Kaïros : le choix de l'inclusion pour la refondation du Cameroun
© Correspondance : Jean-Pierre Djemba,Doyen Du Collège Des Fondateurs De Kaïros, 1Er Vice-Président Du Psp/Upc. | 18 oct. 2026 16:20:00 | 689Dans notre pays, de 1960 à ce jour, les différentes forces politiques et sociales de camps opposés, n'ont jamais véritablement joué cartes sur table.
A travers les relations qu'elles ont entretenues les unes avec les autres, elles nous ont plutôt habitué à la confrontation, à l'ostracisation, à la critique systématique, à l'accusation, à la condamnation, au rejet et à la tromperie. Résultat des courses, le Cameroun, soixante-six après son indépendance, est manifestement bloqué et connaît une crise systémique que personne de sérieux desormais ne peut nier. Il est en effet plongé dans un cycle infernal dont le moins qu'on puisse dire est qu'il ne plus service à aucunecdes parties de la scène politique, qu'elle soit au pouvoir ou à l'opposition. Et notre pays qui au lendemain des indépendances, parmi les États situés au sud du Sahara, était plutôt dans le contingent des pays africains promis à un bel avenir, fait aujourd'hui triste figure.
Après de nombreuses et multiples tentatives de le remettre en état de marche politique qui ne sont pas parvenues à changer la donne, Kaïros propose une solution qui ne laisse personne au bord de la route, ne fait perdre aucune des parties prenantes et fait plutôt en définitive gagner le Cameroun. Une solution qui fait résolument le choix de l'apaisement et la discussion qui doivent nous permettre de trouver les voies et moyens permettant de créer les conditions d'une vie politique apaisée susceptible d'ouvrir au Cameroun une nouvelle perspective historique que l'on pourrait comparer à celle manquée dans les années1950, que l'UPC voulait promouvoir dans notre pays qui est de nouveau à présent face à son destin.
Et pourquoi Kaïros a-t-il donc fait le choix de rassembler autour d'une Table-ronde nationale toutes les parties au conflit : les civils, les militaires et la diaspora ? D'abord parce c'est ensemble qu'il faut faire le constat objectif de tout ce qui ne va pas concrètement au Cameroun. Ensuite parce que c'est ensemble que les parties en conflit larvé doivent également proposer des solutions qui devraient faire en sorte qu'il n'en soit plus non seulement ainsi, mais que le pays aille non pas mieux mais bien.
Et au demeurant Kaïros a fait ce choix, d'une part, parce que la situation est grave et a désormais atteint une côte d'alerte maximale, ceci dans tous les aspects et tous les domaines.
Et, d'autre part, parce nous sommes persuadés que les peuples ont les dirigeants qu'ils méritent, et donc que nous méritons les nôtres.
En effet, un appareil de direction nationale est toujours non seulement l'émanation du milieu social qui le secrète, mais également l'expression de ses aspirations du moment. Des aspirations qui ne procèdent pas forcément de son fond atavique, mais aussi de ce qu'il a directement ou indirectement accepté ou été contraint de recevoir des autres, et, d'être en attendant de trouver et de puiser en son propre sein les forces qui lui permettront à long terme de se forger une nouvelle destinée historique. Dès lors que l'on pose donc la problématique dans ces termes-là, il y aurait plutôt alors objectivement une co-responsabilité qui impliquerait à la fois le peuple camerounais et ses dirigeants, et non pas la seule responsabilité de ces derniers.
Il était important de faire ce développement inhabituel pour que tout le monde dans notre pays comprenne enfin pourquoi nous ne devons pas continuer à obstinément camper sur des positions qui favorisent la division et qui ne permettent pas de trouver des solutions consensuelles aux problèmes qui nous bloque systématiquement.
Ceci dit, revenons donc à l'inacceptable situation de notre pays et précisons qu'elle est particulièrement grave. Pourquoi ? Simplement parce que ce qui a été entrepris en matière de développement depuis 1960 n'etait pas malheureusement pas adapté à nos réalités et à ce qui aurait dû être fait. En effet, dans les conditions de soumission à l'ordre colonial qui prévalait à ce moment-là, des conditions qui sont malheureusement restées de mise après la soi-disant indépendance proclamée en 1960, on a fait dans la contraignante facilité d'importer un Etat, et on a de ce fait transposé un modèle exogène de développement.
On a fait abstraction du fait objectif qui est que le développement dans un pays réellement indépendant ne devrait normalement pas faire partie des choses que l'on transpose mécaniquement, mais plutôt, que l'on conçoit en tenant absolument compte de ce que sont ontologiquement ses premiers intéressés et bénéficiaires. Le développement, étant objectivement quelque chose que l'on bâtit pendant un temps long s'étalant nécessairement sur plusieurs générations, puisqu'il est à la fois question dans son process, de réaliser une osmose entre, d'une part, une façon d'être, une façon de faire et une façon de vivre, et, d'autre part, des personnes physiques concrètes, et une réalité morale.
On a outrageusement et malheureusement fait fi du fait qu'il fallait nécessairement intégrer dans le développement, ce que sont naturellement ces êtres de corps et d'esprit, héréditairement et ataviquement. Le développement dans une conception libératrice et émancipatrice, ne devant pas être considérée comme la fin de l'histoire des hommes et des femmes qu'il concerne, mais plutôt comme une étape devant marquer leur évolution, autant sur le plan matériel que spirituel.
