Après quarante-quatre années de gouvernance sous Paul Biya, les lourdes condamnations financières auxquelles l’État camerounais est confronté interrogent l’efficacité de la gestion publique. Les révélations de Me Emmanuel Pensy, pourtant un soutien du régime Biya, sur les dossiers d’Olembé et de Sundance Resources relancent le débat sur la coordination administrative, la responsabilité des décideurs et la protection des intérêts nationaux.
Au Cameroun, les contentieux internationaux ne se résument plus à de simples batailles judiciaires. Ils soulèvent des questions fondamentales sur la gouvernance, la transparence et la capacité de l’État à défendre efficacement ses intérêts. Comment expliquer que des dossiers engageant des centaines de milliards FCFA aboutissent à des décisions financières défavorables, alors que des moyens humains et institutionnels sont mobilisés pour assurer la défense du pays ? Cette interrogation prend une dimension particulière dans un contexte où la gestion des ressources publiques demeure au cœur des préoccupations nationales.
Invité de l’émission La Vérité en face, Me Emmanuel Pensy, avocat au barreau du Cameroun depuis 1982 et militant du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), a livré sa lecture des dysfonctionnements qu’il affirme avoir constatés dans la conduite de certains dossiers sensibles. Ses déclarations mettent en évidence, selon lui, les conséquences d’un manque de coordination entre les administrations et les équipes juridiques chargées de défendre les intérêts de l’État.
Olembé, une défense contestée
Selon Me Pensy, il avait été mandaté par l’État du Cameroun pour assurer sa défense face à l’entreprise Piccini dans le litige relatif au complexe sportif d’Olembé, devant les juridictions européennes. Il affirme qu’une Task Force a ensuite adjoint quatre autres avocats à l’équipe initialement désignée par le président Paul Biya, sans que les conseils concernés aient reçu les éléments de fond nécessaires à leur mission.
Si ces déclarations sont confirmées, elles soulèvent une question essentielle : comment garantir une défense cohérente de l’État lorsque les différents intervenants ne disposent pas des mêmes informations ? Une telle défaillance organisationnelle pourrait fragiliser la stratégie judiciaire et compromettre la défense des intérêts financiers du pays.
L’avocat reproche également au ministère des Sports d’avoir privilégié les orientations de la Task Force au détriment d’une collaboration structurée avec le conseil mandaté par la Présidence. Les responsabilités précises des différents acteurs restent toutefois à établir, à partir des pièces du dossier et des explications des administrations concernées.
Des milliards qui interpellent
Le dossier d’Olembé s’inscrit dans un contexte marqué par d’importants engagements financiers de l’État. Le texte évoque une condamnation à hauteur de 51 milliards de francs CFA dans cette affaire, alors que le complexe sportif, toujours au centre des controverses, a connu plusieurs réévaluations de son enveloppe budgétaire initiale. Ces éléments appellent un examen rigoureux des décisions prises, des procédures suivies et des responsabilités éventuelles.
Autre dossier préoccupant : le contentieux opposant le Cameroun à Sundance Resources. La condamnation au paiement de 349,92 milliards de francs CFA par la Chambre de commerce internationale, selon les informations rapportées, représente un enjeu considérable pour les finances publiques. Le rapprochement avec le dénouement présenté comme favorable au Congo-Brazzaville dans un litige analogue mérite également d’être documenté, sans occulter les particularités juridiques propres à chaque affaire.
Au-delà des montants, une question demeure : qui répond des choix administratifs et juridiques susceptibles d’engager durablement les ressources nationales ? La transparence, la coordination institutionnelle et la reddition des comptes constituent des exigences incontournables.
La vérité au-delà des soupçons
Les motivations de Me Pensy, qui prend publiquement la parole sur ces dossiers, suscitent aussi des interrogations. S’agit-il d’une dénonciation de dysfonctionnements, d’un différend lié à des intérêts particuliers ou d’une démarche visant à défendre certaines responsabilités ? En l’absence de preuves, aucune hypothèse ne peut être érigée en vérité.
Après 44 années de gouvernance sous Paul Biya, le Cameroun peut-il amorcer une sortie de crise sans renforcer les mécanismes de contrôle et de responsabilité ? L’établissement des faits, l’identification des éventuelles défaillances et la protection de l’intérêt général constituent des étapes essentielles. Car, au-delà des controverses, ce sont les finances publiques et la confiance des citoyens dans les institutions qui sont en jeu.