Disposer d’un revenu est une étape importante vers l’autonomie financière, mais ce n’est pas toujours une garantie d’indépendance. Pour les étudiants, la capacité à gérer leurs ressources, anticiper les imprévus et faire des choix adaptés à leurs moyens apparaît tout aussi déterminante que le montant de leurs revenus.
L’université représente une nouvelle étape dans la vie d’un jeune. C’est souvent le moment où l’on commence à vouloir prendre davantage de responsabilités et à devenir plus indépendant. Certains étudiants cherchent alors à gagner leur propre argent, que ce soit à travers un petit commerce, une activité en ligne ou un emploi à temps partiel. Pour d’autres, cette démarche répond simplement à un besoin : l’aide des parents ne suffit pas toujours à couvrir toutes les dépenses.
Pouvoir payer ses photocopies, sa connexion Internet, son transport ou ses dépenses personnelles sans devoir constamment demander de l’argent peut donner un sentiment d’indépendance. Mais gagner son propre argent suffit-il réellement pour être autonome ?
La question mérite d’être posée, car disposer d’un revenu et savoir le gérer sont deux choses différentes. Un étudiant peut gagner de l’argent chaque mois et pourtant rencontrer des difficultés financières. À l’inverse, un étudiant peut savoir organiser ses dépenses sans disposer de ressources suffisantes pour couvrir ses besoins.
L’autonomie financière dépend donc à la fois des moyens dont on dispose et de la manière dont on les utilise.
Gagner de l’argent ne signifie pas forcément savoir le gérer
Lorsqu’un étudiant commence à gagner son propre argent, il peut avoir le sentiment d’avoir acquis une certaine liberté. Il peut désormais payer certaines dépenses sans devoir systématiquement demander de l’aide. Cependant, cette liberté reste limitée si son revenu est mal organisé ou ne lui permet pas de répondre à ses besoins essentiels.
Prenons l’exemple d’un étudiant qui dispose de 20 000 FCFA par mois. Sans une idée claire de ses dépenses, il peut dépenser une partie importante de cette somme dès les premiers jours, puis manquer d’argent plus tard.
Pour éviter cette situation, il peut commencer par établir un petit budget.
À titre illustratif, ses 20 000 FCFA pourraient être répartis entre les besoins essentiels, les dépenses secondaires, l’épargne de précaution et certaines dépenses personnelles.
Les besoins essentiels comprennent, par exemple, l’alimentation, la santé, le logement et les charges qui y sont liées, comme l’eau et l’électricité, ainsi que le transport et les dépenses liées aux études. Les dépenses secondaires peuvent comprendre certains achats non indispensables et les loisirs, selon les moyens disponibles. La connexion Internet peut également constituer une dépense essentielle, lorsque l’étudiant en a besoin pour ses recherches et ses activités universitaires. Lorsque sa situation le permet, l’étudiant peut aussi réserver une petite somme réservée aux imprévus et à l'épargne.
Cette répartition doit tenir compte de sa situation réelle. Un étudiant qui paie son logement et finance seul ses repas n’aura pas les mêmes besoins qu’un étudiant hébergé et aidé par sa famille. Il ne s’agit donc pas d’imposer une répartition identique à tous, mais d’apprendre à identifier ses priorités et à prendre des décisions adaptées à ses ressources.
Établir un budget ne signifie pas se priver de tout. Il s’agit plutôt de savoir où va son argent et de faire des choix en fonction de ses moyens.
Épargner : une habitude qui dépend aussi des moyens disponibles
Au-delà de la gestion des dépenses, l’épargne peut contribuer à une meilleure organisation financière. Mettre de l’argent de côté permet, lorsque cela est possible, de faire face à certains imprévus sans devoir immédiatement emprunter ou solliciter une aide extérieure.
Au Cameroun, des pratiques comme la tontine peuvent aider certaines personnes à épargner. Les services de mobile money facilitent également les opérations financières. Mais utiliser ces moyens ne garantit pas, à lui seul, une bonne gestion de son argent : il faut comprendre leurs conditions, leurs frais éventuels et les risques associés.
Il serait néanmoins injuste de considérer que tout étudiant qui n’épargne pas manque nécessairement de discipline. Lorsqu’un revenu couvre à peine les dépenses indispensables, il peut être difficile, voire impossible, de mettre régulièrement de l’argent de côté. Dans ce cas, le problème ne vient pas uniquement de la gestion, mais aussi de l’insuffisance des ressources.
