TERRORISME : Enquête sur la présumée kamikaze de l’attentat de Maroua
© L’Oeil du Sahel : DAVID WENAI | 05 août 2015 02:45:10 | 12324C’est avec la peur au ventre, accentuée par la méfiance des uns envers les autres que les populations vivent désormais au quotidien.
Quelques heures après la seconde attaque de Maroua, le 25 juillet 2015, sa photo a fait le tour du monde grâce à la magie des réseaux sociaux. On y voit une jeune fille, vêtue simplement d’un tissu pagne, la tête totalement déformée par l’explosion et qui a laissé à penser qu’elle avait dissimulé l’explosif dans son foulard. Lequel aurait été actionné à distance puisque ses deux bras n’ont subi aucun dégât. Cette jeune fille, c’est Maïmouna, âgée de 12 ans. Les enquêteurs ont tout de suite concentré leurs recherches sur sa personne. Elle habitait, avec ses parents, au quartier Pont Vert, lieu de l’attentat.
Le lendemain, son père, Ali Alhadji Moussa et sa mère, Aïssatou Haman Djam, ont été arrêtés et sont toujours detenus à la brigade de gendarmerie de Maroua. Ils y sont en compagnie du maître coranique de la présumée kamikaze, Hamidou Zakariao, ainsi que deux de ses camarades. Elève à l’école publique du Pont Vert, son directeur a aussi été interrogé par lesfins limiers avant d’être relaxé. Seul, son frère, Soufiane, âgé de 15 ans, n’a pas été inquiété pour le moment. Celui-ci a quitté la concession familiale pour s’installer chez des voisins. «J’habite aujourd’hui chez les voisins parce qu’il n’y a plus personne dans notre concession. Des hommes en tenue sont venus arrêter ma mère et mon père le 26 juillet 2015, vers 10 heures.
Nous habitons dans ce quartier depuis deux ans. Mon père est maçon et ma mère, ménagère. Mes grandsparents maternels habitent ce quartier, c’est pour cela que nous sommes venus habiter ici. A ma connaissance, je ne sais pas ce qu’on reproche à mes parents», explique-t-il. Se souvient-il de cette soirée terrible où, au total 22 personnes au total ont perdu la vie à la suite d’une explosion ? Oui. «Tout ce que je sais, c’est que ma petite soeur avait demandé à notre papa de lui donner 100 francs pour aller acheter du maïs et elle n’est plus revenue vivante. Honnêtement, je suis dépassé. Au lieu que les gens viennent consoler mes parents, ils viennent les arrêter. Je leur ai rendu visite à la brigade le 1er août 2015. Ils vont bien, mais mon père est très abattu», avoue le frère de la présumée Kamikaze.
Les résultats de l’enquête ouverte par les services de sécurité sont particulièrement attendus. Ils pourraient redessiner le profil des kamikazes, car Maïmouna était parfaitement intégré dans son milieu. Elle fréquentait une école publique et une école coranique. Son père, brave maçon, travaille pour des personnalités les plus illustres de la ville. N’était-il pas engagé sur un chantier du délégué du gouvernement de la ville au quartier Hardé ?
L’enquête des forces de sécurité pourrait aussi disculper la principale mise en cause, qui pourrait alors apparaître, elle aussi, comme une victime. Ce que soutiennent jusqu’ici ses parents. «Personne ne l’a envoyée. C’est elle-même qui a demandé de l’argent pour aller acheter du maïs et elle a été retrouvée morte près de l’endroit où on le vend du maïs. Elle aurait pu partir d’elle-même sans rien demander à personne, si telles étaient ses intentions. Voilà ce que je sais. Je ne sais pas si ma petite soeur a subi ou pas des influences extérieures», explique le grand frère de Maïmouna. Des analyses scientifiques poussées des indices collectés sur les lieux de l’explosion vont nul doute renseigner les enquêteurs avec certitude sur son rôle joué dans cet attentat.
Toutefois, dans l’hypothèse où les charges contre la présumée kamikaze venaient à s’effondrer, l’enquête serait à nouveau totalement relancée sur le deuxième attentat qu’a connu la ville de Maroua. Il s’agira, une nouvelle fois, de déterminer s’il s’agit d’un attentat causé par l’explosion d’un objet piégé ou actionné à distance ou d’un attentat-suicide ? Dans tous les cas, il faudra rechercher l’identité du vrai auteur.
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