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Jean de Dieu Momo : la dette de 7 500 euros qui bloque l’État

Condamné en France pour injures, Jean de Dieu Momo n’a pas payé. Me Zeifman menace de saisir les avoirs du Cameroun. 

Une amende de 7 500 euros, une condamnation exécutoire depuis janvier 2024, et un ministre délégué à la Justice qui refuse de payer : l’affaire Momo-Zeifman n’est plus une querelle d’avocats, c’est un test pour l’autorité de la chose jugée au Cameroun.

Me Félicité Esther Zeifman, avocate au Barreau de Paris et présidente du Réseau international des femmes avocates, a annoncé le 21 octobre 2026 son intention de faire saisir les avoirs de l’État du Cameroun en France pour recouvrer une créance de 7 500 euros issue d’une condamnation de la cour d’appel de Paris du 24 janvier 2024 contre Jean de Dieu Momo, ministre délégué auprès du ministre de la Justice. Deux ans après une décision exécutoire, la somme n’a toujours pas été versée. Une somme dérisoire pour un État. Mais un symbole qui pèse lourd.

Une insulte née sur WhatsApp

Tout commence en mai 2020. Dans un groupe WhatsApp nommé « Lawyers Forum », qui réunit des juristes camerounais et d’origine camerounaise exerçant au Cameroun ou à l’étranger, Me Zeifman partage un extrait vidéo d’une chanson du groupe français Sinsemilia. Jean de Dieu Momo, alors avocat et membre du groupe, réagit. Selon les éléments rapportés par la presse, il la traite de « pisseuse ». Elle lui reproche son manque d’élégance. Il en rajoute : « Les guenons ont plus de classe que certaines espèces inconnues ».

La conversation dérape. D’autres membres quittent le groupe. Me Zeifman adresse une lettre ouverte au Premier ministre de l’époque. Un texte plus virulent est publié sur une page Facebook liée au nom du ministre, où le père décédé de l’avocate est qualifié de « criminel ».

Me Zeifman porte plainte en 2020 devant la 17e chambre correctionnelle du tribunal judiciaire de Paris.

Une condamnation, deux ans, zéro paiement

Le 8 novembre 2022, la 17e chambre correctionnelle condamne Jean de Dieu Momo pour « injures publiques en raison de l’origine » envers Me Zeifman. La peine : 1 000 euros d’amende et près de 6 500 euros de dommages et intérêts et frais de justice. Soit un total de 7 500 euros, conformément à ce que rapportent plusieurs sources.

Le ministre fait appel. Le 24 janvier 2024, la cour d’appel de Paris confirme la condamnation. La décision devient exécutoire.

Deux ans passent. La somme n’est pas versée. Me Zeifman affirme avoir multiplié les démarches amiables. Sans résultat. Elle évoque un point de désaccord connexe : le paiement de ses obligations fiscales en France. Selon elle, Jean de Dieu Momo affirme les avoir réglées, une version que contredirait un courrier de l’administration fiscale en sa possession.

Le 21 octobre 2026, elle passe à l’offensive. Dans une lettre adressée au président de la République, Paul Biya, elle annonce son intention de faire pratiquer une saisie-attribution sur les comptes de l’État du Cameroun en France, afin de recouvrer la somme due, accessoires légaux compris.

Elle soulève un obstacle pratique majeur : selon elle, aucun huissier de justice au Cameroun ne serait en mesure d’intervenir utilement, en raison de menaces dont ces officiers ministériels auraient fait l’objet et de l’opposition du ministre. Nous n’avons pas pu vérifier ces allégations auprès d’un huissier de justice exerçant au Cameroun.

Pourquoi une si petite somme est un si gros problème

Le montant est dérisoire. 7 500 euros, soit environ 5 millions de FCFA. À l’échelle du budget de l’État camerounais, c’est une goutte d’eau.

Et c’est précisément pour cela que l’affaire est grave.

