroportuaires.

Huit jours. C'est le temps qu'il faut, en moyenne, à une cargaison importée pour franchir les portes des magasins aéroportuaires camerounais. Huit jours pendant lesquels les marchandises dorment, les entreprises attendent, et les coûts grimpent. Seules 27 % des cargaisons sortent en moins de deux jours. Plus de la moitié nécessitent plus de quatre jours.

Le CNCC a décidé de siffler la fin de la récréation. Mais derrière l'annonce, une question : pourquoi les problèmes identifiés en mars 2025 n'ont-ils toujours pas été réglés ?

Un secteur qui étouffe

Le Cameroun a deux portes aériennes pour le fret international. Douala et Yaoundé-Nsimalen. Par ces deux aéroports transitent les pièces détachées, les médicaments, les équipements industriels, les colis express, les produits périssables. Bref, tout ce qui ne peut pas attendre.

Le problème, c'est que ça attend. Beaucoup.

Selon la note de conjoncture du CNCC publiée en décembre 2025, le délai moyen de passage des marchandises importées dans les magasins aéroportuaires s'établissait à huit jours au deuxième trimestre 2025. Un an plus tôt, il était de 7,8 jours. La situation ne s'améliore pas. Elle se dégrade légèrement.

Seules 27 % des cargaisons importées sortaient de l'aéroport en moins de deux jours. Plus de la moitié nécessitaient plus de quatre jours. À l'exportation, le tableau est un peu plus favorable : 29 heures de passage en moyenne au deuxième trimestre 2025, contre 31 heures un an plus tôt.

Ces chiffres mesurent les délais de passage dans les magasins aéroportuaires. Ils ne comptent pas le temps total de livraison finale. En clair : c'est encore pire en bout de chaîne.

Ce que le CNCC reproche au passage aérien

Le communiqué du 6 octobre 2026 est signé Auguste Mbappe Penda, directeur général du CNCC. Il annonce le lancement d'une enquête sur « les tracasseries et pratiques anormales dans la chaîne du passage aérien des marchandises en provenance et à destination du Cameroun ».

L'opération est conduite par l'Observatoire des transports du CNCC. Elle se déroule jusqu'au 31 octobre dans les zones de fret des aéroports internationaux de Douala et de Yaoundé-Nsimalen.

Cibles de l'enquête : importateurs, exportateurs, transitaires, commissionnaires en douane agréés, compagnies aériennes et autres intervenants de la chaîne logistique. Objectif affiché : recueillir les difficultés rencontrées, identifier les pratiques qui entravent les opérations, et proposer des mesures pour fluidifier le passage des marchandises.

Ce que le communiqué ne dit pas : la nature des anomalies déjà signalées, ni les opérateurs éventuellement concernés. Le CNCC reste muet sur ces deux points. 

Mars 2025, la concertation oubliée

L'enquête d'octobre ne part pas de rien. Elle s'inscrit dans la suite d'une première concertation organisée le 18 mars 2025 à Douala par le CNCC.

Ce jour-là, autour de la table : la Direction générale des douanes, la Société générale de surveillance (SGS), DHL, et une douzaine de chargeurs. Les échanges avaient mis en évidence trois difficultés principales dans la chaîne du fret aérien.

Premièrement, les lenteurs dans la délivrance du Rapport sur la valeur et le classement tarifaire à l'importation, le RVC. Deuxièmement, les retards dans le traitement des demandes de validation sans RVC. Troisièmement, les conflits récurrents entre l'Administration des douanes et la SGS sur l'évaluation des marchandises.

À l'issue de cette rencontre, les participants avaient pris des engagements. Créer un canal vert pour accélérer le traitement des dossiers. Établir les déclarations d'importation avant l'arrivée des marchandises. Mieux informer les chargeurs sur les cas de colis postaux et de messagerie dispensés de RVC. Évaluer ces recommandations dans un délai de trois mois. Mettre en place un cadre permanent de concertation.

Dix-neuf mois plus tard, le CNCC n'a publié aucun bilan permettant de vérifier le degré d'application de ces mesures. Sur les quatre engagements pris, combien ont été tenus ? La question reste ouverte.

La Douane et la SGS, un duel qui coûte cher

Le conflit entre l'Administration des douanes et la SGS n'est pas nouveau. Il porte sur l'évaluation des marchandises. Concrètement, les deux institutions ne s'accordent pas toujours sur la valeur à déclarer, ni sur le classement tarifaire des produits.

