Paul Biya n’est pas apparu en public depuis septembre 2026. Rumeurs, démenti du Palais, dégradation Fitch : ce que son absence révèle du Cameroun.
Paul Biya, 93 ans, président du Cameroun depuis 1982, n’a pas été vu en public depuis sa participation au Forum sur la coopération sino-africaine à Pékin, début septembre 2026. Le 15 octobre, une rumeur sur sa mort a enflammé X. Le 16, son directeur du cabinet civil, Samuel Mvondo Ayolo, a démenti auprès de Jeune Afrique : « Vous pensez qu’on peut cacher le décès d’un chef d’État ? » Le 22 octobre, le Washington Post écrivait qu’il « semble passer beaucoup de son temps en Suisse ».
Trois dates. Trois versions. Et toujours pas d’image.
Le problème n’est pas que Biya soit invisible. Il l’a été souvent. Le problème, c’est que cette fois, personne ni le Palais, ni la rue, ni les marchés ne sait quand il réapparaîtra. Et que le pays, lui, continue de tourner.
7 juin – 20 août : un « court séjour privé » qui dure deux mois
Le 7 juin 2026, Paul Biya quitte Yaoundé pour ce que l’entourage présente comme un « court séjour privé en Europe ». Il ne rentre que le 20 août.
Soixante-quatorze jours.
C’est plus long que son absence de l’automne 2024, qui avait déjà duré 42 jours, selon Africa Eye. Pendant ce temps, le pays est gouverné par décrets. Des décrets signés. Publiés. Applicables. Mais des décrets qui, dans un monde où les signatures électroniques et scannées sont monnaie courante, ne prouvent plus grand-chose.
Le 15 octobre, une rumeur de décès apparaît sur X. Le compte « Human Rights Forum » affirme, sans preuve, que Biya est mort et que sa succession se prépare. Le post cumule des centaines de milliers de vues en quelques heures. Le hashtag RIPPaulBiya circule.
Le lendemain, Samuel Mvondo Ayolo dément. Il qualifie l’information de « fake » et assure que Biya « est bien portant et qu’il travaille ». Il cite un décret signé de la main du président, publié le 15 octobre.
Un décret. Pas une photo.
Le 22 octobre, le Washington Post met les points sur les i
Dans un article publié le 22 octobre 2026, le Washington Post ne dit pas que Biya est mort. Il dit quelque chose de plus dérangeant : que le président camerounais, réélu pour un huitième mandat, « semble passer beaucoup de son temps en Suisse ». Et que son retour au Cameroun a été décrit par certains utilisateurs des réseaux sociaux comme la « visite officielle d’un chef d’État étranger » dans son propre pays.
La formulation est ironique. Elle est surtout révélatrice. Un président qui doit être « visité » chez lui.
16 octobre : Fitch dégrade, les marchés sanctionnent
Le même jour où le Palais démentait la rumeur de décès, Fitch Ratings abaissait la note souveraine du Cameroun de « B » à « B- », avec perspective stable. Le rendement de l’Eurobond 2033 bondissait à 10,65 %, un record.
Fitch cite deux motifs. Le premier : Paul Biya, 93 ans, réélu en octobre 2025 pour un huitième mandat, n’a désigné aucun successeur. Le poste de vice-président, créé par la réforme constitutionnelle d’avril 2026, reste vacant. L’agence redoute « une transition de pouvoir désordonnée ».
Le second : les besoins bruts de financement de l’État passent de 5 % du PIB en 2025 à 7,3 % en 2026. Et aucun programme du FMI n’est en vue d’ici 2028.
Ce n’est pas une crise de la dette. C’est une crise de confiance. Et Fitch, lui, n’a pas besoin d’une photo pour constater le vide.
19 octobre : Interpol à Yaoundé, mais pas chez Biya
Le 19 octobre 2026, Lucas Philippe, président d’Interpol, est reçu au Palais de l’Unité. Pas par Paul Biya. Par Ferdinand Ngoh Ngoh, ministre d’État, secrétaire général de la présidence.
Les communiqués officiels précisent : « Au nom du chef de l’État Paul Biya ».
La formule est protocolaire. Elle est aussi une pièce à conviction pour ceux qui doutent. Une réception officielle d’un responsable international de ce rang, normalement, c’est le président qui la assure. Ou, à défaut, un Premier ministre. Pas un secrétaire général.
Ngoh Ngoh a une délégation de signature. Il peut recevoir « au nom » du président. Mais il ne peut pas remplacer sa présence. Et dans un pays où la rumeur court sur la mort du chef de l’État, une apparition de cinq minutes aurait tout éteint. Elle n’a pas eu lieu.
La Constitution ne prévoit pas le silence
La Constitution camerounaise, dans son article 5, dispose que le président de la République « incarne l’unité nationale » et qu’il « définit la politique de la Nation ». Elle prévoit aussi l’intérim en cas de vacance : c’est le président du Sénat qui l’exerce.
Mais elle ne dit rien sur l’absence prolongée sans vacance déclarée.
C’est là que le bât blesse. Un président peut être physiquement absent, tout en restant juridiquement en fonction. Les décrets sont signés. Les administrations fonctionnent. Le pays tourne.
Sauf que la Constitution ne prévoit pas ce cas de figure : un président qui gouverne par décrets, sans jamais apparaître, sans que personne ne sache vraiment où il est ni dans quel état il se trouve.
Ce n’est pas une vacance. Ce n’est pas non plus une présidence normale. C’est un entre-deux que le droit camerounais n’a pas nommé.
Ce que les Camerounais demandent, et ce qu’on leur répond
La question de Christian Ntimbane Bomo, avocat et auteur de la tribune qui a inspiré cet article, est simple : « Le peuple camerounais a le droit légitime et permanent de savoir si le chef de l’État est en vie et en pleine possession de ses moyens. »
C’est une exigence de preuve de vie. Pas une curiosité malsaine. Une condition de la souveraineté.
Le 9 octobre 2026, le ministre de l’Intérieur, Paul Atanga Nji, a adressé une lettre aux gouverneurs de région. Il y qualifie de « question de sécurité nationale » tout débat médiatique sur la santé du président. Et il prévient : « Tout débat dans les médias sur l’état du président est donc strictement interdit. Les contrevenants feront face à toute la force de la loi ».
Interdire le débat, ce n’est pas répondre à la question. C’est la reconnaître comme dangereuse.
Paul Biya est-il mort ?
Aucune source officielle ne l’a confirmé. Son directeur du cabinet civil, Samuel Mvondo Ayolo, a démenti la rumeur le 16 octobre 2026, la qualifiant de « fake » et assurant que le président « est bien portant et qu’il travaille ». Aucune preuve de vie indépendante n’a été publiée depuis.
Où se trouve Paul Biya actuellement ?
Le Palais n’a pas communiqué de lieu précis. Le Washington Post a écrit le 22 octobre 2026 qu’il « semble passer beaucoup de son temps en Suisse ». Le gouvernement n’a ni confirmé ni infirmé cette information.
Pourquoi la note du Cameroun a-t-elle été dégradée ?
Fitch Ratings a abaissé la note souveraine de « B » à « B- » le 16 octobre 2026, citant l’absence de plan de succession, la vacance du poste de vice-président et l’augmentation des besoins de financement de l’État.
La Constitution prévoit-elle cette situation ?
Non. Elle prévoit l’intérim en cas de vacance, mais pas le cas d’une absence prolongée sans vacance déclarée. C’est une zone grise que le droit camerounais n’a pas encadrée.