Pièces BEAC : ce qui change vraiment pour votre argent ce 2 novembre
© Camer.be : Toto Jacques | 02 nov. 2026 11:34:00 | 503Pièces BEAC démonétisées : l’échange a débuté le 2 novembre 2026 à Yaoundé. Calendrier, guichets et pièces concernées. Ce qu’il faut savoir avant le 31 octobre 2027.
Le guichet de l’agence nationale de la BEAC, à Yaoundé, a ouvert à 7 h 30 ce lundi 2 novembre 2026. Derrière la vitre, des agents comptent des pièces de 5, 10, 25 francs. Des pièces que certains commerçants du marché Mokolo refusaient déjà trois semaines avant l’échéance. La démonétisation est entrée en vigueur le 1er novembre. L’échange, lui, ne fait que commencer. Et il ne durera pas éternellement.
Une date, deux réalités : la loi et le marché
La décision a été prise le 7 octobre 2026, à N’Djaména, par le Comité ministériel de l’Union monétaire de l’Afrique centrale (UMAC). Elle est entrée en vigueur le 1er novembre. Les pièces de 1, 5, 10, 25, 50, 100 et 500 FCFA frappées entre 1958 et 1985 ne sont plus un moyen de paiement légal dans les six pays de la CEMAC : Cameroun, Centrafrique, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, Tchad.
Sur le papier, la règle est claire. Sur le terrain, elle a mis du temps à l’être.
Dès la mi-octobre, à Yaoundé, des vendeuses de beignets du marché Mokolo refusaient des pièces de 100 francs encore valables. « Maman, ta pièce là ne passe plus, la BEAC a dit qu’on ne prend plus ça », lance l’une d’elles à une cliente, selon le récit du correspondant de KOACI. La cliente a répondu que l’échéance était le 1er novembre. La dispute a duré dix minutes.
Un chauffeur de taxi présent sur place a résumé la logique du refus anticipé : « Si je prends, la microfinance va me refuser ça demain ».
Le calendrier exact de l’échange, guichet par guichet
L’opération dure un an. Elle se déroule en deux temps.
Première phase : du 1er novembre 2026 au 31 juillet 2027. Les détenteurs peuvent se rendre aux guichets de la BEAC, des banques commerciales et des établissements de microfinance. Au Cameroun, cela représente 19 banques et environ 400 établissements de microfinance, selon Cameroon Business Today. Chaque établissement définit ses propres horaires et modalités d’accueil, ce qui signifie qu’un guichet peut ouvrir à 8 h et un autre à 9 h, sans que la BEAC n’impose un calendrier unique.
Seconde phase : du 1er août au 31 octobre 2027. Seuls les guichets de la BEAC sont habilités à échanger les pièces.
Après le 1er novembre 2027, plus aucun échange n’est possible. Les pièces conservent leur valeur faciale jusqu’au 31 octobre 2027, mais uniquement pour l’échange, pas pour le paiement. Un directeur national de la BEAC a précisé qu’aucun plafond d’échange n’était prévu et que l’opération était gratuite.
Ce que les commerçants n’ont pas compris (et ce que la BEAC n’a pas expliqué)
Le déficit de communication est documenté. Le Financial d’Afrique relève que « le manque d’information favorise les refus anticipés de paiement dans les commerces » et que des consommateurs se retrouvent dans l’incapacité de payer un transport ou un repas. Une apprentie couturière de Nlongkak, Clarisse Mballa, raconte avoir dû attendre midi pour que ses enfants mangent, parce qu’elle ne disposait que d’une pièce de 500 francs de l’ancienne gamme.
Le problème n’est pas seulement l’anticipation du refus. C’est aussi la confusion sur les pièces concernées. Certains commerçants rejettent des pièces de 500 FCFA de la gamme 2006, pourtant exclues de l’opération. D’autres refusent des pièces de 25 ou 50 francs qui ne figurent pas dans les séries démonétisées.
La BEAC a publié une note d’information le 8 octobre 2026. Elle y rappelle que les modalités d’échange seront définies par chaque établissement. Mais entre la note et le marché, il y a un gouffre que trois semaines n’ont pas suffi à combler.
Pourquoi la BEAC retire ces pièces maintenant
Deux raisons principales.
La première est matérielle. Les pièces frappées entre 1958 et 1985 ont, pour certaines, plus de soixante ans. Leur état ne permet plus de garantir une reconnaissance fiable au toucher ou à l’œil. La BEAC parle d’une opération visant à « améliorer la qualité des pièces de monnaie en circulation, compte tenu de l’ancienneté de certaines pièces et de l’évolution des techniques et technologies de fabrication ».
La seconde est stratégique. La CEMAC souffre d’une pénurie de petite monnaie. La BEAC prévoit d’injecter 500 millions de nouvelles pièces par an pour atteindre trois milliards d’unités en circulation d’ici 2030. La nouvelle gamme « Type 2024 », mise en circulation le 2 avril 2025, comprend neuf valeurs, de 1 à 500 FCFA, dont une première pièce de 200 FCFA. Le retrait des anciennes séries libère de la place dans les circuits de distribution et permet à la banque centrale de contrôler plus finement la qualité et la quantité de monnaie divisionnaire.
Un troisième facteur, moins officiel mais documenté, est évoqué par Investir au Cameroun : des réseaux de collecte et d’exportation illicite de pièces vers l’Asie expliqueraient en partie la raréfaction de la petite monnaie. La BEAC ne confirme pas ce point dans sa note d’information. Il reste une hypothèse de spécialistes, pas un fait établi.
À Yaoundé, ce lundi matin, le guichet a ouvert mais la file reste inconnue
L’agence nationale de la BEAC, à Yaoundé, a accueilli les premiers détenteurs dès 7 h 30. C’est le lieu d’échange le plus direct pour les habitants de la capitale. Mais à l’heure où nous écrivons, le nombre de personnes présentes, le volume de pièces présentées et le temps d’attente moyen n’ont pas été communiqués par la BEAC ni par les autorités camerounaises. Nous n’avons pas pu obtenir ces chiffres avant publication.
Ce que l’on sait, c’est que l’opération est ouverte à tous les détenteurs, qu’ils soient clients ou non d’une banque. La BEAC a garanti l’échange « client ou non » selon KOACI. Mais dans la pratique, les établissements de microfinance peuvent appliquer leurs propres règles d’accueil, et certains ont déjà annoncé qu’ils ne recevraient plus les anciennes pièces avant même l’ouverture officielle de l’échange.
La confiance se jouera au guichet. Pas dans le communiqué.
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