Conseil constitutionnel : Nama Remy, l'homme qui succède à Atangana
© Camer.be : Onana Nestor | 16 oct. 2026 19:38:00 | 1127Nama Remy est le nouveau président du Conseil constitutionnel camerounais. Il succède à Clément Atangana, décédé le 4 octobre 2026. Voici son profil et les enjeux.
Un magistrat hors hiérarchie, originaire de la Mefou-et-Akono, prend la tête d'une institution au cœur des tensions politiques camerounaises, après la mort de Clément Atangana et une réforme constitutionnelle qui a redessiné les règles de la succession.
Paul Biya a tranché. Ce vendredi 16 octobre 2026, le président camerounais a nommé Nama Remy à la présidence du Conseil constitutionnel, selon un décret rendu public dans la journée. Le magistrat hors hiérarchie, jusqu'ici chargé de mission à la Présidence de la République, succède à Clément Atangana, décédé le 4 octobre à Paris à l'âge de 85 ans.
L'intérim était assuré depuis le 5 octobre par le Pr Paul Nchoji Nkwi, doyen d'âge de l'institution. Une transition brève. Le pouvoir n'a pas laissé de vide. Mais derrière la continuité institutionnelle, une question lancinante demeure : qui est Rémy Nama, et pourquoi lui ?
Un magistrat de l'ombre propulsé au sommet de l'appareil judiciaire
Rémy Nama n'est pas un inconnu dans les cercles du pouvoir. Magistrat hors hiérarchie en service à la division des affaires judiciaires au Secrétariat général de la Présidence de la République, il exerce comme chargé de mission à la PRC. Son parcours est celui d'un homme de dossiers, discret, rompu aux arcanes de l'appareil d'État.
Il est originaire de la Mefou-et-Akono, dans la région du Centre. Un département situé à une trentaine de kilomètres de Yaoundé, dont le chef-lieu est Ngoumou, et qui compte un peu plus de 57 000 habitants selon les données du recensement de 2001.
Sa nomination au perchoir du Conseil constitutionnel marque un changement de dimension. L'institution qu'il dirige est chargée du contrôle de constitutionnalité des lois, du contentieux électoral national et de la proclamation des résultats définitifs de l'élection présidentielle. Rien de mineur.
Le vide laissé par Clément Atangana
Clément Atangana est mort le 4 octobre 2026 à l'Hôpital américain de Paris. Il avait 85 ans. Il fut le premier président du Conseil constitutionnel, nommé en février 2018 lors de la mise en place effective de l'institution, 22 ans après sa création par la Constitution de 1996.
Son bilan à la tête de l'institution est contrasté. En 2018, il avait proclamé la victoire de Paul Biya avec plus de 71 % des suffrages officiels, rejetant les recours de Maurice Kamto. En 2025, il avait confirmé le rejet de la candidature de Kamto avant le scrutin, puis proclamé la réélection contestée de Paul Biya avec 53,66 % des voix le 27 octobre 2025.
Ces décisions ont valu à l'institution des critiques répétées de l'opposition et de la société civile. Des observateurs avaient alors estimé que l'exclusion de Kamto avait réduit la portée concurrentielle du scrutin.
L'intérim de Paul Nchoji Nkwi
Après le décès d'Atangana, l'intérim a été confié au Pr Paul Nchoji Nkwi, anthropologue de 86 ans, doyen d'âge du Conseil. Sa nomination par intérim a été rapportée par plusieurs médias camerounais, dont Camer.be, le 5 octobre 2026. Nkwi avait été nommé membre du Conseil constitutionnel en 2018, puis renouvelé en 2024.
Son intérim n'aura duré qu'une douzaine de jours. Le décret du 16 octobre nomme également Abdoulaye Daouda comme nouveau membre, comblant les vides laissés par les disparitions récentes au sein de l'institution.
Une réforme constitutionnelle qui change la donne
La nomination de Rémy Nama intervient dans un contexte institutionnel profondément remodelé. Le 4 avril 2026, le Parlement camerounais réuni en Congrès a adopté une révision constitutionnelle créant le poste de vice-président de la République. Le texte a été approuvé par 205 voix contre 16, avec trois bulletins nuls.
