Je ne suis pas Charlie, Je suis Naomi !
© RADUCC : Aliou TALL | 11 mai 2018 09:05:14 | 14151Ceux qui dénonçaient la haine mortelle contre Charlie Hebdo, engagé dans une guerre idéologique contre l’Islam, brandissaient haut et fort « Je suis Charlie ». Que ceux qui souffrent du mépris mortel, qui a induit la mort de la jeune Naomi en France, déclarent volontiers : « Je suis Naomi ». Si Naomi n’avait pas un accent africain, si elle était juive, aurait-elle subi le traitement monstrueux qui a participé à sa mort douloureuse ?
J’ai regretté Charlie, je pleurs Naomi MUSENGA.
Où sont ces présidents africains qui se bousculaient à Paris pour déplorer la mort des journalistes de Charlie Hebdo ? Leurs partisans diraient qu’ils étaient là-bas pour dénoncer le terrorisme. Nous dénonçons aussi le terrorisme, et regrettons comme eux les attentats qui ont décimé la rédaction de Charlie Hebdo. Mais la fougue qui les a incités à prendre l’avion et aller défiler à Paris contre la haine mortelle, ne devrait-elle pas les amener à faire de même pour dénoncer le mépris mortel dont est victime la jeune Naomi ? Si le mépris abject qui a précédé la mort de Naomi avait un caractère racial, ces présidents devraient aller participer à la marche blanche qui sera organisée à Strasbourg en la mémoire de Naomi. La vie de Naomi ne vaut pas moins que celle des journalistes de Charlie Hebdo. Et qui peut le plus, peut le moins. Charlie Hebdo s’est lancé ouvertement dans une guerre caricaturale contre l’Islam et les mes musulmans, et a subi des attentats regrettés. Naomi, elle, ne s’est moquée de la religion de personne et ne s’est engagée dans aucune guerre idéologique. Au contraire, le SAMU s’est moqué de sa douleur atroce et de sa vie. C’était une jeune femme Noire, mère d’un enfant, d’une beauté nubienne pure, qui ne demandait qu’à soulager sa douleur et à vivre. Elle est partie, victime de la bêtise humaine et, peut-être, d’un mépris racial banalisé en France par des politiciens de droite et d’être-droite. Entre Charlie et Naomi, je préfère souffrir pour Naomi. Comme beaucoup en France, je souffre de sa mort. Comme beaucoup de Noirs, je suspecte que son accent et son extranéité aient été déterminants dans le mépris qui a participé à a sa mort. Le cas échéant, je pourrais être à sa place, comme toute autre Noir.
Naomi serait-elle victime d’une discrimination raciale dans la prise en charge médicale ?
Naomi : « Allô. Aidez-moi, madame... Aidez-moi. J'ai… j'ai…madame, j'ai très mal. »
SAMU 67 : Bon, si vous ne me dites pas ce qu'il se passe, je raccroche, hein.
Naomi : Je vais mourir.
SAMU 67 : Oui, vous allez mourir, certainement, un jour, comme tout le monde. Ok?
Elle mourra le jour même. Si Noami n’avait pas un accent laissant entendre qu’elle est Noire, serait-négligée et raillée, avant de succomber à la douleur et à la maladie ? Dans cette ignominie, la justice française ne doit pas se limiter à enquêter sur l’existence d’un délit de non assistance à personne en péril. Les journalistes et les politiques français qui s’expriment sur ce décès épouvantable ne font état que de négligence, de disfonctionnement médical ou administratif du SAMU. Le font-ils exprès pour étouffer les suspicions de discrimination et de mépris raciaux contre les Noirs ?
En effet, si Naomi était victime d’une discrimination raciale ayant entrainé sa mort, cela devrait être judiciairement appréhendé comme un homicide involontaire. Ce qui ne serait pas vendeur pour une France qui se dit volontairement « pays des droits de l’homme ». La famille de Naomi a attendu presque deux mois pour avoir les résultats de l’autopsie. Le père de Naomi se demande à juste titre pourquoi on a laissé le corps de sa fille en putréfaction comme un cadavre abandonné. Le SAMU fonctionne-t-il ainsi pour l’autopsie des autres français ?