Résultat : des dossiers bloqués. Des marchandises immobilisées. Des opérateurs qui attendent.

Un commissionnaire en douane agréé, joint par téléphone à Douala, résume la situation sous couvert d'anonymat : « Quand la Douane et la SGS ne sont pas d'accord, c'est nous qui payons. Le client s'impatiente. Les frais de magasinage s'accumulent. Et personne ne nous donne de délai. »

Le RVC, le fameux Rapport sur la valeur et le classement tarifaire, est au cœur du problème. Sa délivrance prend du temps. Parfois plusieurs jours. Parfois plus. Et sans RVC, pas de validation. Sans validation, pas de sortie de marchandise.

Huit jours, et après ?

Pour les entreprises, ces délais ont un coût. Frais de magasinage, immobilisation de trésorerie, pénalités de retard vis-à-vis des clients, pertes de contrats. Sans compter les produits périssables qui arrivent trop tard, et les pièces industrielles dont l'absence bloque une chaîne de production.

« Huit jours, ce n'est pas un délai, c'est une paralysie », affirme un importateur de pièces détachées à Douala. « Une commande urgente devient une commande ordinaire. Et quand le client est à N'Djamena ou à Bangui, une semaine de retard à Douala, c'est deux semaines à l'arrivée. »

Le CNCC entend documenter ces difficultés. Mais documenter ne suffit pas. Les opérateurs attendent des actes. La création d'un canal vert, promise en mars 2025, n'a jamais été confirmée par un communiqué public.

Les recommandations de mars 2025, où en sont-elles ?

Reprenons une à une les mesures annoncées en mars 2025.

Le canal vert. Prévu pour accélérer le traitement des dossiers, il n'a fait l'objet d'aucune communication officielle sur sa mise en œuvre. Nous avons cherché. Rien.

Les déclarations d'importation avant l'arrivée des marchandises. Cette pratique, courante dans les grands ports internationaux, permet de pré-dédouaner les cargaisons. Aucun bilan public n'a été publié par le CNCC ou la Douane.

L'information des chargeurs sur les colis postaux et la messagerie dispensés de RVC. Sur ce point, le CNCC a effectivement relayé quelques informations dans ses bulletins. Mais leur portée reste limitée. Et le jargon administratif ne facilite pas la compréhension.

L'évaluation à trois mois. Nous sommes en octobre 2026. Dix-neuf mois après la concertation. Aucun rapport public n'a été diffusé.

Le cadre permanent de concertation..

Que peut-on attendre de l'enquête d'octobre ?

L'Observatoire des transports du CNCC dispose de moyens d'investigation. Il peut convoquer les opérateurs, croiser les témoignages, analyser les procédures. Son rapport, s'il est publié, pourrait documenter précisément les goulets d'étranglement.

Mais trois conditions doivent être réunies pour que l'enquête change quelque chose.

Il faut que les opérateurs osent parler. Beaucoup hésitent. Le fret aérien est un petit monde. Les représailles commerciales existent.

Il faut que le rapport soit public. Le précédent de mars 2025 n'incite pas à l'optimisme.

Il faut que les recommandations soient suivies d'effets. En clair, que le canal vert, les déclarations anticipées et la simplification du RVC deviennent une réalité opérationnelle, pas une promesse de communiqué.


Qui est à l'origine de l'enquête sur le fret aérien ?
Le Conseil national des chargeurs du Cameroun (CNCC), dirigé par Auguste Mbappe Penda.

Quels aéroports sont concernés ?
Douala et Yaoundé-Nsimalen, dans leurs zones de fret respectives.

Quand se déroule l'enquête ?
Du 6 au 31 octobre 2026.

Pourquoi cette enquête a-t-elle été lancée ?
Parce que le délai moyen de passage des marchandises importées en magasin aéroportuaire est de huit jours, et que la précédente concertation de mars 2025 n'a pas donné de résultats vérifiables.

Les problèmes de 2025 sont-ils toujours d'actualité ?
C'est probable, mais non confirmé à ce stade. L'enquête d'octobre doit précisément documenter la situation actuelle.

Qui peut témoigner ?
Importateurs, exportateurs, transitaires, commissionnaires en douane agréés, compagnies aériennes et tout intervenant de la chaîne logistique.