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Quand Paul Biya refuse que les pilleurs publics « rendent gorge »

Une chronique de Michel Michaut Moussala affirme que Paul Biya n’a pas donné suite au courrier de Galax Etoga demandant l’audition de Louis Paul Motaze. Récit.

Le 31 décembre 2023, Paul Biya promettait que les pilleurs de la fortune publique allaient « rendre gorge ». Quelques jours plus tôt, le patron de la gendarmerie lui demandait d’auditionner Louis Paul Motaze. Selon la chronique, le courrier n’a jamais eu de suite.

Le 31 décembre 2023, Paul Biya adressait un avertissement aux pilleurs de la fortune publique. Ils allaient « rendre gorge », disait-il. Quelques jours plus tôt, le 19 décembre, le secrétaire d’État à la Défense chargé de la Gendarmerie, Galax Etoga, lui avait écrit. Il demandait l’autorisation d’auditionner Louis Paul Motaze, ancien ministre de l’Économie (2007-2011) devenu ministre des Finances, dans le cadre de l’affaire de la ligne 94 du Trésor.

Selon la chronique de Michel Michaut Moussala, le courrier n’a pas eu de suite. Le Cameroun a continué à dériver.

Ce que ce texte décrit, c’est un mécanisme. Pas un fait divers.

Le courrier du 19 décembre 2023

Le secrétaire d’État à la Défense chargé de la Gendarmerie, Galax Etoga, écrit à Paul Biya. Il demande l’autorisation d’auditionner Louis Paul Motaze. L’ancien ministre de l’Économie de 2007 à 2011, aujourd’hui ministre des Finances (Minfi), est visé par des soupçons.

Le courrier s’inscrit dans le cadre de l’« Opération Épervier », présentée comme une vaste opération d’assainissement des mœurs publiques. Galax Etoga veut agir « en complément des actes d’enquêtes déjà posés ».

L’objet : le financement, par le Trésor public, de projets de promoteurs privés à travers la ligne 94, pour la période 2017-2023.

Ce que révèle le courrier, selon la chronique

Le patron de la gendarmerie évoque des présomptions de détournements de deniers publics en complicité. Il cite Louis Paul Motaze, Zoutene Doufene,  Jean Sylvain Mvondo, Job Jean Charles, des collaborateurs du Minepat, et l’homme d’affaires Jean Pierre Amougou Belinga.

Il mentionne aussi des soupçons de concussion, d’intérêt dans un acte, de favoritisme, et de « requis non défaillant » des termes juridiques qui désignent des manquements présumés.

Le Minepat est décrit comme « une épicerie aux mains d’une engeance mafieuse ». Les subventions de la ligne 94 « connaissent une gestion approximative », faute d’encadrement juridique formel. S’y ajoute une « pluralité des pôles de traitement ».

Deux structures de Jean Pierre Amougou Belinga sont citées : Vision4 et l’Institut supérieur des sciences, arts et métiers (Issam). Leurs dossiers auraient été traités directement par Jean Sylvain Mvondo, sans passer par la direction des affaires juridiques.

Le contrôle pédagogique

Jean Sylvain Mvondo aurait institué une formule de « contrôle pédagogique ». Selon la chronique, il s’agissait de contrôles approximatifs, sinon fictifs, auprès de structures ciblées d’avance.

Interrogé à deux reprises dans le cadre de l’enquête, Mvondo a crié à la conspiration contre sa personne. Saisi à deux reprises, Louis Paul Motaze n’a pas donné suite aux demandes d’information du SED.

Les chiffres qui posent question

Sur les 240 structures bénéficiaires de la ligne 94 du Trésor, seules 26 ont été connues et identifiées. Deux hypothèses : un problème d’archivage, ou des octrois fictifs de subventions entre 2017 et 2020.

Aucun dossier examiné par les enquêteurs ne remplissait les conditions requises par la loi. Des paiements problématiques ont été décelés. Des décalages importants entre les montants déclarés et ceux effectivement reçus par les bénéficiaires. D’autres subventions ont même été payées sur la ligne 64, réservée au fonctionnement de l’État.

La décision de Paul Biya

Selon la chronique, Paul Biya n’a pas donné suite au courrier de Galax Etoga. L’auteur écrit : « Il a balancé ledit courrier dans la corbeille à papier, lui, le chasseur en chef des pilleurs de l’État. »

L’Opération Épervier

L’« Opération Épervier » est présentée comme une opération d’assainissement. La chronique affirme qu’elle était, en réalité, « un instrument d’épuration politique, au service du régime de Yaoundé ».

Cette thèse est développée par l’auteur. Elle n’est pas confirmée par une source judiciaire indépendante. Elle s’appuie sur une lecture politique des arrestations et des poursuites engagées à l’époque.

Ce que ce texte dit du système

Le texte ne se contente pas de relater un courrier. Il décrit un mécanisme.

Un haut responsable de la gendarmerie demande l’autorisation d’auditionner un ministre en exercice. Il documente des soupçons. Il cite des noms. Il évoque des montants. Et il ne se passe rien.

Que le courrier ait été ignoré ou non, une question demeure : comment un dossier de cette nature peut-il rester sans suite ?

La lutte contre la corruption

Le Cameroun est classé parmi les pays les plus touchés par la corruption. Transparency International le situait à la 140e place sur 180 en 2024, avec un score de 27/100. Les détournements de deniers publics sont régulièrement dénoncés par la société civile, les médias et les institutions internationales.

Dans ce contexte, l’affaire de la ligne 94 n’est pas un cas isolé. Elle est emblématique. Elle montre comment des subventions publiques peuvent être détournées, et comment les alertes peuvent rester sans réponse.


Que dit la chronique de Michel Michaut Moussala ?
Elle affirme que Paul Biya n’a pas donné suite au courrier de Galax Etoga demandant l’audition de Louis Paul Motaze dans l’affaire de la ligne 94.

Qui est Galax Etoga ?
Il est secrétaire d’État à la Défense chargé de la Gendarmerie.

Qu’est-ce que la ligne 94 ?
C’est une ligne budgétaire du Trésor public utilisée pour financer des projets de promoteurs privés. Selon la chronique, sa gestion a été approximative entre 2017 et 2023.

Les personnes citées sont-elles coupables ?
Non. Elles sont présumées innocentes. Les faits rapportés ne sont pas confirmés par une enquête judiciaire indépendante.

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