Des comités de vigilance traquent les kamikazes de Boko Haram
© Source : AFP | 22 nov. 2015 11:10:24 | 6402"Nous sommes en alerte nuit et jour pour protéger notre ville ...
«Nous sommes en alerte nuit et jour pour protéger notre ville d'attaques kamikazes de Boko Haram», assure Modo, membre du comité de vigilance de Fotokol. Frontalière du Nigeria, cette ville camerounaise est la cible d'incessantes attaques des islamistes nigérians, du harcèlement armé aux attentats-suicides. Ici comme dans d'autres localités de l'Extrême-Nord du Cameroun, des groupes de civils s'organisent depuis plus d'un an pour traquer les combattants islamistes. Outre ses raids meurtriers, Boko Haram a perpétré depuis juillet au moins 16 attentats-suicides dans la région, tuant plus de 100 habitants. Mais le bilan serait bien plus élevé si, dans certains cas, des membres de comités de vigilance n'étaient pas intervenus à temps.
Samedi, un nouvel attentat-suicide ayant 5 morts et 10 blessés près de Fotokol, aurait pu faire davantage de victimes sans le concours des habitants, de l'avis d'une source sécuritaire camerounaise. Une première kamikaze s'est fait exploser chez un chef traditionnel, le tuant. Trois autres femmes «progressaient vers l'intérieur de la ville» lorsqu'elles ont été repérées par des membres du comité de vigilance, et elles ont fait exploser leur charge sans faire d'autres victimes qu'elles-mêmes. Le gouverneur de l'Extrême-Nord, Midjiyawa Bakari, a salué samedi «l'appui considérable» fourni par les comités de vigilance en matière de renseignement, précisant que certains d'entre eux ont été équipés de détecteurs de métaux pour prévenir de nouveaux attentats.
Toujours à Fotokol, c'est un jeune homme de 20 ans, Danna, qui le 9 novembre a permis d'éviter un carnage.
«Danna a repéré deux jeunes filles suspectes. Il a essayé de neutraliser, avec ses bras, l'une d'elles, mais elle a déclenché l'explosif qu'elle portait», tuant Danna ainsi que deux autres civils, raconte Modo, contacté par téléphone depuis Yaoundé. «Grâce à lui, les kamikazes ne sont pas arrivées au marché comme elles l'envisageaient».
Parties de la ville nigériane de Dikwa, située à 70 km de Fotokol, les deux kamikazes avaient passé la nuit avant l'attentat chez une parente, une réfugiée nigériane installée dans la ville camerounaise. Depuis 2012, Boko Haram a constitué au Cameroun un réseau de complices qui lui a facilité la planification, dès 2013, de prises d'otages d'occidentaux, et a assuré un trafic d'armes, de véhicules et de marchandises, selon des sources sécuritaires camerounaises. En août 2014, le Cameroun a engagé une guerre pour fragiliser ce réseau, sans pouvoir le démanteler.
Aujourd'hui, la porosité de la frontière, le recrutement de jeunes Camerounais, l'appartenance de combattants à des familles exilées au Cameroun et l'infiltration des milieux sécuritaires camerounais notamment permettent à Boko Haram d'organiser des attentats, explique une source sécuritaire. Les kamikazes partent généralement du Nigeria: une fois en territoire camerounais, ils trouvent facilement des familles d'accueil qui les logent. Ils ciblent principalement les lieux de fortes concentrations humaines comme les marchés, les buvettes et les alentours des mosquées.
Mais Boko Haram est peut-être «en train de changer de stratégie parce que nous avons pris des mesures drastiques pour sécuriser les lieux de forte affluence», notait le gouverneur Bakari après l'attentat-suicide de ce samedi.
- 'Endoctrinement très poussé' -
Selon un officier du Bataillon d'intervention rapide (BIR), unité d'élite de l'armée en première ligne de la lutte contre Boko Haram, les kamikazes passent par «un processus d'endoctrinement très poussé». Certains agissent sous l'effet de la drogue: «leurs chefs leur font prendre du Tramol et du chanvre indien avant de les envoyer en mission commandée», explique la source sécuritaire. Le déploiement des groupes de vigilance s'amplifie. Ces civils opèrent généralement avec des armes blanches (machettes, couteaux et lances), et vont au plus près des islamistes, constituant en sorte un «bouclier» local entre djihadistes et militaires camerounais.
«Nous sommes devenus comme des soldats. Nous traquons les Boko Haram», raconte sous anonymat l'un d'eux, dans le village d'Amchidé. Plus de 200 hommes de la ville sont engagés au sein du groupe de vigilance, surveillant les principaux points d'accès. Située près de Banki, ville nigériane contrôlée durant plusieurs mois par Boko Haram avant d'être reconquise récemment par l'armée nigériane, Amchidé a été l'un des épicentres du conflit opposant les soldats camerounais aux islamistes nigérians. Policiers et gendarmes ont déserté Amchidé depuis plusieurs mois. Depuis, le comité de vigilance occupe commissariat et gendarmerie.
Il a arrêté 50 islamistes présumés depuis décembre 2014, après avoir élaboré une liste de plus de 200 membres potentiels de Boko Haram, dont des jeunes de la ville, selon le membre du groupe. Des indices comme «l'accoutrement ou les tatouages» de suspects aident aussi les «vigilants», qui informent et guident les militaires du BIR.
Mais en retour les comités de vigilance sont devenus une cible privilégiée pour Boko Haram. Quatre «vigilants»ont ainsi été abattus le 13 novembre par des islamistes lors d'une incursion dans la ville d'Assighassia.
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