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POLITIQUE

Binyam sort du silence : « Mon nom n’est pas à vendre »

Pierre Emmanuel Binyam dénonce l'instrumentalisation de son nom contre le MRC. Il assume son retrait et appelle les militants à la vigilance.

Un mois après avoir retiré sa candidature et une semaine après l'élection de Tiriane Noah, l'ancien challenger sort du silence pour dénoncer ceux qui veulent « régler leurs comptes » avec le parti en utilisant son nom.

Pierre Emmanuel Binyam, ancien candidat à la présidence du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC), a publié le 21 octobre 2026 un communiqué dans lequel il dénonce les tentatives d'instrumentalisation de son nom et de celui de ses colistiers « pour régler des comptes » avec le parti. Il rappelle qu'il n'a « mandaté personne » pour parler en son nom, assume son retrait du processus électoral du 17 octobre et appelle les militants à « la vigilance » face aux « tentatives de manipulation ». Mais derrière la mise au point, une question reste posée : qui, au sein du MRC ou en dehors, cherche à utiliser le nom de Binyam pour déstabiliser la nouvelle direction ?

Un retrait, une élection, et des voix qui ne passent pas

L'histoire commence le 14 octobre 2026. À trois jours de la convention extraordinaire du MRC, la liste conduite par Pierre Emmanuel Binyam annonce son retrait. Motif invoqué dans un communiqué : « les conditions nécessaires à notre participation ne nous semblent plus réunies ». Des désaccords sur l'organisation du scrutin, des accusations de manquements. Binyam ne veut pas cautionner la procédure.

Trois jours plus tard, le 17 octobre, la convention se tient au siège du parti à Odza, dans l'arrondissement de Yaoundé IV. Tiriane Balbine Noah, présidente par intérim, est élue avec 1 246 voix sur 1 286 votants, soit 96,89 %. Onze bulletins nuls. Et 29 voix attribuées à la liste Binyam. Malgré son retrait.

C'est ce détail qui met le feu. Dans un communiqué publié après le vote, Binyam dénonce « la proclamation de résultats fictifs » et compare la procédure à « des méthodes peu orthodoxes observées chez Elecam ». Son grief ne porte pas sur le nombre de bulletins déposés en sa faveur, mais sur le fait que des suffrages aient été comptabilisés au nom d'une liste qui avait officiellement jeté l'éponge. Mamadou Mota, soutien de Tiriane Noah, balaie l'argument : « rhétorique de la défaite ». Selon lui, le retrait est intervenu alors que le processus matériel était déjà achevé.

Quatre jours plus tard, le 21 octobre, Binyam remet une couche. Pas sur les 29 voix cette fois. Sur son nom.

Ce que dit le communiqué du 21 octobre

Le texte, signé de Douala, tient en une page. Binyam y dénonce des « personnes, manifestement animées par des intentions hostiles au MRC », qui « tentent d'instrumentaliser mon nom et celui de certains de mes colistiers pour régler leurs comptes avec notre parti ».

Il pose une limite claire : « Je n'ai mandaté personne pour parler en mon nom, ni pour engager ma responsabilité dans des déclarations, des initiatives ou des démarches qui ne relèvent pas de ma volonté. » Toute personne qui prétendrait s'exprimer en son nom sans autorisation le ferait « de sa propre initiative ».

Sur son retrait, il ne recule pas. Il le revendique comme un choix assumé, guidé par une « préoccupation essentielle : préserver le MRC d'une crise post-électorale aux conséquences potentiellement désastreuses ». Il affirme avoir refusé de « tomber dans le piège » tendu par des « adversaires tapis dans l'ombre », dont les manœuvres auraient pu « précipiter notre parti dans une grave crise interne et compromettre sa participation aux prochaines élections municipales et législatives ».

Il refuse en revanche de voir son engagement utilisé comme « un instrument de déstabilisation de notre propre famille politique ». Et il appelle à la « vigilance » face aux « tentatives de manipulation, de récupération et de division ».

Une phrase résume le tout : « Le MRC mérite mieux que les règlements de comptes. »

Qui instrumentalise qui ?

Le communiqué ne nomme personne. C'est à la fois sa force et sa faiblesse. Force, parce qu'il permet à Binyam de rester au-dessus de la mêlée. Faiblesse, parce qu'il laisse le lecteur deviner.

