1er octobre : Balla appelle au dialogue et au fédéralisme
© Camer.be : Paul Moutila | 01 oct. 2026 15:45:01 | 3720Le 1er octobre 2026, Nkongho Felix Agbor Balla appelle au dialogue, à la non-violence et à une solution fédérale pour sortir de la crise anglophone au Cameroun.
Soixante-cinq ans après la réunification, l'avocat Nkongho Felix Agbor Balla place les victimes de la crise anglophone au centre de son message et réaffirme sa conviction : seule une solution fédérale, négociée dans le dialogue et la non-violence, peut sortir le Cameroun de l'impasse.
Le 1er octobre n'est pas une date comme les autres au Cameroun. Pour certains, elle évoque la réunification de 1961. Pour d'autres, elle rappelle une promesse trahie. Balla le sait. Il l'écrit. Et il refuse de choisir un camp.
Une date qui divise, un appel à l'écoute
« Nous n'interprétons pas tous cette date de la même manière. » La phrase est simple. Elle est aussi courageuse. Balla ne cherche pas à gommer les différences. Il les nomme.
Dans sa réflexion publiée jeudi, l'avocat rappelle que le 1er octobre « ravive des souvenirs de notre histoire, suscite des espoirs de dignité et d'appartenance, et soulève des questions difficiles concernant les promesses faites et le chemin parcouru ».
Le 1er octobre 1961, le Southern Cameroons, administré par les Britanniques sous mandat de l'ONU, rejoignait la République du Cameroun pour former une fédération à deux États. Un accord scellé à Foumban, quelques mois plus tôt. Une union qui devait respecter les spécificités linguistiques et juridiques des deux entités.
Onze ans plus tard, en 1972, un référendum abolissait la fédération. Le pays devenait une République unie. Pour beaucoup d'Anglophones, cette date marque le début d'un long processus d'effacement de leurs institutions, de leur système juridique et de leur langue.
Balla ne s'attarde pas sur les responsabilités. Il pose une autre question : comment vivre ensemble malgré des mémoires opposées ?
Les victimes d'abord
Le message de Balla n'est pas un discours politique. C'est une liste de noms qu'on ne prononce pas. Les familles qui ont perdu des êtres chers. Les déplacés. Les enfants dont l'école a été interrompue. Ceux qui vivent dans la peur. Les détenus et leurs proches.
« Aujourd'hui, mes pensées vont tout particulièrement aux familles qui ont perdu des êtres chers », écrit-il. « Leur souffrance doit rester au cœur de nos préoccupations, quel que soit l'avenir politique que nous appelons de nos vœux. »
Selon les organisations humanitaires, plus de 638 000 personnes ont été contraintes de fuir leurs villages depuis le début de la crise en 2016. Des centaines de milliers d'autres vivent déplacées à l'intérieur du pays. Certains ont traversé la frontière vers le Nigeria.
Le conflit a fait plus de 6 500 morts selon les estimations les plus récentes. Un chiffre qui ne dit rien de ce qu'il représente : des vies, des familles, des quartiers.
La ligne de Balla : ni violence, ni renoncement
Balla répète une position qu'il tient depuis 2016. Non-violence. Dialogue constructif. Solution fédérale.
« Tout au long de mon engagement, je suis resté attaché à la non-violence, à un dialogue constructif et à une solution fédérale », écrit-il.
Ce positionnement lui a valu des critiques des deux côtés. Les partisans de l'indépendance de l'Ambazonie le considèrent comme trop modéré. Certains le voient comme un traître à la cause. Les autorités camerounaises l'ont arrêté en 2017, l'accusant d'incitation au terrorisme. Il a été libéré après sept mois de détention, sous pression internationale.
Balla assume. Il écrit qu'il faut « le courage d'écouter, y compris ceux avec qui nous sommes en profond désaccord ». Une phrase qui pourrait viser aussi bien Yaoundé que les factions séparatistes.
Des appels à la paix qui doivent devenir des actes
Le message de Balla ne se limite pas à des principes. Il énumère ce qu'il attend concrètement.
Protéger les civils. Combattre l'injustice. Exiger que les auteurs de violations rendent des comptes. Rétablir la confiance.
« Les familles ont besoin de voir des changements dans leur vie quotidienne », écrit-il. « Elles ont besoin de sécurité, d'écoles, de moyens de subsistance et de la certitude que leur voix compte. »
Ces demandes ne sont pas nouvelles. Elles reprennent les recommandations formulées par plusieurs organisations internationales depuis des années. Mais Balla les formule sans détour, dans un contexte où le dialogue de Buea, présidé par le Premier ministre Joseph Dion Ngute en septembre, a été critiqué pour son manque de représentativité.