Un État qui refuse de payer une condamnation de 7 500 euros envoie un signal. Il dit que l’autorité de la chose jugée n’est pas absolue. Il dit qu’un ministre peut, de fait, se soustraire à une décision de justice étrangère. Il dit que la fonction protège.

Me Zeifman le formule sans détour : elle craint que Jean de Dieu Momo ne voie dans son appartenance au gouvernement une « protection de fait » contre l’exécution des décisions de justice. Elle rappelle que « nul ne peut invoquer sa fonction pour échapper à l’autorité de la chose jugée ».

La question dépasse le cas personnel. Elle touche à la crédibilité de l’État camerounais à l’international. Un pays qui ne respecte pas les décisions de justice rendues contre ses propres dirigeants peut-il exiger des investisseurs étrangers qu’ils respectent les leurs ?

Il y a aussi la question de la saisie. Menacer de saisir les avoirs d’un État en France n’est pas anodin. C’est une procédure lourde, rarement utilisée pour des sommes aussi modestes. Mais elle est juridiquement possible. Et elle envoie un message : même une petite créance peut déclencher une crise diplomatique si elle n’est pas honorée.

Ce que l’affaire dit du rapport du Cameroun au droit

Jean de Dieu Momo n’est pas n’importe quel ministre. Il est ministre délégué auprès du ministre de la Justice. C’est-à-dire qu’il est, dans l’organigramme de l’État, l’un de ceux qui incarnent la rigueur juridique.

L’ironie est cinglante. Un homme chargé de veiller au respect de la loi est accusé de ne pas respecter une décision de justice. Et il n’est pas sanctionné.

L’affaire rappelle d’autres dossiers. Le Cameroun a été condamné ces dernières années dans plusieurs procédures arbitrales. Le pays traîne une dette de plus de 652 milliards de FCFA en obligations arbitrales. Chaque nouvelle condamnation non exécutée ajoute à la réputation d’un État qui négocie, conteste, mais paie rarement sans y être contraint.

Me Zeifman, de son côté, n’en est pas à son premier combat. Elle est l’avocate des ayants droit du journaliste Martinez Zogo, assassiné en 2023. Elle fait l’objet de campagnes de dénigrement sur les réseaux sociaux et dans certains médias camerounais. Son bras de fer avec Jean de Dieu Momo n’est qu’un front parmi d’autres.

Me Zeifman a prévenu : elle est ouverte à une issue amiable, à condition que la somme soit intégralement payée ou qu’un engagement sérieux, daté et vérifiable soit pris.

L’État camerounais n’a pas répondu publiquement. Nous avons tenté de joindre le service de presse du ministère de la Justice. Sans succès au moment d’écrire ces lignes.

La question reste entière : le Cameroun va-t-il payer 7 500 euros pour préserver son image, ou laisser le dossier pourrir jusqu’à la saisie ?

La réponse en dira long sur la place du droit dans la gouvernance.


Pourquoi Jean de Dieu Momo a-t-il été condamné en France ?
Il a été condamné en novembre 2022 par la 17e chambre correctionnelle de Paris pour « injures publiques en raison de l’origine » envers Me Félicité Esther Zeifman, des propos tenus en 2020 dans un groupe WhatsApp de juristes camerounais. La cour d’appel de Paris a confirmé la condamnation le 24 janvier 2024.

Combien doit-il payer ?
7 500 euros, soit environ 5 millions de FCFA, incluant l’amende et les dommages et intérêts.

A-t-il payé ?
Non. Me Zeifman affirme que la somme n’a jamais été versée, malgré des démarches amiables. Elle annonce son intention de faire saisir les avoirs de l’État du Cameroun en France.

Pourquoi l’État du Cameroun est-il concerné alors que la condamnation vise un ministre ?
Parce que Me Zeifman considère que l’État est responsable de l’exécution des décisions de justice rendues contre ses agents. Elle menace de saisir les comptes de l’État en France pour obtenir le paiement.

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