Afin d'étayer ce qui précède, dans la multitude des exemples que nous pourrions être amenés à convoquer, nous ne prenons que le cas de la Turquie qui semble réunir tous les aspects de la complexe problématique que nous venons de dérouler, à savoir la transformation politique et social de ce pays, qui sur le plan de la manufacture, a beaucoup emprunter à l'occident, et sur le plan spirituel, est resté profondément attaché aux fondamentaux et aux valeurs de l'Orient.
Dans ce pays en effet, après de nombreuses et chaotiques péripéties d'une histoire riche en évènements, le tournant du changement de civilisation a pris corps avec l'entrée en scène en 1917 du général Mustafa Kemal - connu aussi sous le pseudonyme d'Ataturk - qui proclama la république et aboli le Califat en 1924.
A ce moment charnière de l'histoire de ce pays dont géographiquement une partie est située en Orient et l'autre en Europe, sur le plan social et culturel, il n'est alors simplement question notamment que de jeter les fondations d'une œuvre qui allait ensuite être poursuivie par une succession de gouvernements nationalistes civils et militaires. Une filiation dont la continuation est aujourd'hui fidèlement et efficacement assurée par le président Recep Tayyip Erdoğan, auquel il revient en outre la mission historique non seulement d'objectivement affirmer, consolider et affiner les acquis, mais surtout de transmettre le témoin aux générations futures.
Tout le narratif qui précède pour tout simplement donc dire que l'on ne décrète pas ex nihilo le progrès, on le conçoit et le construit dans la durée sur des bases qui ont structurellement un lien historique avec ceux qui le promeuvent et qui doivent le réaliser, le vivre et le faire vivre. Si dans notre cas, une telle approche organiquement liée au fond culturel, politique et historique de notre pays parvient à être bien comprise, il n'y a aucun doute que le Cameroun sera capable de grandes choses aussi bien dans le proche que dans le lointain avenir. Et dans ce champ des possibles, nous ne dirons plus alors que les choses iront mieux, mais sur un ton péremptoire, nous proclaleront qu'elles iront plutôt même très bien parce que non seulement notre pays a largement les moyens qu'il faut pour cela, mais aussi et surtout, parce qu'il sera entrain de bâtir sur une fondation édifiée sur du solide et du durable. Notre pays en effet dispose des moyens de tous genres qu'il suffira simplement aux hommes qu'il faut et qui seraient aux places qu'il faut pour le conduire, de mobiliser et de mettre en œuvre pour qu'il ne soit plus dans la mise en œuvre de politiques publiques juste simplement question d'une relative amélioration, mais plutôt d'un avenir qui chante et dont on ne doutera plus jamais.
En effet, le Cameroun a non seulement de la ressource humaine mais également de la ressource matérielle avérées. Disposant donc de ces deux déterminants structurels, il ne lui reste plus qu'à bien définir les objectifs qu'il veut atteindre a court, moyen et long termes, et ensuite et enfin, de les articuler et mettre l'une et l'autre en musique pour obtenir les résultats positifs escomptés.
Gouverner c'est prévoir (avoir une vision), décider, exécuter, contrôler et sanctionner. C'est une orthodoxie principielle qui est à l'ordre du jour dans tous les cénacles où il est question de gouvernance des affaires des hommes et des nations, mais que curieusement n'appliquent pas automatiquement tous ceux qui sont aux affaires et aux commandes en Afriquenoire. Pourquoi ? D'abord parce savoir est une chose, et faire en est une autre. Et très souvent en effet dans ce monde où les intérêts égoïstes des puissants et des classes font la loi, celui qui sait ne peut pas toujours soit parce qu'il n'appartient pas à l'espèce très rare de ceux qui savent faire, soit parce qu'il ne dispose pas des moyens qui sont nécessaires et indispensables pour faire. Et ces moyens sont généralement de deux ordres. Ils sont premièrement humains, et deuxièmement matériels. Lorsqu'ils sont humains, ils peuvent revêtir soit la forme d'une individualité, soit celle d'une collectivité. Dans le premier cas, il s'agit alors d'un homme ayant une valeur intrinsèque et une équation personnelle, et, qui de se fait est doté de la capacité lui permettant de mettre les foules dans un mouvement pensé, ordonné et destiné à atteindre des objectifs qui changent tout, profitent à la communauté, et élèvent l'un et l'autre. Et dans le deuxième cas, il s'agit alors d'un regroupement d'hommes qui sont en symbiose (une avant-garde), se complètent et sont capables de faire jouer aux populations d'un pays dont ils prennent les commandes, une partition dont la qualité, la grandeur et la beauté se distinguent de ce que l'on fait généralement partout ailleurs dans le monde.
Kaïros ayant conscience de toutes les nécessités et subtilités qui précèdent, plutôt que de mettre l'accent sur les contradictions antagonistes dont beaucoup d'entre nous n'ont vraiment pas toujours ni la pleine connaissance, ni la pleine motivation, des conjectures qui en outre favorisent les affrontements et les divisions, Kaïros entend promouvoir l'unité, la concorde et le consensus dans la recherche des voies, moyens et solutions dont notre pays meurtri et dans une crise systémique, a grandement besoin non seulement pour ne pas sombrer irréversiblement, mais surtout pour se frayer personnellement un espace de vie dans ce monde qui est en pleine transformation civilisationnelle. Pour ce faire, nous ne devons pas oublier que ce qui gouverne les hommes, ce sont les idées, les sentiments et les mœurs qui sont en eux-mêmes. Les institutions et les lois n'étant que la manifestation de la profoneur de leur âme.
Jean-Pierre Djemba,
Doyen du Collège des fondateurs de Kaïros, 1er Vice-président du PSP/UPC.
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