Balla l'avait prévenu : « La valeur du dialogue se mesurera à ce qui se passera après que tout le monde aura quitté la salle ».
Un leadership qui valorise la vie humaine
Balla termine son message par une formule qui résume tout. « Nous leur devons un leadership qui valorise la vie humaine. Nous leur devons des échanges honnêtes sur notre histoire et notre avenir. »
Ce n'est pas un slogan. C'est une exigence.
Dans un conflit où les civils sont pris entre les forces gouvernementales et les groupes séparatistes, où les écoles sont attaquées, où les déplacements se poursuivent, cette phrase a un poids particulier.
Balla ne propose pas de solution miracle. Il propose une méthode : écouter, dialoguer, négocier. Une méthode lente. Une méthode difficile. Mais peut-être la seule qui reste.
Qui est Nkongho Felix Agbor Balla ?
C'est un avocat camerounais anglophone, originaire du Sud-Ouest. Il a fondé le Centre pour les droits humains et la démocratie en Afrique. En 2016, il a dirigé le Consortium de la société civile anglophone, qui a lancé les protestations contre la marginalisation des systèmes juridique et éducatif anglophones. Il a été arrêté en 2017 et détenu pendant sept mois.
Qu'est-ce que le 1er octobre pour les Camerounais anglophones ?
Le 1er octobre 1961 marque la réunification du Southern Cameroons (ancien territoire sous tutelle britannique) avec la République du Cameroun, formant une fédération à deux États. En 1972, un référendum a aboli cette fédération. Pour beaucoup d'Anglophones, cette date symbolise à la fois l'union et la trahison des termes de cette union.
Quelle est la position de Balla sur l'indépendance de l'Ambazonie ?
Balla ne soutient pas l'indépendance. Il plaide pour une solution fédérale qui garantirait aux régions anglophones une autonomie dans la gestion de leurs affaires, le respect de leur système juridique et la reconnaissance de leur identité. Il rejette la violence comme moyen d'action.
Où en est la crise anglophone en 2026 ?
Dix ans après le début des protestations, le conflit continue. Les violences ont fait plus de 6 500 morts selon les estimations. Plus de 638 000 personnes sont déplacées à l'intérieur du pays, et des milliers d'autres ont fui vers le Nigeria. Les attaques contre les écoles et les civils se poursuivent.
Lire aussi
Mon regard furtif et superstitieux sur les évènements du Lycée Technique Bilingue de Nsam (Yaoundé)
Biya 2026 : le Cameroun à l'heure du successeur introuvable
LA SDFISATION DE L'OPPOSITION CAMEROUNAISE
Les vérités crues de Shanda Tonme sur l’incident survenu au contrôle mixte de Batchenga
APPEL À UNE CONSCIENCE NATIONALISTE CAMEROUNAISE ET À UNE RÉVOLUTION POPULAIRE
Kaïros : le choix de l'inclusion pour la refondation du Cameroun
Nama au Conseil constitutionnel : loyauté ou indépendance ?
Paul Biya nomme Nama Remy avant même d'enterrer Atangana
Me Touko Tom : « La faute historique de l'opposition camerounaise »
Dion Ngute à Bamenda : un dialogue sans les séparatistes peut-il marcher ?
Canal de vie
POINT DU DROIT
partenaire
évènement
vidéo de la semaine
vidéo camer
il y a une semaine
Kaïros : le choix de l'inclusion pour la refondation du Cameroun
DJ CHRIST : LE NOUVEAU MAÎTRE DU BIKUTSI À PARIS !
Il y a 18 ans, l'assassinat du chanteur de reggae révolutionnaire Lucky Dube
DÉDICACE : DENISE NGUENE, LA MAGICIENNE DES MOTS, A OFFERT UNE MAGISTRALE SOIRÉE LITTÉRAIRE
Bangangté:la Fondation Motana Académie mise sur la formation professionnelle pour l’avenir de tous
il y a un mois
MRC : la convention du 17 octobre déclarée, le pouvoir peut-il dire non ?
Mendel : « Zelensky est le plus grand obstacle à la paix »
Sánchez : « Le droit international n'est pas à géométrie variable »
Thérèse Chartier - Ninard Tchoubi : « Nombre de Camerounais formés en France voient leurs compétence
Expulsés des États-Unis : le Cameroun dit oui pour 30 millions
il y a un an