Ce que Calixthe Beyala affirme sur la mort d’Adja Awa
© Camer.be : Onana Nestor | 23 oct. 2026 20:12:00 | 465Adja Awa, morte au SED selon Calixthe Beyala, vivante au Tchad selon d’autres sources : ce que l’on sait, ce qui n’est pas prouvé.
Un an après sa disparition, la mort d’Adja Awa au SED reste une affirmation sans preuve publique et le silence de Yaoundé nourrit toutes les hypothèses.
Une phrase revient dans les rédactions camerounaises depuis des mois : « Où est Adja Awa ? » Elle n’a pas de réponse officielle. Elle a des versions. Et ces versions ne s’accordent pas.
Une disparition qui commence par un document
Tout part d’un « Message Radio Porté » daté du 23 juillet 2025. Selon plusieurs médias camerounais, un officier supérieur de gendarmerie y ordonnait une interdiction de sortie du territoire et des recherches actives à Yaoundé, Douala et Maroua, visant Hadja Haoua Aboubakar pour « appels à l’insurrection et autres » . Le document n’a pas été rendu public par une source officielle ; il circule dans la presse et sur les réseaux.
À partir de là, la vie publique d’Adja Awa s’arrête. Aucune image récente, aucune déclaration, aucune apparition. Le silence.
En août 2025, les appels se multiplient. Calixthe Beyala s’inquiète publiquement. L’avocate Alice Nkom demande sa libération et sa protection . L’activiste Arol Ketch interpelle :
« Mais où est passé Adja Hawa ? Que lui ont-ils fait ? » .
Ce que Calixthe Beyala affirme et ce qu’elle ne prouve pas
Le 12 août 2025, Calixthe Beyala écrit sur les réseaux sociaux que « de nombreux posts font état du meurtre de Mme Hadja Hawa », avant d’ajouter :
« À ce stade de l’information, je ne saurais ni l’infirmer ni le confirmer. » . Elle appelle les journalistes à enquêter.
Cinq mois plus tard, le 14 janvier 2026, elle durcit le ton. Dans une tribune comparant le régime de Paul Biya à celui d’Augusto Pinochet, elle écrit :
« Hadja Awa n’est plus parmi nous, comme avant elle, de nombreux Camerounais, disparus dans les locaux de nos armées. » Elle ajoute : « Quiconque voudrait nous dire le contraire se doit de filmer Hadja Awa et de diffuser la vidéo. » .
Ce que cela établit : Calixthe Beyala affirme la mort d’Adja Awa au SED. Ce que cela n’établit pas : aucune preuve publique corps, certificat, témoignage direct, images n’accompagne cette affirmation. Un article du Journal du Cameroun de septembre 2026 note d’ailleurs qu’« aucune confirmation du témoignage attribué à Calixthe Beyala » n’existe, et que la romancière aurait évoqué un corps « jeté d’un hélicoptère au-dessus de la forêt de Bertoua » une allégation qui, elle non plus, n’a pas été vérifiée .
La version qui change tout : vivante, mais brisée
Le 4 mai 2026, plusieurs médias camerounais publient une information radicalement différente. Citant des « sources concordantes », ils affirment qu’Adja Awa n’est pas morte. Elle aurait été arrêtée, détenue au SED, torturée pendant plusieurs semaines, puis relâchée et se serait installée à N’Djamena, au Tchad .
Le détail est précis. Le SED, présente l’article, est « le cœur secret du renseignement politique camerounais depuis l’indépendance » ; la torture y serait « au programme » ; la détention se serait déroulée « sans avocat, ni famille, ni recours » .
Et le doute persiste : en septembre 2026, l’Association pour la défense des droits des opprimés (ADDO) interpelle encore Paul Biya sur « la disparition » d’Hadja Haoua Aboubakar, notant qu’elle « n’est plus apparue publiquement depuis juillet 2025 » . Si elle était vivante et libre au Tchad, pourquoi les organisations continuent-elles de parler de « disparition » ?
Le précédent qui hante chaque phrase
Impossible de lire ce dossier sans penser à Martinez Zogo. Le journaliste d’Amplitude FM avait été enlevé en janvier 2023 ; son corps avait été retrouvé quelques jours plus tard en banlieue de Yaoundé . Avant lui, Samuel Wazizi était mort en détention après des articles critiques sur l’armée .
Calixthe Beyala elle-même convoque ces noms : « Souvenons-nous de l’affaire Martinez Zogo dont les communicants officieux du gouvernement nous disaient qu’il était en train de manger de la vipère dans un palace alors qu’il n’était plus de ce monde ! » .
Le parallèle n’est pas une preuve. Mais il explique pourquoi, au Cameroun, le silence officiel n’est jamais lu comme un simple silence. Il est lu comme un précédent.
Ce que les rapports documentent sur le SED
Le SED n’est pas une légende. Amnesty International a documenté à plusieurs reprises des cas de torture dans ses locaux. En février 2026, l’organisation a publié le cas de Serge Branco Nana, conduit au « Secrétariat d’État à la Défense » après une émeute, où il aurait été « torturé pendant des heures, roué de coups et soumis à des décharges électriques dans les parties génitales » . Le Département d’État américain mentionne un détenu mort après avoir été battu dans un établissement du SED pour n’avoir pas pu présenter sa carte d’identité .
Ce que ces rapports établissent : le SED est un lieu où des actes de torture ont été documentés par des organisations crédibles. Ce qu’ils n’établissent pas : qu’Adja Awa y soit morte. Les deux affirmations sont liées par la plausibilité, pas par la preuve.
Où en est-on ce 23 octobre 2026 ?
Aucune communication officielle camerounaise sur le cas Adja Awa n’a été rendue publique. Aucune enquête judiciaire n’a été annoncée. Aucune preuve de vie ou de mort n’a été produite par une source indépendante.
La famille d’Issa Tchiroma, selon Camerounweb, a interpellé Paul Biya en septembre 2026 . L’ADDO a écrit au président. Des avocats, des activistes, une romancière célèbre : tous demandent la même chose, et aucun n’a obtenu de réponse vérifiable.
Une question, une seule, résume le dossier : si Adja Awa est vivante, pourquoi personne ne la voit ? Et si elle est morte, pourquoi personne ne le prouve ?
Adja Awa est-elle morte ?
Calixthe Beyala affirme qu’elle est morte au SED. Des médias camerounais ont rapporté en mai 2026 qu’elle serait vivante au Tchad, après avoir été torturée puis relâchée. Aucune preuve publique ne confirme ni l’une ni l’autre version.
Qu’est-ce que le SED ?
Le Secrétariat d’État à la Défense est un service de renseignement dépendant de la présidence camerounaise. Amnesty International et le Département d’État américain ont documenté des cas de torture dans ses locaux.
Pourquoi Calixthe Beyala en parle autant ?
Elle dénonce depuis 2025 ce qu’elle présente comme une disparition d’État, en établissant un parallèle avec les affaires Martinez Zogo et Samuel Wazizi.
Y a-t-il une enquête ouverte au Cameroun ?
Aucune enquête judiciaire publique n’a été annoncée à ce jour. Aucune autorité camerounaise n’a communiqué sur le cas Adja Awa.
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