Concours administratifs : L’Est réclame plus de places
© Repères : Bernard BANGDA | 07 oct. 2020 00:00:00 | 2765La revendication a été émise le mercredi 30 septembre 2020 à Bertoua au cours du point de presse organisé par le ministre de la Fonction publique et de la Réforme administrative (Minfopra).
Rien ne présageait qu’on l’évoque. Tant les échanges portent sur la dématérialisation des épreuves orales aux concours administratifs. Mais l’occasion était belle pour évoquer les quotas appliqués lors des concours administratifs. Ce que certains désignent comme « la politique de l’équilibre régional » continue de poser problème. Au cours du point de presse délivré par le Minforpa à Bertoua le 30 septembre 2020, Joseph Le ouvre une fenêtre aux questions. Et le sénateur Marlyse Aboui de l’Alliance pour la démocratie et le progrès (ANDP) s’y engage : « Il devient plus qu’urgent que l’Etat du Cameroun pense à un relèvement du quota réservé aux candidats de la Région de l’Est dans les concours administratifs. »
Pour elle, « les 4% réservés à notre Région ne sont plus assez représentatifs au vu du nombre de nos enfants qui, chaque année, obtiennent des diplômes académiques et frappent aux portes des grandes écoles ». En réponse, le Minfopra excipe de ce que « les quotas sont déjà établis et nous ne pouvons que les respecter ». Seulement, dans les faits, cette assertion bute sur le décret n°82/407 du 7 septembre 1982 qui accorde les pleins pouvoirs au ministre de la Fonction publique pour définir les quotas. Et le 4 octobre 1982, le ministre indiqué signe l’arrêté n°10467 (réactualisé le 20 août 1992).
Dont l’article 2 prévoit 5% de places à l'Adamaoua, 18% à l'Extrême- nord, 7% au Nord, 15% au Centre, 4% à l'Est, 4% au Sud, 13% à l'Ouest, 12% au Littoral, 12% Nord- Ouest et 8% au Sud- Ouest. Une répartition que conteste aujourd’hui la Région de l’Est. Les tenants de cette thèse se fondent sur la Constitution du 18 juin 1996 qui protège les minorités. Une disposition dont ne semble pas avoir tenu compte cet arrêté. Et la réactualisation de ce texte ministériel en août 1992 démontre à souhait que « le ministre de la Fonction publique peut réajuster ces quotas [en faveur de l’Est] ».
A l’Est, l’on estime que « nous avons les moyens pour changer la donne ». Selon les revendicateurs, « la possibilité accordée au Minfopra de fixer les quotas devrait bénéficier à l’Est puisque depuis le gouvernement du 18 mars 2000, nous trônons à ce ministère avec René Zenguélé (18 mars 2000-7 décembre 2004), Benjamin Amama Amama (7 décembre 2004-22 septembre 2006), Emmanuel Bonde (22 septembre 2006-9 décembre 2011), Michel Ange Angouing (9 décembre 2011-02 mars 2018) et depuis le 02 mars 2018, Joseph Le ». Pour ce dernier, ce n’est pas suffisant pour inverser les tendances. « Le ministre Joseph Le, comme tous ses prédécesseurs, a les mains liées. Un ministre est certes originaire d’une Région mais il sert la République. Il est donc au centre de nombreuses pressions venant de toutes parts », plaide une élite de l’Est présente au point de presse de Bertoua. Traduction : l’Est doit encore attendre longtemps pour que ses fils voient le quota réservé à leur Région aux concours administratifs soit revu à la hausse.
Pavé dans la mare
Alors que les fils de l’Est se préparaient à quémander plus de considération lors des concours administratifs, dans la matinée du 30 septembre 2020, un internaute originaire de la Région de l’Est lance un pavé dans la mare : « La jeunesse du soleil levant doit résolument tourner le dos à la fonction publique si nous devons avoir nos premiers milliardaires. »
Celui qui se présente sous le pseudonyme « Moukouje Bonis » fait un constat : « Nous avons le Minforpa depuis plusieurs décennies et aucun véritable développement n’a été observé. Le nombre de fonctionnaires a beau augmenter mais cela ne conduira jamais à la richesse. Notre région n’a aucun industriel, tous les jeunes rêvent d’être ministre et en majorité en passant par le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), et pourtant, nous le savons, c’est le secteur privé qui favorise le développement et donc éloigne facilement les frontières de la pauvreté. »
L’auteur dénonce au passage « notre familiarité avec la fonction publique [qui] est devenue notre poison ». Et indique « le potentiel indéniable de la Région de l’Est ». Qu’il décline en « terres fertiles, sous-sol riche, forêt à multiples facettes, fleuves poissonneux etc. » Avec une bonne orientation, un tel tableau « peut nous permettre de fabriquer nos premiers véritables hommes d’affaires ». Et l’auteur de conclure :
« Au lieu de confondre la lutte contre le chômage avec les concours officiels, il faut faire la lutte contre la pauvreté par la recherche du bien être. La recherche d’un emploi est jonchée des pièges inutiles dans le privé comme dans la fonction publique : corruption, tribalisme, sectes et autres, l’excellence ou la compétence ne suffisent plus à garantir un emploi, et bien plus l’emploi contribue plus à la survie qu’à la richesse. ».
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