Cameroun: La culture du griotisme
© Correspondance : PCI | 23 févr. 2016 11:21:29 | 6713Le Cameroun a-t-il rompu avec la glorification publicitaire de son Président ? Le Cameroun serait-il en train de mourir entre les mains des laudateurs qui n’ont d’égal que la mendicité politique ? Qui a oublié les pagnes représentant les images de Paul Biya ? Plus récemment, qui n’a pas entendu parler de l’encart publicitaire « Le Cameroun, un pays émergent sous Paul Biya » acheté, en 2014, dans le quotidien français Le Figaro ? C’est le genre de louanges graphiques qui mettaient mal à l’aise l’un des rares dirigeants africains qu’on ne pouvait taxer d’arrogance : Nelson Mandela. L’ancien président sud-africain circonscrivait autant que possible la frénésie marchande qui le faisait figurer sur des casquettes, des fanions, des bracelets de luxe et autres tabliers de cuisine.
Le plus important, c'est l'image. Paul Biya l'a toujours compris et en a joué sa partition. Construire habilement son culte de la personnalité permet de devenir incontournable auprès de son peuple, d'écarter les zones d'ombre et d'étouffer ses éventuels adversaires. Il faut exister à la radio, dans les rues, les amphis de certaines universités, les bureaux, passer à la télé, dans les journaux, des T-shirts, des sous vêtements... Et même des strings de certaines de nos femmes... Jusqu'à parfois devenir une icône et voir son image reprise par des artistes.
Le culte de la personnalité de Biya a du vent en poupe au Cameroun. Le quotidien gouvernemental met une photo de lui en première page chaque jour, les autres personnalités ne peuvent l’être que par leur titre et non par leur nom. Avant les éditions du journal parlé à la radio d'Etat, un générique distille les louanges de Paul Biya
Tout comme Mobutu de l'ex Zaïre, Biya est en train de faire croître sa présence partout au Cameroun, on voit ses images dans les rues, dans les cimetières, les toilettes, les bureaux.... et aussi sur des véhicules…les banques, sur les stades le chef est présent à travers ses effigies.. Il s’agit ainsi pour lui de créer un nouveau peuple, un nouveau pays, avec un démiurge en son centre. Le « Lion ou le Nomgui du Cameroun» est en train de vouloir faire de lui un personnage sacré, adoré par ses créatures, un demi-dieu africain.
Décider de rester au pouvoir à 83 ans est une pratique que l’on ne rencontre que dans les pays réfractaires au principe de la légitimité par les urnes. Paul Biya quoi qu'on le dise semble préparer avec ses laudateurs calculateurs le terrain pour rempiler un autre mandat à la tête de l'Etat en 2018.
Même la plus parfaite gouvernance n’aura aucune vertu curative sur un corps vieilli. Ce n'est pas moi qui le dit, mais c'est la nature qui dicte sa loi. Le problème du Cameroun ne réside pas dans ses lois, mais dans leur non application. Ceux qui les votent sont les premiers à ne pas les respecter, à en faire fi.
Biya, comme le peuple camerounais au lendemain du prochain scrutin présidentiel de 2018, aura du mal à avaler ses propres couleuvres, tellement elles seront énormes. Il est temps de mettre un terme à l'adulation excessive de monsieur Biya. Au lieu de faire cette litanie de sanctifications qui ne reflètent pas la vie du Camerounais lambda, l’entourage de Paul Biya devrait lui faire part des réalités du peuple : Lui dire qu’il est temps qu’il aille se reposer. Après lui ce ne sera pas le chaos
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