Tayc refuse d'investir au Cameroun à cause de la crise anglophone
© Camer.be : Paul Moutila | 03 mars 2026 14:41:31 | 4530"Je ne peux pas mettre des ronds là où ma propre mère n'est pas la bienvenue." Dans une interview au podcast Small Talk du média français Kombini, l'artiste Tayc a livré un témoignage rare sur son rapport au Cameroun. Le chanteur d'origine camerounaise explique pourquoi il ne peut pas investir dans le pays natal de sa mère. La raison tient en un mot : le NoSo, cette crise qui secoue les régions anglophones depuis près d'une décennie.
Des racines familiales entre Bamenda et Fotouni
Tayc, de son vrai nom Julien Bouadjie, est né à Marseille mais ses origines familiales plongent profondément au Cameroun. Sa mère est originaire de Bamenda, chef-lieu de la région du Nord-Ouest. Son père vient de Fotouni, dans l'Ouest. Cette double appartenance le lie intimement aux deux facettes du pays. Mais aujourd'hui, l'une de ces régions lui est devenue inaccessible par famille interposée.
Dix ans d'absence pour la mère
Le constat est brutal. La mère de l'artiste n'a pas remis les pieds à Bamenda depuis dix ans. La peur la retient. Peur de ce qui pourrait arriver si elle retournait dans cette région anglophone en proie à des violences récurrentes depuis 2016. Ce conflit oppose des groupes séparatistes aux forces de défense camerounaises, et a fait des milliers de morts et de déplacés. Des villages entiers ont été désertés, des écoles brûlées, des vies brisées.
L'appel de l'oncle resté sans réponse
Le matin même de l'enregistrement du podcast, Tayc a reçu un appel de son oncle. Ce dernier l'exhortait à venir investir au pays, à participer au développement. La réponse de l'artiste est sans appel : impossible. Le NoSo agit comme un frein psychologique et économique puissant. Comment financer des projets dans un pays où sa propre mère est persona non grata dans sa ville natale ?
Tayc nuance son propos. Il continuera à donner des concerts au Cameroun. Il poursuivra ses œuvres caritatives. Mais le cœur ne peut pas y être entièrement. La blessure est trop profonde. L'artiste exprime avec des mots simples ce que des milliers de Camerounais de la diaspora vivent dans l'intimité de leurs cellules familiales : un amour du pays entravé par l'insécurité et l'injustice.
La diaspora comme moteur économique freiné
Cette déclaration pose un problème majeur pour le développement économique du Cameroun. La diaspora camerounaise est l'un des principaux moteurs de l'économie nationale, via les transferts d'argent et les investissements. Mais ce moteur se grippe lorsque des figures influentes comme Tayc expriment publiquement leur réticence. Chaque famille anglophone exilée est un potentiel investisseur qui retient ses capitaux.
La crise anglophone n'est pas qu'un problème sécuritaire ou humanitaire. C'est désormais un problème économique majeur. Les investisseurs potentiels, qu'ils soient de la diaspora ou étrangers, observent. Le témoignage de Tayc agit comme un signal d'alarme. Tant que la situation ne sera pas résolue dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, une partie entière du territoire restera en friche, privée des capitaux de ceux qui l'aiment.
La parole libérée d'une star
En s'exprimant sur ce sujet sensible, Tayc utilise sa notoriété pour exposer au monde un drame trop souvent confiné aux dépêches anonymes. Il humanise la crise. Il lui donne un visage : celui d'une mère qui ne peut pas rentrer chez elle. Et une conséquence concrète : des millions qui ne seront pas investis.
La déclaration de Tayc est-elle un simple cri de cœur ou le début d'une prise de conscience collective sur le coût économique de la crise anglophone pour le Cameroun ?
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