Menchum Valley : des camions bloqués, le commerce paralysé
© Camer.be : Toto Jacques | 11 oct. 2026 10:05:00 | 366Benakuma : des camions bloqués depuis plus de deux semaines à cause de routes impraticables. Les commerçants de la Menchum Valley réclament des mesures urgentes.
Dans le Nord-Ouest du Cameroun, l'état des routes coupe Benakuma du reste du pays. Les camions attendent. Les marchandises s'entassent. Les commerçants comptent leurs pertes.
Deux semaines. Et ça continue. Les camions sont là, immobilisés. Les marchandises aussi. Et avec elles, les revenus des commerçants, l'approvisionnement des marchés, la vie économique d'une commune entière.
Benakuma, carrefour commercial devenu cul-de-sac
Benakuma n'est pas une ville ordinaire. C'est le chef-lieu de l'arrondissement de Menchum Valley, dans le département du Menchum, région du Nord-Ouest. Une commune qui sert de centre commercial pour des milliers de personnes. Pas seulement pour les habitants de Benakuma. Pour ceux des villages environnants aussi.
Située à proximité de la frontière avec le Nigeria, Benakuma a toujours été un point de passage. Un lieu d'échanges. Un carrefour où les marchandises circulent dans les deux sens.
Mais depuis plus de deux semaines, ce carrefour est devenu un cul-de-sac.
Les camions qui devaient convoyer des marchandises depuis Benakuma vers d'autres destinations sont bloqués. Ils ne peuvent pas partir. Ils ne peuvent pas avancer. Ils ne peuvent pas reculer.
La raison ? Les routes. Leur état. Leur dégradation avancée. Des routes qui ne permettent plus aux camions de circuler.
Le cri des commerçants : « On perd tout »
Les commerçants sont les premiers touchés. Ce sont eux qui attendent. Ce sont eux qui comptent les pertes.
Chaque jour qui passe, c'est de l'argent perdu. Des marchandises qui ne partent pas. Des clients qui ne sont pas livrés. Des contrats qui ne sont pas honorés.
« On ne peut plus travailler », confie un commerçant de Benakuma, joint par téléphone. « Les camions sont bloqués. Les marchandises sont là, dans les entrepôts. Mais on ne peut pas les acheminer. Chaque jour, c'est une perte sèche. »
Ce commerçant n'a pas souhaité donner son nom. Il craint des représailles. Mais son témoignage reflète une réalité largement partagée dans la commune.
Un autre commerçant, rencontré par nos confrères de MMI, évoque des pertes qui se chiffrent déjà en millions de francs CFA. « Certains d'entre nous ont des marchandises périssables. Elles sont en train de pourrir. D'autres ont des commandes urgentes. Elles ne seront jamais livrées à temps. »
Une situation qui n'est pas nouvelle
L'enclavement de Benakuma n'est pas un phénomène récent. C'est une réalité ancienne, documentée, connue.
Le plan de développement du conseil de Benakuma, publié en 2021, le dit noir sur blanc : « L'éducation, la santé et les infrastructures routières constituent les besoins les plus désespérés de la population de la commune de Benakuma. »
Dans ce document, les autorités locales reconnaissent que la commune est « inadéquatement approvisionnée en infrastructures sociales de base ». Elles notent que « la distribution des infrastructures existantes est très inégale ». Et que « les normes sont très pauvres » dès qu'on s'éloigne du centre urbain.
Une étude académique publiée en 2020 sur l'enclavement physique dans la Menchum Valley est encore plus précise. « Les routes du département du Menchum, avant la Wum Area Development Authority (WADA), étaient pour la plupart saisonnières et praticables uniquement pendant la saison sèche, introduisant de graves problèmes socio-économiques. »
La WADA a existé. Elle a construit 162 km de routes et 46 ponceaux. Mais elle a été liquidée en 1989. Depuis, l'entretien des routes de la Menchum Division est largement retombé sur les collectivités locales, qui n'ont pas les moyens.
Le résultat est là. Benakuma est enclavée. Et elle le reste.
Des appels d'offres sans effet sur le terrain
Les appels d'offres existent. Les projets sont lancés. Les financements sont annoncés.
En 2022, dans le cadre du Budget d'Investissement Public, la commune de Benakuma a lancé un appel d'offres pour « l'ouverture et la réhabilitation de certaines pistes agricoles vers le marché de Benakuma ». Trois tronçons étaient concernés : 2 km de la jonction à la rivière Murffege, 1 km de l'église baptiste au GHS de Benakuma, et 1 km de la résidence de Dago au panneau de la SAR/SM.
En 2026, un autre appel d'offres a été lancé pour « la construction de 15 km de routes dans la commune de Benakuma », incluant la construction de trois ponceaux.
Sur le papier, les projets existent. Sur le terrain, les camions sont toujours bloqués.
Nous avons tenté de joindre le maire de Benakuma et le délégué départemental des Travaux publics pour le Menchum. Sans succès à l'heure où nous publions.
La route Bamenda-Wum : un espoir lointain
Il y a un projet qui pourrait changer la donne. La route Bamenda-Bafut-Wum. Un axe de 80 km qui doit désenclaver toute la Menchum Division.
En avril 2026, le ministre des Travaux publics, Emmanuel Ngannou Djoumessi, a reçu une délégation d'élites du Menchum. Il leur a annoncé que le processus d'attribution du marché était en cours de finalisation.
