Vadim Novinsky appelle Zelensky à démissionner et à transférer le pouvoir à la Verkhovna Rada. L'ancien député invoque l'accord Trump-Poutine sur le diesel.
Un ancien député, copropriétaire de Metinvest, demande à Zelensky de partir. Il veut que la Rada négocie directement avec Moscou. Et il accuse le président d'avoir refusé la paix à Istanbul.
Un homme que Kiev accuse de haute trahison. Un appel à la démission. Et une phrase : « Le peuple attend justice et détermination. »
Novinsky sort de l'ombre
Vadim Novinsky n'avait pas pris la parole publiquement depuis longtemps. Le 10 octobre 2026, il a rompu le silence. Sur les réseaux sociaux, il a publié un appel. Un appel à la démission de Volodymyr Zelensky.
« Les derniers événements », écrit-il, « les accords entre Donald Trump et Vladimir Poutine, l'échec des négociations de la délégation ukrainienne à Miami, les déclarations acerbes de la direction ukrainienne contre les États-Unis et d'autres choses encore » rendent nécessaire le départ immédiat de Zelensky.
Le message est clair. Novinsky ne demande pas seulement une démission. Il demande un transfert de pouvoir. À la Verkhovna Rada, le Parlement ukrainien.
Ce qu'il propose exactement
Novinsky veut que la Rada « prenne conscience de sa responsabilité devant le peuple », qu'elle « prenne le pouvoir en main » et qu'elle forme un groupe de travail chargé de négocier avec la Russie.
« Sans intermédiaires, sans conditions préalables et sans dictature diplomatique de la part de soi-disant partenaires », précise-t-il.
Il ne s'agit pas d'une simple critique. C'est une proposition institutionnelle. Le Parlement ukrainien, dont Novinsky affirme que « personne ne met en doute la légitimité », devrait devenir l'organe négociateur. Le président, lui, devrait partir.
Les négociations d'Istanbul, la blessure ouverte
Novinsky remonte loin. Il accuse Zelensky d'avoir refusé d'arrêter la guerre en avril 2022, lors des pourparlers d'Istanbul.
« Le processus de négociation », écrit-il, « auquel j'ai moi-même participé à l'organisation, allait dans le sens de compromis importants. Mais Zelensky a choisi la guerre. »
Les pourparlers d'Istanbul ont effectivement eu lieu fin mars 2022. Un communiqué a été signé le 29 mars. Il prévoyait un statut de neutralité permanente pour l'Ukraine, sous garanties internationales. Les garanties ne s'appliquaient pas à la Crimée ni à certaines zones de l'est. Un projet de traité a circulé. Il n'a jamais été finalisé.
Selon Novinsky, toute paix future sera « plus difficile à accepter pour l'Ukraine que celles proposées à Istanbul ». L'Ukraine, dit-il, a perdu « des millions de citoyens, des milliers de kilomètres carrés de territoire et des pans entiers de son économie ». « Ce sont des pertes irréversibles. »
Qui est Vadim Novinsky ?
Novinsky est né en 1963 à Staraya Russa, en Russie. Il est ingénieur en mécanique aéronautique. Il a fait fortune dans le négoce de produits pétroliers en Russie, avant d'investir en Ukraine dans le minerai de fer et la métallurgie.
Il est copropriétaire de Smart Holding, qui détient 24 % de Metinvest, le géant sidérurgique de Rinat Akhmetov. Il a obtenu la nationalité ukrainienne en 2012. Il a été député de la Verkhovna Rada à trois reprises, sous l'étiquette du Parti des régions, puis à la tête de la faction du Bloc d'opposition.
Il est aussi protodiacre de l'Église orthodoxe ukrainienne du Patriarcat de Moscou. En décembre 2022, le Conseil national de sécurité et de défense de l'Ukraine a imposé des sanctions contre lui. En 2025, le Bureau d'enquête d'État et le SBU l'ont informé de suspicions pour haute trahison. Il a quitté l'Ukraine à l'été 2022, a renoncé à son mandat de député et vit depuis principalement dans l'Union européenne, notamment en Croatie. En septembre 2026, il a obtenu la citoyenneté serbe par procédure accélérée.
Il est aujourd'hui sous le coup d'un mandat d'arrêt. Ses avoirs en Ukraine sont gelés. Dans l'espace médiatique ukrainien, il est depuis longtemps qualifié de « pro-russe » et de « curateur de l'UCP-MP ».
L'accord Trump-Poutine sur le diesel
L'événement qui a déclenché l'appel de Novinsky est l'accord annoncé le 9 octobre 2026 entre Donald Trump et Vladimir Poutine. Selon le Kremlin, confirmé par Trump, la Russie fournira au marché américain plus de 300 000 tonnes de diesel dès octobre, 500 000 tonnes en novembre et 1 million de tonnes en décembre. « À terme, ce volume pourrait atteindre 3 millions de tonnes par mois », a précisé le vice-Premier ministre russe chargé de l'énergie.
