GUINEE : Attention au retour des vieux démons
© Le Pays : SAHO | 26 juin 2015 07:40:34 | 8244L’alliance Cellou Dalein Diallo-Moussa Dadis Camara pour les élections d’octobre 2015 en Guinée a provoqué un véritable séisme. A peine l’annonce de la coalition faite, Toumba Diakité, l'ancien aide de camp de Dadis Camara, actuellement en fuite après lui avoir tiré dessus en 2009, sort du bois, arguant que son ancien mentor veut semer la pagaille en Guinée et se dit prêt à rentrer au pays. Mais, loin d’être anecdotique, cette déclaration de Toumba Diakité est à prendre au sérieux, en raison même de ses tenants et aboutissants.
Toumba, tout comme Dadis d’ailleurs, n’a jamais fait mystère de son désir de retourner au pays natal, preuve que l’exil lui pèse énormément ! Depuis la prise de fonctions du président Alpha Condé, il aurait multiplié les coups de fil à ses proches, civils et militaires, leur demandant d’intercéder en sa faveur pour que le nouvel homme fort de Conakry lui accorde la grâce et l’autorise à sortir de la clandestinité pour se réinstaller en Guinée.
Toumba Diakité sait pertinemment que le premier avocat de sa propre cause dans les faits qu’on lui reproche, est lui-même. De Conakry, il pourrait mieux activer ses réseaux en sa faveur. Mieux, cet ancien aide de camp estime qu’il mérite mieux que la clandestinité à laquelle il est contraint : « La Guinée, disait-il, ne doit pas me traiter de la sorte. Si je ne l’avais pas débarrassée de Dadis, elle n’aurait jamais connu la démocratie. Je dois être décoré et non pas traité comme un paria ! » .
Mais plus révélateur encore est le timing des annonces. L’annonce du retour de Toumba ressemble fort à la réponse du berger à la bergère et on peut légitimement se demander si en plus du fait qu’il est conscient que le retour de son ennemi juré sur la scène politique, décuplerait ses ennuis judiciaires, l’homme n’est pas instrumentalisé par Alpha Condé pour répondre à l’initiative de son farouche opposant Cellou Dalein Diallo qui vient de signer une alliance politique avec l’exilé de Ouagadougou. Ce pourrait en effet être une manœuvre du président Condé, destinée à dissuader Dadis Camara de rentrer en Guinée pour ne pas embraser le pays, l’argument judicaire n’étant pas assez dissuasif pour Camara qui s’est toujours dit prêt à se mettre à la disposition de son pays. Mais au-delà de cette guerre entre politiques qui, manifestement, font feu de tout bois, il faut se demander ce que gagne la Guinée.
Le peuple guinéen doit tirer leçon de sa mémoire endolorie, pour éviter le piège de la guerre des tranchées
Le retour en scène des deux frères ennemis consacre le condamnable retour des militaires dans l’arène politique guinéenne, avec des risques évidents de dérives. Les ressentiments entre les deux hommes sont encore très vivaces, en témoigne le ton belliqueux de Toumba : « Si Dadis rentre aujourd’hui en Guinée, je vous jure, le lendemain, nous tous qui sommes au dehors, nous allons rentrer. Et à ce moment-là, chacun assumera ses propres responsabilités. ». Cette militarisation des débats politiques, en sus d’augmenter le taux d’explosivité de la scène politique guinéenne déjà minée par les clivages ethniques et régionaux, et jonchée de nombreux cadavres, entraînerait la prise en otage du peuple guinéen. Cette passe d’armes entre Dadis et Toumba est d’autant plus douloureuse que les Guinéens découvrent qu’ils ont été bernés par leurs politiques qui, consciemment, semblent avoir commis la faute de n’avoir pas pu vider le contentieux du stade du 28 Septembre depuis 2009, pour servir leurs propres intérêts, réveillant aujourd’hui les vieux démons. Le peuple guinéen doit tirer leçon de sa mémoire endolorie et endeuillée, pour éviter le piège de la guerre des tranchées version guinéenne, que l’incurie des hommes politiques dans la course au pouvoir, semble préparer. Et là, la société civile guinéenne, qui a joué les premiers rôles politiques en Afrique au sortir des indépendances, devrait se mettre en ordre de bataille pour d’abord éveiller les consciences, mais aussi mettre la pression sur la justice afin que le retour annoncé de ces deux leaders de la junte militaire qui a orchestré les évènements sanglants du stade du 28 septembre, soit un pas décisif vers la vérité.
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