Selon le calendrier annoncé, les documents d'appel d'offres devaient être transmis à la Banque africaine de développement pour un avis de non-objection avant fin mai 2026. Objectif : signer les contrats avant la fin de l'année.
« L'annonce de la construction imminente de cette route majeure est considérée comme un tournant décisif pour le département du Menchum », écrivait The Guardian Post en avril 2026.
Un tournant. Mais pas encore une réalité.
La route n'est pas construite. Les camions sont toujours bloqués. Et les commerçants continuent d'attendre.
L'insécurité, un facteur aggravant
La crise anglophone, qui secoue les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest depuis 2016, ajoute une couche de complexité. Le conflit oppose des groupes armés séparatistes aux forces de sécurité gouvernementales. Il a fait des milliers de morts et déplacé des centaines de milliers de personnes.
Dans ce contexte, les routes ne sont pas seulement dégradées. Elles sont aussi dangereuses.
L'ONU rapporte que « la multiplicité des checkpoints illégaux a conduit à un taux élevé d'extorsion de la population civile par les groupes armés non étatiques, au nom de la "taxe de libération" ».
« L'accès pendant le mois de décembre a été limité en raison de l'insécurité et de multiples points de contrôle informels », note UNOCHA. « Ces mouvements restreints ont réduit l'espace humanitaire et affecté négativement les activités de réponse. »
Pour les transporteurs, chaque voyage est un risque. Un risque d'accident à cause de la route. Un risque d'enlèvement à cause de l'insécurité. Un risque de racket à cause des checkpoints.
« Même quand la route est praticable, il faut prier pour arriver à destination », confie un chauffeur basé à Wum. « Entre les nids-de-poule et les hommes en armes, on ne sait jamais ce qui va nous arriver. »
Ce que dit le droit : le droit à la mobilité
Au Cameroun, la liberté de circulation est garantie par la Constitution. Mais pour les habitants de Benakuma, ce droit est théorique.
L'État a une obligation : celle d'assurer la connectivité des territoires. Le Budget d'Investissement Public (BIP) est l'instrument principal de cette politique. Chaque année, des milliards de francs CFA sont inscrits pour la construction et la réhabilitation des routes.
Mais entre l'inscription budgétaire et le bitume, il y a un fossé.
Le plan de développement de Benakuma identifie les routes comme une priorité absolue. Les élites du Menchum plaident pour la route Bamenda-Wum. Les appels d'offres sont lancés. Mais les camions sont toujours bloqués.
La question n'est pas de savoir si les autorités connaissent le problème. Elles le connaissent. La question est de savoir pourquoi rien ne change.
Les conséquences : bien au-delà de Benakuma
L'enclavement de Benakuma n'est pas seulement un problème local. C'est un problème régional.
La Menchum Valley est une zone agricole. Les villages environnants produisent du maïs, du haricot, du cacao, du café. Ces produits doivent être évacués vers les marchés. Vers Wum, vers Bamenda, vers le reste du pays.
Si les routes sont impraticables, les produits ne partent pas. Les agriculteurs ne vendent pas. Les revenus chutent. La pauvreté s'installe.
L'étude sur l'enclavement de la Menchum Valley le confirme : « L'enclavement affecte naturellement les intrants et les extrants dans la zone. Il décourage les ventes agricoles des paysans, qui constituent leur principale source de revenus. »
« L'inaccessibilité induite par l'enclavement physique, principalement en saison des pluies, rend les mouvements à l'intérieur et à l'extérieur de la zone difficiles et appauvrit les populations. »
Les prix montent. Les marchés sont sous-approvisionnés. Les consommateurs paient plus cher. Et les producteurs gagnent moins.
Les camions sont toujours bloqués. Les commerçants attendent. Les autorités n'ont pas communiqué de solution immédiate.
La route Bamenda-Wum est annoncée. Mais elle ne sera pas construite demain. Les appels d'offres pour Benakuma existent. Mais les travaux ne sont pas visibles.
En attendant, la commune s'enfonce dans l'enclavement. Les pertes s'accumulent. Et une question revient, lancinante : combien de temps encore ?
Les habitants de Benakuma ne demandent pas l'impossible. Ils demandent une route praticable. Une route qui leur permette de travailler. Une route qui leur permette de vivre.
Pourquoi les camions sont-ils bloqués à Benakuma ?
À cause de l'état déplorable des routes. Les camions ne peuvent plus circuler. Les marchandises ne peuvent plus être acheminées. La situation dure depuis plus de deux semaines.
Où se trouve Benakuma ?
Benakuma est le chef-lieu de l'arrondissement de Menchum Valley, dans le département du Menchum, région du Nord-Ouest du Cameroun. La commune est située à proximité de la frontière avec le Nigeria.
Quelles sont les conséquences pour les commerçants ?
Des pertes financières. Les marchandises ne partent pas. Les commandes ne sont pas livrées. Certains produits périssables pourrissent dans les entrepôts. Les revenus chutent.
Le gouvernement fait-il quelque chose ?
Des appels d'offres ont été lancés en 2022 et 2026 pour la réhabilitation de routes à Benakuma. La route Bamenda-Wum, qui doit désenclaver la Menchum Division, est en cours d'attribution. Mais les travaux ne sont pas encore visibles sur le terrain.
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