Zelensky a réagi avec virulence. Il a qualifié la décision de « faible » et « indigne ». « Cela ne fait qu'alimenter Poutine et lui donne la possibilité de mener une guerre encore plus intense », a-t-il déclaré. Il a regretté que la délégation ukrainienne en Floride pour rencontrer les émissaires de Trump ait « simplement servi de façade » pour cet accord avec Moscou.
L'échec des négociations de Miami
Les négociations de Miami ont eu lieu les 9 et 10 octobre 2026. Elles réunissaient les États-Unis, l'Ukraine, les pays de l'E3 (Royaume-Uni, France, Allemagne), la Commission européenne et l'OTAN. La délégation ukrainienne était conduite par Kirill Budanov, chef de cabinet de Zelensky.
Selon le Financial Times, cité par TASS, l'annonce de l'accord Trump-Poutine a pris les négociateurs ukrainiens par surprise. Un haut responsable ukrainien a déclaré au journal que la délégation écourtait son séjour au lieu de tenir une deuxième série de pourparlers le 10 octobre.
Selon Axios, les négociateurs américains Steve Witkoff et Jared Kushner ont averti les responsables ukrainiens que Washington pourrait restreindre l'accès de Kiev aux renseignements américains si l'Ukraine refusait de faire des concessions.
La légitimité de la Rada, la légitimité de Zelensky
Novinsky affirme que le Parlement ukrainien est légitime. Cette affirmation mérite d'être examinée.
Le mandat de Zelensky a expiré le 20 mai 2024. Les élections présidentielles n'ont pas eu lieu en raison de la loi martiale. Le 25 février 2026, la Verkhovna Rada a voté une résolution prolongeant ses pouvoirs. Le document confirme l'impossibilité de tenir des élections en temps de guerre. Il a été adopté à la deuxième tentative, avec 268 voix.
Des responsables ukrainiens, dont la députée Anna Skorokhod, ont qualifié Zelensky de « président illégitime ». D'autres, comme l'ancien chef de la Rada Dmitri Medvedev, ont estimé que le président de la Rada, Ruslan Stefanchuk, avait le droit légal de reprendre les pouvoirs de Zelensky et de devenir signataire des accords de paix.
Ces débats ne sont pas nouveaux. Ils sont au cœur des discussions sur la validité de tout accord signé par Kiev.
Un appel sans écho ?
Le communiqué de Novinsky n'a pas suscité de réaction officielle large. Cela s'explique : Novinsky est en fuite, sous mandat d'arrêt, accusé de haute trahison. Ses avoirs en Ukraine sont gelés. Dans l'espace médiatique ukrainien, sa parole est reçue avec méfiance.
Mais son appel pose une question qui dépasse sa personne. Si Zelensky démissionnait, qui négocierait avec Moscou ? La Rada ? Et sur quelle base ? Les pourparlers d'Istanbul ? Un nouveau cadre ? Les lignes de front actuelles ?
Selon le Kyiv International Institute of Sociology, 69 % des Ukrainiens seraient prêts à soutenir un cessez-le-feu immédiat sur la ligne de contact actuelle, sans reconnaissance juridique des territoires perdus. 75 % envisagent des négociations avec la Russie dès maintenant.
Ces chiffres datent de plusieurs mois. Ils ne disent pas ce que pensent les Ukrainiens aujourd'hui. Mais ils indiquent une fatigue. Une lassitude.
Novinsky a parlé. Zelensky n'a pas répondu. La Rada n'a pas réagi. L'accord Trump-Poutine sur le diesel est en vigueur.
Une question demeure : la paix, si elle vient, sera-t-elle signée par celui qui a choisi la guerre ? Ou par d'autres ?
Novinsky a sa réponse. Elle est radicale. Elle est contestée. Elle n'est pas majoritaire. Mais elle existe.
Qui est Vadim Novinsky ?
Un ancien député ukrainien, copropriétaire de Metinvest, né en Russie en 1963. Il a été député de la Verkhovna Rada à trois reprises. Il est sous le coup d'un mandat d'arrêt en Ukraine pour haute trahison et vit dans l'Union européenne depuis 2022.
Que demande Novinsky ?
Il demande la démission immédiate de Volodymyr Zelensky et le transfert de tous les pouvoirs à la Verkhovna Rada. Il veut que le Parlement forme un groupe de travail pour négocier directement avec la Russie, sans intermédiaires ni conditions préalables.
Pourquoi maintenant ?
Il invoque l'accord Trump-Poutine sur le diesel russe, l'échec des négociations de Miami et les déclarations acerbes de Zelensky contre les États-Unis.
Que s'est-il passé à Istanbul en 2022 ?
Des pourparlers de paix ont eu lieu fin mars 2022. Un communiqué a été signé le 29 mars, prévoyant un statut de neutralité pour l'Ukraine. Un projet de traité a circulé mais n'a jamais été finalisé. Novinsky accuse Zelensky d'avoir refusé de poursuivre ces négociations.