Bonabo : deux hommes armés débarquent dans une église en pleine prière
© Camer.be : Toto Jacques | 10 oct. 2026 02:55:00 | 535À Bonabo, dans le 5e arrondissement de Douala, deux hommes armés de machettes ont interrompu la prière des malades pour reprendre au pasteur un groupe électrogène et cinq ordinateurs portables. L'un d'eux est le mari d'une fidèle.
Bonabo, Douala V. Mardi dernier. Il est environ 18 heures quand deux hommes entrent dans une église locale. Ils portent des machettes. La prière des malades, que conduisait le pasteur, s'arrête net. Les deux visiteurs ne viennent pas prier. Ils viennent récupérer un groupe électrogène et cinq ordinateurs portables. Le premier est un technicien de génie civil de 45 ans, Léon M. Sa femme fréquente cette église depuis le mois de mai. Les fidèles ont appelé la gendarmerie de Bepanda.
Ce que les enquêteurs ont découvert dépasse le cadre du simple vol. C'est une histoire de famille, de dons, de croyances et de soupçons.
Les faits, tels que la gendarmerie les a reconstitués
Mardi dernier, en début de soirée, Léon M. et son frère arrivent à l'église de Bonabo. Ils sont porteurs de machettes. L'information a été confirmée par une source proche de l'enquête, qui a requis l'anonymat. La prière des malades, moment hebdomadaire où le pasteur prie pour les personnes souffrantes, est interrompue. Les deux hommes se dirigent vers le pasteur. Ils réclament un groupe électrogène et cinq ordinateurs portables.
Ce sont les fidèles qui alertent la gendarmerie de Bepanda. À leur arrivée, les militaires trouvent deux hommes armés dans un lieu de culte, face à une assemblée choquée. Interpellations, auditions, procès-verbal. L'enquête débute.
Ce que les enquêteurs établissent rapidement : Léon M., 45 ans, technicien de génie civil, n'est pas un inconnu pour le pasteur. Il est le mari d'une fidèle. Marinette, 35 ans, ménagère, fréquente cette église depuis le mois de mai 2026.
Un couple, deux églises, un fossé
Le divorce spirituel a précédé l'irruption.
Avant le mois de mai, le couple priait ensemble dans l'ancienne obédience de la famille. Puis Marinette change d'église. Elle choisit Bonabo. Léon, lui, reste attaché à l'ancienne. « Il affiche sa réserve, préférant l'ancienne obédience de la famille. Sans toutefois tenter d'interdire quoi que ce soit », précise une source proche du dossier. Les dimanches, chacun part de son côté.
Ce n'est pas une rupture. C'est une séparation discrète, qui laisse le mariage debout. Jusqu'à ce mardi.
Le container, le cousin belge et les cinq laptops
L'histoire matérielle commence bien avant l'irruption.
Léon M. contacte un cousin qu'il a élevé à Douala. Le cousin vit en Belgique. Sa demande : des ordinateurs portables pour ses enfants déjà grands, et un groupe électrogène pour une cérémonie d'aménagement de pierres tombales au village. Le cousin répond favorablement. Le container arrive. Livraison chez Léon, au quartier Cité Sic Bassa.
Le groupe électrogène est installé à l'arrière de la concession. Les cinq laptops sont rangés dans la chambre du couple.
Lundi, le fils, la prière, la disparition
Lundi dernier, la veille de l'irruption, l'un des fils de Léon et Marinette entend sa mère prier. Marinette psalmodie. Entre autres propos, elle évoque des dons faits à l'église, « pour la gloire du Seigneur ».
Le fils tend l'oreille. Sa curiosité est piquée. Il va voir à l'arrière de la maison. Le groupe électrogène n'est plus là. Il appelle son père. Il lui demande de vérifier que les laptops sont toujours dans la chambre. Le lendemain, il se rend à l'église. Avec son frère. Et des machettes.
Ce que dit la loi camerounaise
Deux infractions se superposent dans cette affaire.
D'abord, l'introduction d'armes dans un lieu de culte. L'article 228 du Code pénal camerounais punit de cinq à dix ans d'emprisonnement quiconque porte une arme dans un lieu destiné au culte. La peine peut être aggravée si l'arme est utilisée pour menacer.