La justice française ne devrait pas s’enfermer dans des orientations idéologiques et politiques. Elle devrait aussi investiguer pour savoir si l’attitude du SAMU n’est pas dictée par des discriminations ou des préjugés contre Noirs, ou les étrangers de manière générale.
Naomi serait-elle victime d’une discrimination institutionnelle dans l’incrimination de la haine raciale ?
Si Naomi était juive, la réaction des médias et des politiques français serait-elle la même ? En France, quand un juif est victime de racisme, ce n’est pas du racisme. C’est pire. C’est de l’antisémitisme. Le droit pénal français distingue le racisme contre les Juifs du racisme contre les autres races. Or la vie et l’honneur d’un Juif ne valent pas plus que celles d’un Blanc, d’un Arabe, d’un Chinois ou d’un Noir. Si Naomi avait l’accent d’une personne Blanche, et s’était présentée comme une Certaine Madame LEVY ou Madame AZOULAY, elle n’aurait probablement pas le même traitement.
L’opératrice du SAMU, dont l’attitude a empêché la prise en charge à temps opportun de Naomi, aurait peur d’être accusée d’antisémitisme. Or, il est inconcevable dans un système démocratique, quel que soit le vécu des peuples, que l’on protège une race plus que d’autres. Le seul fait, dans la terminologie juridico-politique française, de parler de « racisme » et d’ « antisémitisme », constitue en soi une discrimination au profit des Juifs. Comme si l’antisémitisme n’était pas du racisme. Pis, certaines associations, censées lutter contre les discriminations raciales, font cette hiérarchisation de la lutte contre la haine, au profit des Juifs. Il est ainsi de la Ligue Internationale Contre l’Antisémitisme et le Racisme (LICRA). La dénomination de cette association, qui n’œuvrait au départ que pour défendre les Juifs, porte en elle-même une discrimination raciale.
Pour que certaines races ne soient pas plus exposées au racisme que d’autres, la France doit avoir le courage de prohiber toute forme de préférence dans la lutte contre la haine raciale. A défaut, les Noirs, victimes d’une haine décomplexée promue contre eux depuis des siècles, seront au bas de l’échelle, et compteront parmi eux d’autres Naomi.
JE SUIS NAOMI !
Lire aussi
Des réformes promises au Business Forum mais l’investissement privé au pays demeure une loterie
Paul Biya introuvable : ce que dit vraiment le Palais
Mon regard furtif et superstitieux sur les évènements du Lycée Technique Bilingue de Nsam (Yaoundé)
Biya 2026 : le Cameroun à l'heure du successeur introuvable
LA SDFISATION DE L'OPPOSITION CAMEROUNAISE
Les vérités crues de Shanda Tonme sur l’incident survenu au contrôle mixte de Batchenga
APPEL À UNE CONSCIENCE NATIONALISTE CAMEROUNAISE ET À UNE RÉVOLUTION POPULAIRE
Kaïros : le choix de l'inclusion pour la refondation du Cameroun
Nama au Conseil constitutionnel : loyauté ou indépendance ?
Paul Biya nomme Nama Remy avant même d'enterrer Atangana
Canal de vie
POINT DU DROIT
partenaire
évènement
vidéo de la semaine
vidéo camer
il y a une semaine
LA SDFISATION DE L'OPPOSITION CAMEROUNAISE
Joël Image: Le regard d'un talent de la photographie en Belgique
ESSTIC: LE JOURNALISTE HILAIRE SOPIE PARTAGE SON EXPÉRIENCE AVEC LES ÉTUDIANTS
Texticules de Hugues Seumo: Vous avez dit que nous avons tous faim ?
livre « L’Univers de la radiotélévision au Cameroun : Acteurs, organisation et pratiques »
il y a un mois
Professeur ghanéen tué aux USA : sa femme accusée de meurtre
Douala : un hôtel de luxe à 220 milliards dans un pays sans routes
Impact-100 : 100 candidats, un parti secret, un pari risqué
Douala : D'une querelle sentimentale à une affaire d'armes, une comptable clame son innocence
COLOGNE : RUDOLF DOUALA MANGA BELL ENTRE DANS LA MÉMOIRE DE LA VILLE
il y a un an