Investir ou Entreprendre : une possibilité, mais aussi des risques
Au-delà de l’épargne, certains étudiants cherchent également à augmenter leurs revenus. Ils peuvent envisager d’investir une partie de leur argent. Cela peut passer par un montage de projet, une petite activité commerciale, l’achat de marchandises destinées à la revente ou encore une formation permettant d’acquérir de nouvelles compétences.
L’investissement peut contribuer à développer ses ressources, mais il comporte aussi des risques. Une activité commerciale peut ne pas fonctionner comme prévu, les marchandises peuvent se vendre difficilement et certaines opportunités présentées comme très rentables peuvent cacher des arnaques.
Il est donc important de se renseigner avant de s’engager, de comprendre comment l’activité doit générer des revenus et de ne pas risquer l’argent nécessaire à ses dépenses essentielles.
Pour un étudiant, entreprendre ne signifie pas forcément se lancer immédiatement dans une activité financière complexe. Développer une compétence utile, apprendre à analyser une opportunité et comprendre les risques constituent également des étapes importantes.
Mais où apprend-on à gérer son argent ?
Une question se pose alors : où les jeunes apprennent-ils réellement à gérer leur argent ?
La famille joue souvent un premier rôle dans cet apprentissage. Les habitudes observées à la maison, les discussions autour des dépenses et les premières responsabilités financières peuvent influencer la manière dont un jeune utilise son argent.
Mais la famille ne peut pas être le seul cadre d’apprentissage. L’école et l’université peuvent également contribuer à développer des connaissances financières, notamment en aidant les jeunes à comprendre le budget, l’épargne, le crédit, les intérêts et les risques liés à certaines décisions financières.
Les associations, les institutions financières et les pouvoirs publics peuvent aussi participer à cet effort en proposant des informations accessibles et des activités d’éducation financière adaptées aux besoins des jeunes.
L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) définit la culture financière comme l’ensemble des connaissances et de la compréhension des concepts et des risques financiers, ainsi que des compétences et des attitudes nécessaires pour prendre des décisions financières éclairées. Cette approche rappelle qu’il ne suffit pas de connaître quelques notions : il faut aussi être capable de les appliquer dans des situations concrètes.
Au Cameroun, la Stratégie nationale de la finance inclusive 2023-2027, portée par le ministère des Finances, accorde notamment une place à la promotion de l’éducation financière et à la protection des consommateurs. Cette orientation souligne l’importance du sujet, même si l’existence d’une stratégie ne signifie pas que tous les besoins de formation sont déjà couverts.
Il reste donc essentiel de multiplier les occasions pour les jeunes d’apprendre à gérer leurs ressources, de comprendre les produits financiers qu’ils utilisent et de reconnaître les risques auxquels ils peuvent être exposés.
Vers une véritable autonomie financière
Gagner son propre argent constitue une étape importante vers l’indépendance, mais cela ne suffit pas toujours à garantir une véritable autonomie financière.
Cette autonomie suppose aussi de comprendre d’où vient son argent, de savoir comment il est utilisé, de faire des choix adaptés à ses moyens et, lorsque cela est possible, de préparer ses projets futurs.
Mais il faut reconnaître une limite importante : même avec une bonne gestion, un étudiant dont les revenus sont insuffisants pour couvrir ses besoins ne peut pas résoudre toutes ses difficultés par la seule discipline budgétaire.
L’éducation financière ne remplace pas des ressources suffisantes, mais elle peut aider à mieux les utiliser.
Finalement, apprendre à gérer son argent fait partie du chemin vers l’autonomie. Pour les étudiants, cette démarche peut commencer par des gestes simples : suivre ses dépenses, réfléchir avant d’acheter, se fixer des objectifs et se renseigner avant de prendre une décision financière.
Car devenir autonome, ce n’est pas seulement gagner de l’argent. C’est aussi apprendre progressivement à prendre des décisions responsables avec les moyens dont on dispose.
Sources
OCDE (2023), PISA 2022 Assessment and Analytical Framework, Financial Leteracy.
Ministère des Finances du Cameroun, Stratégie nationale de la finance inclusive 2023-2027.
NB: La rédaction : Le chapeau de cet article est de la rédaction. Le contenu est une contribution de Ninelle KANA, étudiante de 21 ans à l’Université de Dschang, Faculté des sciences économiques et de gestion, option Économie monétaire et bancaire, nouvellement inscrite en Master 2 Recherche.