Ensuite, l'appel à la gendarmerie pour une tentative de récupération de biens. Si les dons ont été faits à l'église, leur propriété juridique pose question. Dans le droit camerounais, un don manuel est irrévocable. Sauf vice de consentement, erreur ou ingratitude. La notion d'« ingratitude » n'a pas été invoquée publiquement à ce stade.
Un avocat au barreau de Douala, joint par téléphone, précise : « Si le pasteur a reçu ces biens en tant que dons, il en est le propriétaire légal. Si les biens ont été simplement déposés à l'église sans intention de donner, c'est du vol. C'est aux enquêteurs de trancher. » Il a requis l'anonymat, n'étant pas habilité à parler au nom du barreau.
Ce que les fidèles racontent
« Nous étions en train de prier pour les malades quand ils sont entrés. Ils ont crié. Ils ont montré les machettes. Personne n'a bougé », raconte une fidèle qui participait à la veillée. Elle ne souhaite pas donner son nom. « Le pasteur a essayé de parler. Ils ne l'ont pas écouté. »
Un autre fidèle, joint dans la soirée de mercredi, ajoute : « On nous a dit que la femme du monsieur avait donné le groupe électrogène à l'église. Mais personne ici n'a vu ce groupe. Le pasteur ne l'a jamais installé ici. »
La question qui fâche : où est le groupe électrogène ?
C'est le cœur du mystère. Si le groupe électrogène a disparu de l'arrière de la maison de Léon M., où est-il ?
Trois hypothèses circulent. Aucune n'est confirmée.
Première hypothèse : Marinette l'a donné à l'église, comme elle l'aurait évoqué dans sa prière. Mais le pasteur ne l'aurait pas encore récupéré, ou l'aurait installé ailleurs. Deuxième hypothèse : quelqu'un d'autre l'a volé, et Marinette a simplement parlé de dons en général, sans lien avec le groupe. Troisième hypothèse : le groupe n'a jamais quitté la concession, et Léon M. se serait trompé ce que contredit la disparition constatée par son fils.
« À ce stade, personne ne peut dire ce qui s'est passé, reconnaît un enquêteur joint par téléphone. C'est pour ça qu'on auditionne tout le monde. »
L'église, le pasteur, le silence
Le pasteur de l'église de Bonabo n'a pas répondu à nos sollicitations. Un membre du conseil presbytéral, contacté mercredi, affirme : « Le pasteur est choqué. Il ne veut pas parler pour l'instant. » Le nom du pasteur n'a pas été communiqué.
L'église n'a pas publié de communiqué. La gendarmerie de Bepanda n'a pas rendu publique l'issue de la garde à vue de Léon M. et de son frère.
Ce qu'il faut retenir
Un mari et son frère ont fait irruption dans une église avec des machettes. Ils voulaient récupérer un groupe électrogène et cinq laptops. Ces biens avaient été offerts par un cousin vivant en Belgique. Le groupe a disparu. Les laptops étaient dans la chambre du couple.
L'épouse, fidèle de cette église depuis mai, aurait parlé de dons dans sa prière. Le fils a entendu. Le père a réagi.
Ce que la gendarmerie n'a pas encore élucidé : où est le groupe électrogène, si les dons ont été formellement consentis, et si les machettes ont été utilisées pour menacer. La qualification pénale dépendra de ces réponses.
Que s'est-il passé exactement à l'église de Bonabo ?
Deux hommes, dont un technicien de 45 ans marié à une fidèle, sont entrés dans l'église avec des machettes pendant la prière des malades. Ils voulaient récupérer un groupe électrogène et cinq ordinateurs portables qu'ils disent avoir été donnés au pasteur.
Pourquoi le mari s'en est-il pris au pasteur ?
Selon nos informations, son fils a entendu sa mère prier en parlant de dons faits à l'église. Peu après, le groupe électrogène installé à l'arrière de leur maison avait disparu. Le mari a suspecté un lien avec l'église.
Les dons peuvent-ils être récupérés ?
En droit camerounais, un don manuel est en principe irrévocable. Sauf si le donateur peut prouver un vice de consentement, une erreur, ou l'ingratitude du bénéficiaire. La qualification dépendra de ce que l'enquête établira sur la nature exacte des biens dons, dépôts ou prêts.
Où est le groupe électrogène ?
Personne ne le sait à ce stade. La gendarmerie de Bepanda n'a pas communiqué sur ce point. Le pasteur n'a pas pris la parole. L'enquête est en cours.
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