Deux lectures sont possibles.

La première est interne. Après l'élection de Tiriane Noah, le MRC traverse une phase de recomposition. La nouvelle direction, conduite par la présidente élue, doit intégrer les sensibilités. Certains cadres, exclus ou marginalisés ces derniers mois, cherchent peut-être à s'appuyer sur le nom de Binyam pour contester la légitimité de la nouvelle équipe. Le communiqué serait alors un avertissement : ne m'entraînez pas dans vos guerres.

La seconde est externe. La séquence des derniers jours est chargée. Le 18 octobre, l'émission « Débattons » sur Times TV reçoit Willy Mengue, présenté comme « homme politique MRC » alors que le parti affirme l'avoir exclu en juin 2026. Le 20 octobre, le MRC publie un communiqué qui dénonce des propos tenus sur Times TV et réclame des comptes. Le même jour, Times TV présente ses regrets. Le 21 octobre, Binyam sort son communiqué. Le timing n'est pas anodin. Mais Binyam ne fait aucun lien explicite avec l'affaire Times TV. Nous ne pouvons donc pas l'affirmer.

Une troisième hypothèse, plus personnelle, ne peut pas être écartée : Binyam prépare la suite. En déposant ce communiqué, il pose des jalons pour rester dans le jeu politique du MRC, sans pour autant endosser la défaite. Il ne quitte pas le parti. Il ne rejoint pas la nouvelle direction. Il se place en réserve.

Ce que cela dit de l'état du MRC

Le MRC sort d'une séquence éprouvante. Démission de Maurice Kamto le 8 septembre. Départ de Mamadou Mota le même jour. Convention contestée. Retrait de Binyam. Élection de Tiriane Noah. Contestation des 29 voix. Puis ce communiqué.

Chaque étape a laissé des traces. Le parti a beau afficher un score de 96,89 %, l'unanimité est de façade. Les 29 voix attribuées à une liste retirée sont un caillou dans la chaussure de la nouvelle direction. Elles rappellent que le processus n'a pas été net.

Le communiqué de Binyam ajoute une couche. Il ne conteste pas l'élection de Tiriane Noah — il l'avait félicitée dès le 18 octobre. Il conteste la manière dont son nom est utilisé. C'est une nuance importante. Binyam ne dit pas que la présidente est illégitime. Il dit que certains, autour d'elle ou en dehors, cherchent à se servir de lui.

La balle est dans le camp de la nouvelle direction. Tiriane Noah doit gérer deux dossiers en même temps : la consolidation interne et la préparation des échéances de 2027. Le communiqué de Binyam est un test. Soit la direction l'ignore et poursuit son chemin. Soit elle tend la main et intègre les sensibilités. Soit elle considère le texte comme une déclaration de guerre larvée.

Nous avons tenté de joindre le secrétariat national du MRC pour connaître sa réaction au communiqué. Sans réponse au moment d'écrire ces lignes. Binyam, de son côté, n'a pas donné suite à notre demande d'entretien.

Une chose est sûre : le MRC n'a pas fini de parler de lui. Et Binyam, même retiré de la course, reste un nom qui compte.


Qui est Pierre Emmanuel Binyam ?
C'est un cadre du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC). Il a été candidat à la présidence du parti lors de la convention extraordinaire du 17 octobre 2026, avant de retirer sa liste trois jours avant le scrutin.

Pourquoi a-t-il publié ce communiqué le 21 octobre ?
Il dénonce l'instrumentalisation de son nom et de celui de ses colistiers par des personnes qu'il accuse de vouloir « régler leurs comptes » avec le MRC. Il affirme n'avoir mandaté personne pour parler en son nom.

Conteste-t-il l'élection de Tiriane Noah ?
Non. Il l'a félicitée publiquement dès le 18 octobre. Il conteste en revanche le maintien de sa liste sur les bulletins et les 29 voix qui lui ont été attribuées malgré son retrait.

Quelles sont les suites possibles ?
La nouvelle direction du MRC doit décider si elle répond à ce communiqué, l'ignore ou tend la main à Binyam. Le parti prépare les échéances électorales de 2027.

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