Jeune Afrique révèle que Mvondo Ayolo et Dion Ngute sont intervenus dans l'affaire Vision 4-CNC. Le CNC sort fragilisé de ce bras de fer. Les coulisses.

Selon l'enquête de Jeune Afrique, le directeur du cabinet civil de la présidence a demandé à René Sadi de lever la suspension de Vision 4, tandis que le Premier ministre a reçu le CNC avant son revirement.

Le 29 septembre, le CNC suspend Vision 4. Le 2 octobre, René Sadi écrit à Canal+ pour demander son rétablissement. Le 5 octobre, la chaîne retrouve les ondes. Le 6 octobre, le CNC proteste, puis se ravise. Derrière ce revirement, Jeune Afrique révèle les interventions de Samuel Mvondo Ayolo et de Joseph Dion Ngute. Le magazine panafricain a publié son enquête le 7 octobre 2026. Voici ce qu'elle contient.

De la suspension au rétablissement : six jours qui ont ébranlé le CNC

Tout commence le 29 septembre 2026. Réuni en 48e session extraordinaire à Yaoundé, le Conseil national de la communication suspend Vision 4 de diffusion pour un mois . Trois griefs sont retenus : une atteinte à la dignité de Me Félicité Esther Zeifman, avocate des ayants droit de Martinez Zogo, à travers un reportage diffusé le 2 juin 2026 ; la non-exécution d'une décision antérieure du 18 août 2026 visant le journaliste Martial Owona ; et une défiance envers le régulateur .

Canal+ retire le signal. La chaîne disparaît des bouquets.

Le 1er octobre, le Tribunal administratif du Centre ordonne un sursis à exécution des sanctions visant Vision 4 et deux de ses responsables . Le CNC décide de ne pas s'incliner. Il introduit un pourvoi en cassation . Le lendemain, une lettre du ministre de la Communication tombe.

L'intervention de Mvondo Ayolo

C'est ici que Jeune Afrique situe la première intervention "en haut lieu". Selon le magazine panafricain, Jean-Pierre Amougou Belinga, alors détenu à la prison centrale de Yaoundé-Kondengui, aurait sollicité une intervention après le pourvoi engagé par le CNC .

Selon l'enquête, un échange a lieu entre un représentant de Vision 4 et Samuel Mvondo Ayolo, directeur du cabinet civil de la présidence de la République . Mvondo Ayolo compte parmi les proches d'Amougou Belinga, précise Jeune Afrique .

Au cours de cet échange, le représentant de la chaîne aurait défendu un argument d'ordre identitaire. Vision 4 permettrait de traiter l'actualité "du point de vue des Beti", dans un paysage médiatique qu'il estimait dominé par les Bamilékés . C'est à la suite de cet échange que Mvondo Ayolo aurait demandé à René Emmanuel Sadi de se saisir du dossier .

La lettre de Sadi à Canal+

Le 2 octobre 2026, René Emmanuel Sadi, ministre de la Communication, signe une lettre. Elle est adressée à la directrice générale de Canal+ Cameroun, à Douala .

Objet : demander la reprise de la diffusion de Vision 4 .

La lettre invoque "la préservation de l'équilibre de l'espace médiatique national", les emplois menacés et l'économie nationale . Elle demande le rétablissement "sans délai" de la chaîne.

Ce que la lettre ne dit pas est tout aussi révélateur. Elle ne répond à aucun des trois griefs du CNC. Elle ne cite aucune base légale permettant à un ministre de demander la remise en ligne d'un média suspendu par le régulateur .

Le même jour, le ministre met en demeure les responsables de Vision 4 de respecter les sanctions visant les trois journalistes . Une mise en garde qui n'empêchera pas la chaîne de retrouver les ondes.

Le 5 octobre, Vision 4 est de retour sur Canal+ .

L'intervention de Dion Ngute

Le 6 octobre, le CNC contre-attaque. Joseph Chebonkeng Kalabubsu, président du régulateur, écrit à Canal+ International. Il demande le retrait "sans délai" du signal de Vision 4 . Il rappelle que le CNC est une "autorité administrative indépendante, nullement placée sous la tutelle du Ministère de la Communication" .

Le ton est ferme. Mais dans la soirée du même jour, le CNC fait marche arrière. Une nouvelle correspondance est signée. Cette fois, le régulateur demande la réactivation du signal "dans l'esprit d'un traitement apaisé du dossier" .

Que s'est-il passé entre-temps ?

Jeune Afrique apporte une réponse. Selon le magazine, Joseph Dion Ngute, Premier ministre, a reçu le CNC en audience quelques heures avant ce revirement . C'est cette intervention du chef du gouvernement qui expliquerait le changement de position du régulateur .

Le "traitement apaisé" : que signifie-t-il ?

La formule employée par le CNC dans sa seconde correspondance mérite d'être examinée. "Traitement apaisé" signifie, dans le langage administratif camerounais, que le dossier est sorti du champ purement réglementaire pour entrer dans celui de l'arbitrage politique.

Le CNC a choisi de ne pas maintenir sa position. Il a préféré s'aligner sur la demande du ministre de la Communication. Une décision qui, selon plusieurs observateurs, affaiblit l'institution.

L'article 8 du décret de 1991 précise que le CNC "propose ses conseils sur la politique globale de la communication sociale et l'attribution des licences aux entreprises audiovisuelles privées" . Il n'a pas le pouvoir de délivrer ou de retirer une licence. C'est le Mincom qui détient cette prérogative.

Le tribunal administratif l'avait rappelé le 1er octobre. Le CNC peut avertir. Il peut suspendre un journaliste. Il peut suspendre une émission. Mais il ne peut pas fermer une chaîne.

Ce que révèle cette séquence

L'affaire Vision 4 n'est plus seulement un contentieux entre un média sanctionné et son régulateur. Elle met en lumière un mécanisme qui traverse l'histoire politique camerounaise : l'intervention de l'exécutif dans les décisions des autorités administratives indépendantes.

Trois centres de pouvoir sont intervenus dans ce dossier. Le ministère de la Communication, qui a demandé le rétablissement. Le cabinet civil de la présidence, qui a initié la démarche. Et le Premier ministre, qui a reçu le CNC avant son revirement.

Le CNC, lui, a tenté de résister. Il a écrit, protesté, rappelé son indépendance. Puis il a cédé.

Une question demeure. Si le CNC ne peut pas faire appliquer ses propres décisions face à une intervention de l'exécutif, à quoi sert sa suspension ?


Que révèle Jeune Afrique sur l'affaire Vision 4 ?
Le magazine panafricain révèle que Samuel Mvondo Ayolo, directeur du cabinet civil de la présidence, a demandé à René Sadi de se saisir du dossier pour lever la suspension de Vision 4. Joseph Dion Ngute a reçu le CNC avant son revirement.

Qui est Mvondo Ayolo ?
Samuel Mvondo Ayolo est le directeur du cabinet civil de la présidence de la République. Il est chargé du protocole d'État, de la communication du président et des affaires réservées. Il compte parmi les proches d'Amougou Belinga, selon Jeune Afrique.

Pourquoi le CNC a-t-il changé de position ?
Selon Jeune Afrique, le revirement du CNC fait suite à une intervention de Joseph Dion Ngute, qui a reçu le régulateur en audience quelques heures avant.

Le CNC est-il vraiment indépendant ?
Le CNC a été créé par la loi n° 90/052 du 19 décembre 1990. Il est présenté comme un organe doté de la personnalité juridique et de l'autonomie financière. Mais l'épisode Vision 4 montre que son autonomie est limitée face à l'intervention de l'exécutif.