SDF : ce que la réunion du NEC à Yaoundé n’a pas dit
© Camer.be : Onana Nestor | 02 nov. 2026 01:21:00 | 566Le NEC du SDF s’est réuni à Yaoundé le 31 octobre 2026 sans publier de résolutions. Ce silence dit beaucoup de l’état du parti d’opposition camerounais.
Samedi 31 octobre 2026. Joshua Osih a réuni son Comité exécutif national. Une réunion de plus, dans un calendrier politique qui en compte beaucoup. Les cadres sont arrivés. Ils sont repartis. Et de ce qui s’est dit dans la salle, rien n’a filtré.
Pas un communiqué. Pas une déclaration à la presse. Pas même une fuite organisée.
Dans un parti habitué aux fuites et aux règlements de comptes par médias interposés, ce silence est presque une anomalie. Il ne prouve rien. Mais il tombe à un moment où le SDF a plus besoin de clarté que de discrétion.
Une réunion du NEC dans un parti sous tension
Le SDF traverse une séquence difficile. Ce n’est pas une opinion, c’est un constat que le parti lui-même ne conteste plus vraiment.
À la présidentielle du 12 octobre 2025, Joshua Osih a terminé sixième, avec 1,21 % des voix, selon les résultats officiels proclamés par le Conseil constitutionnel. Pour un parti qui a longtemps incarné la principale alternative au RDPC, le score est brutal. Des membres du NEC ont réclamé sa démission, dans des échanges internes qui ont fuité.
La réunion du 31 octobre 2026 intervient dans ce contexte. Elle n’est pas la première depuis la défaite. En février 2026, le NEC s’était déjà réuni à Yaoundé, et certains cadres avaient profité de l’occasion pour demander publiquement le départ d’Osih. En juin 2026, une autre réunion du NEC, à Bamenda cette fois, avait acté la création d’une Commission nationale de préparation électorale, confiée à Louis Marie Kakdeu.
Cette fois, le lieu est revenu à Yaoundé. Et le silence aussi.
Ce que l’on sait. Et ce que l’on ne sait pas.
Les faits sont minces. Le SDF a tenu une réunion de son NEC. Elle était présidée par Joshua Osih. Elle portait sur « les préparatifs et les priorités organisationnelles » en vue des municipales. Les résolutions n’ont pas été communiquées.
Ce n’est pas une accusation. Un parti n’a aucune obligation légale de publier le compte rendu de ses réunions internes. Mais dans une formation qui demande aux Camerounais de lui confier des mairies, le silence sur une réunion stratégiqueà moins de deux mois de la période de convocation probable du corps électoralpose une question simple : que cache cette discrétion ?
Le calendrier électoral, ce brouillard qui complique tout
Il faut dire un mot du contexte, parce qu’il explique en partie pourquoi cette réunion était attendue.
Les élections municipales camerounaises ne sont pas fixées. Elles ont été reportées à plusieurs reprises. Le mandat des conseillers municipaux a été prorogé une première fois, puis une deuxième fois, jusqu’au 28 février 2027. Selon le Code électoral, le scrutin doit se tenir au plus tard vingt jours avant l’expiration de ce mandat, soit aux alentours du 8 février 2027. Si les législatives et les municipales doivent se tenir le même jour, la fenêtre se réduit à fin janvier–début février 2027.
En clair : le corps électoral devrait être convoqué dans les tout prochains jours, au plus tard autour du 9 novembre 2026. Passé cette date, une troisième prorogation deviendrait juridiquement nécessaire. Ce qui, pour l’opposition, ressemble à une énième manœuvre du pouvoir.
Joshua Osih a déjà prévenu. En conférence de presse, le 23 juillet 2026, il a déclaré : « Nous ne tolérerons aucun report des élections législatives et municipales au Cameroun, quelle qu’en soit la raison ». Il a aussi exigé que le scrutin se tienne dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, théâtres du conflit anglophone.
Une réunion du NEC, à quelques jours de la période de convocation, devrait donc servir à répondre à des questions très concrètes : les listes de candidats sont-elles prêtes ? Les scrutateurs sont-ils déployés ? Les alliances sont-elles bouclées ?
Le SDF n’a donné aucune réponse publique à ces questions.
« Take back Bamenda » : la stratégie qui doit tout changer
Il serait malhonnête de résumer le SDF à son silence. Le parti a une stratégie. Elle porte un nom : « Take back Bamenda ».
Bamenda, capitale du Nord-Ouest anglophone, a longtemps été le fief du SDF. En février 2020, lors des dernières municipales, le parti y a perdu du terrain de façon spectaculaire. Sa représentation parlementaire dans la région est passée de 13 députés à 3, et il n’a conservé qu’une des trois mairies de Bamenda. Une chute de plus de 75 % que le parti explique par l’insécurité, les déplacements de populations, les difficultés d’accès aux bureaux de vote et la fraude.
La riposte a été lancée en juillet 2026. Lors d’une convention régionale à Bamenda, le SDF a adopté une feuille de route et confié la campagne « Take back Bamenda » à Fongu Cletus Tanwe, maire de Bamenda III. En mai 2026, le parti avait déjà fait une démonstration de force dans les rues de la ville lors de la fête nationale. En juin 2026, le NEC s’est réuni à Bamenda, symboliquement, pour ancrer cette reconquête.
La question, désormais, n’est plus de savoir si le SDF veut reprendre Bamenda. Il veut. La question est de savoir s’il en a les moyenset si ses divisions internes ne vont pas emporter la stratégie avant même le premier bulletin.
Le vrai test : les municipales de 2027
Les élections municipales de 2027 ne seront pas seulement un scrutin local. Pour le SDF, elles seront un test de survie politique.
Le parti a déjà perdu la présidentielle de 2025. Il a perdu une partie de son influence au Nord-Ouest. Il a perdu, dans l’opinion, le statut de « principal parti d’opposition » que d’autres formations, comme le MRC de Maurice Kamto, lui contestent désormais ouvertement.
S’il échoue aux municipales, le SDF ne disparaîtra pas. Mais il entrera dans une zone où les partis politiques camerounais ne reviennent jamais vraiment : celle de la pertinence perdue.
C’est pour cela que la réunion du 31 octobre 2026 comptait. Pas parce qu’elle allait tout résoudre. Parce qu’elle devait envoyer un signal : le SDF est-il encore un parti qui décide, ou un parti qui survit ?
Le signal n’est pas venu.
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