Cette réforme, introduite à l'initiative de Paul Biya, modifie le mécanisme de succession à la tête de l'État. Désormais, le vice-président, nommé et révocable par le président, achève le mandat en cas de vacance du pouvoir pour décès, démission ou empêchement définitif constaté par le Conseil constitutionnel.
Le Sénat a ensuite adopté, le 7 avril, une réforme de l'organisation du Conseil constitutionnel. Le projet, défendu par le ministre de la Justice Laurent Esso, précise les procédures en cas de vacance à la tête de l'État. Le texte modifie les articles 38 et 39 de la loi de 2004 portant organisation du Conseil constitutionnel.
Un point crucial : la révision d'avril 2026 attribue au seul vice-président la compétence pour saisir le Conseil constitutionnel en vue de constater l'empêchement définitif du chef de l'État. Or, ce poste de vice-président reste vacant à ce jour.
Les enjeux d'une institution sous tension
Le Conseil constitutionnel camerounais est composé de 11 membres, nommés par le président de la République pour un mandat de six ans renouvelable. Son président est désigné parmi les trois membres nommés directement par le chef de l'État.
Cette architecture institutionnelle a été critiquée par plusieurs juristes. Une étude académique publiée sur Cairn.info souligne que le constituant camerounais n'a imposé aucune condition d'âge ni de compétence juridique pour être nommé conseiller. De plus, les membres sont majoritairement issus du parti au pouvoir.
La nomination de Rémy Nama, un magistrat de carrière et ancien chargé de mission à la Présidence, s'inscrit dans cette logique de proximité avec l'exécutif. Elle assure une continuité, mais ne répond pas aux critiques sur l'indépendance de l'institution.
Ce que dit le profil de Rémy Nama
Le parcours de Rémy Nama est celui d'un haut magistrat rompu à l'administration. Sa position de chargé de mission à la Présidence, où il traitait des affaires judiciaires, lui a donné une connaissance intime des rouages de l'État. Il a également siégé au Comité de suivi du CPSP, coopté le 29 mai 2018 lors de la première session ordinaire annuelle, selon les informations disponibles sur le site du CPSP.
Cette expérience au cœur de l'appareil exécutif est à double tranchant. Elle garantit une maîtrise des dossiers, mais elle nourrit les interrogations sur la capacité du Conseil à s'affranchir de la tutelle présidentielle.
Ce qui attend le nouveau président
Rémy Nama hérite d'une institution à la croisée des chemins. Les élections législatives et municipales sont prévues pour 2027. Le contentieux électoral, toujours sensible, pourrait à nouveau placer le Conseil au centre de l'attention. Les recours déposés par l'opposition, notamment le MRC, ont été rejetés en juin 2026 concernant la prorogation des mandats municipaux.
La question de la vacance du pouvoir reste entière. Le poste de vice-président n'est pas pourvu. En cas de vacance, l'intérim reviendrait au président du Sénat jusqu'à l'élection d'un nouveau président, selon le dispositif en vigueur.
Le Conseil constitutionnel, dans cette configuration, joue un rôle de verrou. C'est lui qui constate l'empêchement définitif, qui proclame les résultats, qui valide ou invalide. Son président, quel qu'il soit, est un acteur clé du jeu politique.
Qui est Rémy Nama ?
Un magistrat hors hiérarchie camerounais, originaire de la Mefou-et-Akono, ancien chargé de mission à la Présidence de la République. Il a été nommé président du Conseil constitutionnel le 16 octobre 2026.
Pourquoi a-t-il été nommé ?
Après le décès de Clément Atangana le 4 octobre 2026, l'intérim a été assuré par Paul Nchoji Nkwi. Paul Biya a choisi Rémy Nama pour lui succéder à la présidence.
Quel est le rôle du Conseil constitutionnel camerounais ?
Il contrôle la constitutionnalité des lois, gère le contentieux électoral et proclame les résultats définitifs de l'élection présidentielle.
La nomination de Rémy Nama change-t-elle quelque chose ?
Sur le plan institutionnel, elle assure la continuité. Sur le plan politique, elle maintient un profil proche de l'exécutif à la tête d'une institution dont l'indépendance est régulièrement questionnée.
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