Le Lieutenant-colonel Ayissi Nanga Parfait demande la protection du Tribunal militaire de Yaoundé pour témoigner. Il dit craindre pour sa vie.

Un officier qui avait dénoncé la coupure internet pendant l'opération du commando DGRE veut parler. Mais pas sans protection.

Le Lieutenant-colonel Ayissi Nanga Parfait a demandé la protection du Tribunal militaire de Yaoundé pour témoigner, selon un récit publié sur le mur du Dr Moussa Njoya. L'officier serait intervenu vers la fin de l'audition du Lieutenant-colonel Bialo pour exprimer sa volonté de déposer, tout en faisant état de menaces pesant sur sa vie.

Il a arrêté Amougou Belinga. Il a alerté sa hiérarchie. Il a demandé l'audition des opérateurs téléphoniques après la coupure internet.

Et aujourd'hui, il a peur.

Un officier qui connaît le dossier

Ayissi Nanga Parfait n'est pas un témoin ordinaire.

En janvier 2023, quand le corps de Martinez Zogo est retrouvé à Soa, c'est lui qui commande le Groupement de Gendarmerie Territoriale du Mfoundi. C'est lui que le sous-lieutenant Legrand Ngamby alerte après avoir reçu les messages de Justin Danwe, l'ancien directeur des opérations de la DGRE.

Les échanges sont documentés. Le 30 décembre 2022, Danwe avait demandé à Ngamby d'« administrer une correction » à Martinez Zogo, selon le témoignage livré au tribunal le 22 septembre 2025. Le journaliste, disait Danwe, « parle mal de mon chef ». Ngamby a refusé. Mais il a conservé les messages.

Quand Zogo disparaît, le 17 janvier 2023, Ngamby comprend. Il contacte son supérieur. Le lieutenant-colonel Ayissi Nanga Parfait.

C'est cette alerte qui déclenche la série d'interpellations. Eko Eko, le patron de la DGRE. Justin Danwe. Puis les membres du commando.

L'homme qui a posé la question qui dérange

Il y a un détail que peu de gens ont relevé.

Pendant l'opération du commando, la connexion internet sur les téléphones des membres a été coupée. Deux heures. Une coupure ciblée, selon plusieurs sources. Pas un problème général.

Ayissi Nanga a demandé l'audition des responsables des opérateurs de téléphonie mobile. Camtel, Orange, MTN. Il voulait comprendre. Qui a ordonné la coupure ? Pourquoi ces numéros précis ?

Cette démarche aurait déplu. Il aurait été écarté de la commission d'enquête mixte police-gendarmerie, selon le récit rapporté par le Dr Moussa Njoya.

Aujourd'hui, Ayissi Nanga est lui-même cité dans une autre affaire. Celle du « faux contre-amiral » Joseph Fouda. Il serait poursuivi pour « escroquerie en coaction ». Il aurait été cité comme ayant reçu de l'argent au prétexte qu'il était en contact avec le contre-amiral.

Ce que dit le récit du Dr Moussa Njoya

Le Dr Moussa Njoya est un analyste politique camerounais. Il publie régulièrement sur les réseaux sociaux. En janvier 2023, il avait annoncé qu'il cessait ses interventions médiatiques, disant craindre pour sa vie après l'assassinat de Martinez Zogo.

Selon son récit, Ayissi Nanga serait intervenu au Tribunal militaire de Yaoundé vers la fin de l'audition du Lieutenant-colonel Bialo. Il aurait exprimé sa volonté de témoigner. Et il aurait fait état de menaces pesant sur sa vie.

Quelles menaces ? De qui ? Le récit ne le précise pas.

L'officier disposerait d'informations qu'il souhaiterait révéler devant le tribunal. Lesquelles ? Là encore, pas de précision.

L'audition Bialo : ce qui s'est dit

Le contexte est important.

Le 13 octobre 2026, le Lieutenant-colonel Dieudonné Bialo, chef du Service central des recherches judiciaires de la gendarmerie nationale, était entendu au Tribunal militaire. Il est le 35e témoin appelé dans le dossier Zogo.

Bialo a reconnu avoir transmis une capture d'écran impliquant Paul Daizy Biya, avant de se contredire, selon Camer.be. L'avocate des ayants droit, Me Félicité Esther Zeifman, l'a interrogé sur un téléphone qui aurait été distrait par Mélissa Amougou Belinga lors de l'arrestation de son mari.

C'est dans ce contexte qu'Ayissi Nanga serait intervenu.

Pourquoi cette demande de protection compte

Un officier supérieur qui demande la protection du tribunal pour témoigner, c'est rare.

Dans une affaire où plusieurs témoins ont exprimé des craintes, où le journaliste Martinez Zogo a été tué après avoir dénoncé, où un téléphone contenant une vidéo de torture a disparu, cette requête a un poids particulier.

Elle pose une question simple : peut-on témoigner en sécurité au Cameroun ?

Le Tribunal militaire n'a pas encore répondu publiquement à cette demande. Le parquet n'a pas communiqué. La défense n'a pas réagi.

Ce qui reste en suspens

Trois questions restent sans réponse.

Qui menace Ayissi Nanga ? Le récit ne le dit pas. Aucune source judiciaire ne l'a confirmé.

Quelles informations veut-il livrer ? On peut supposer qu'elles concernent la coupure internet et l'opération du commando. Mais rien n'est confirmé.

Quelle suite sera donnée à sa demande ? Le tribunal peut accorder une protection, la refuser, ou ne pas se prononcer publiquement. Aucune de ces options n'a été tranchée à ce stade.

L'affaire Zogo dure depuis janvier 2023. Dix-sept suspects sont jugés. Le procès avance lentement. Chaque nouveau témoin apporte son lot de révélations et de zones d'ombre.

La demande d'Ayissi Nanga, si elle est confirmée, ajoute une couche à un dossier qui n'en manquait pas.


Qui est le Lieutenant-colonel Ayissi Nanga Parfait ?
Un officier de gendarmerie. En 2023, il commandait le Groupement de Gendarmerie Territoriale du Mfoundi. C'est lui qui a été alerté par le sous-lieutenant Ngamby après les messages de Justin Danwe.

Pourquoi demande-t-il la protection du tribunal ?
Selon le récit du Dr Moussa Njoya, il souhaite témoigner mais dit craindre pour sa vie. Les menaces ne sont pas détaillées.

Le Tribunal militaire a-t-il réagi ?
Aucune communication officielle n'a été publiée à ce stade. Nous n'avons pas pu obtenir de confirmation auprès des autorités judiciaires.

Ayissi Nanga est-il lui-même poursuivi ?
Des informations non confirmées évoquent une poursuite pour « escroquerie en coaction » dans l'affaire du « faux contre-amiral ». Nous n'avons pas pu vérifier cette information de manière indépendante.