Emeutes de février 2008 : La semaine tragique où le Cameroun a dit NON :: CAMEROON
© Correspondance : Texte actualisé par le Mouvement de Février 2008 au Cameroun | 27 Feb 2025 13:18:41 | 1405Retour sur les évènements qui ont secoué le Cameroun il y’a dix-sept ans.
Février 2008 : les trois périlleuses…
Des menaces et préavis de grève des transporteurs interurbains, après une énième augmentation du prix du carburant à la pompe, une manifestation politique du Sdf interdite le week-end avant le début effectif de la grève. Des villes qui s’embrasent à partir de Douala, des forces de sécurité rapidement débordées parce que manifestement surprises, Yaoundé qui à son tour gagne la turbulence, le chef de l’Etat qui fait une sortie courroucée où il traitera des inconnus d’apprentis sorciers… La semaine du 25 au 29 février de l’année dernière fut tout sauf ordinaire au Cameroun, tellement la violence et la rupture des comportements des citoyens contrastèrent avec la traditionnelle apathie des Camerounais.
Au final, un bilan que le président de la République lui-même indiqua en terme de pertes économiques considérables, des pertes en vies humaines (entre 40 et 100 selon les sources), des milliers de jeunes et d’hommes politiques arrêtés ça et là, certains sommairement jugés et condamnés à la hâte, des mesures prises par le président de la République et le gouvernement pour se mettre, malgré tout, à l’écoute de la misère des Camerounais et des préoccupations des jeunes. Un an après ces trois journées qui dans d’autres pays furent glorieuses et chez nos périlleuses, quels souvenirs avons-nous gardé ? Peut-on évaluer les mesures gouvernementales et leurs effets sur le quotidien des Camerounais ? Faut-il encore craindre d’autres émeutes ? Le Mouvement de février 2008 au Cameroun, dans ce dossier, revisite les événements et fait son bilan.
C’était la dernière salve dans cette semaine où le Cameroun avait emprunté, toutes proportions gardées cependant, le visage des pays africains en guerre civile. Des morts dont les corps sont abandonnés dans la rue, des chars d’assaut et des militaires de corps d’élite armés jusqu’aux dents qui patrouillent et tirent à vue, des mouvements incontrôlables de foule… Tout cela s’était déjà arrêté quand, début mars, des personnalités plus ou moins connues prennent la parole dans un communiqué au nom de la famille des originaires du Mfoundi pour dénoncer des » envahisseurs venus d’ailleurs » pour semer le désordre à Yaoundé.
La levée de boucliers quasi générale, dont certaines figures de l’élite du Mfoundi devront tenir compte pour diluer les visées tribalistes de l’appel de leurs frères et sœurs, qui suivit cette sortie, n’avait pas suffi à calmer l’indignation. Mais, la colère de tous ceux qui n’étaient pas d’accord avec l’élite communautariste du Mfoundi, comme l’attitude de celle-ci, emmenée notamment par le ministre André Mama Fouda, traduisaient combien les émeutes de février avaient surpris même les plus vigilants des analystes sociaux et les acteurs politiques dominants. En effet, pour les xénophobes du Mfoundi, il était impossible que Yaoundé soit, elle aussi, l’objet de ce qui arrive partout au Cameroun. Contrairement à une déclaration célèbre du président de la République : Yaoundé ne respirait plus et c’était peut-être le signe que le Cameroun ne vivait pas également.
Les mauvaises conditions de vie, c’est d’ailleurs la principale raison pour laquelle dès le samedi 23 février 2008, Douala ; et plus tard d’autres villes du sud camerounais ont connu une situation quasi insurrectionnelle. Ce samedi-là en effet, à la suite d’une manifestation avortée du Sdf à Douala, au quartier Dakar et ses environs, des jeunes gens violentés par la police dont la répression provoquera la mort de deux personnes s’en prennent à tout ce qui représente l’ordre établi.
Mais les deux morts abattus par les fusils des policiers ont laissé des mécontents.
Dès lors, lorsque le lundi 25 février, le mot d’ordre des syndicats de transporteurs qui ont appelé à une grève générale des taxis paralyse une grande partie des transports en commun, de jeunes manifestants trouvent l’opportunité de revenir dans la rue où la circulation s’est fluidifiée. Pour les maîtres de la rue, il s’agit de mettre fin à tout mouvement. Les automobilistes sont priés ou forcés de retourner chez eux. Magasins, boulangeries, stations-service, sont attaqués par des bandes sans identité. Une brigade de gendarmerie à Bonabéri est également mise à sac.
Lorsque la police et la gendarmerie interviennent, la ville s’embrase et les images diffusées par les télévisions informent le reste du pays.
Pourtant, comme une traînée de poudre, d’autres coins du pays prennent littéralement feu. A Limbé, Buea et à Kumba dans le Sud-Ouest notamment. Bamenda dans le Nord-Ouest, qui partage avec Kumba une tradition de rejet de l’autorité du régime du Renouveau enregistrent leurs premiers morts. Yaoundé même, la cité présentée comme le bastion du pouvoir, bien que le discours officiel fonde cette fidélité sur la loyauté de la communauté originaire de la ville qui est devenue depuis des années une terre de cosmopolitisme, a pris feu ce lundi au soir. A Essos, Emombo, Biyem-Assi, et en divers points de la ville, des manifestants ont allumé des brasiers sur la chaussée, érigé des barricades.
Bilan
Mais le bilan que trois membres du gouvernement feront le lendemain mardi 26 février à la télévision d’Etat, désignera les régions où se trouvent des électeurs du Sdf comme étant les seules zones de trouble. Pour le ministre de la Communication, c’est plutôt clair que c’est le Sdf qui est derrière la révolte sociale des quartiers et des populations les plus défavorisés du Cameroun. » Force restera à la loi « , conclut Jean-Pierre Biyiti bi Essam. Erreur, puisque les négociations entre le gouvernement et les syndicats pour baisser de quelques francs, les prix du carburant, sembleront verser de l’huile sur le feu au-delà des poches électorales du Sdf.
Partout, les pancartes portent des messages similaires : » Ne changez pas la constitution » ; » Paul Biya, ça suffit » ; "Nous avons faim" .
Mercredi d’ailleurs, au lieu de l’accalmie qui semble s’installer, Yaoundé même sombre à nouveau dans la violence. Jusqu’aux portes du palais de l’Unité d’Etoudi où se trouve le président de la République, des pneus enflammés traduisent la colère du peuple. C’est alors que Paul Biya sort de sa réserve et va au-delà des manifestants qu’il juge irresponsables. » Ce qui est en cause, c’est l’exploitation, pour ne pas dire l’instrumentalisation, qui a été faite de la grève des transporteurs, à des fins politiques.
Pour certains, qui n’avaient d’ailleurs pas caché leurs intentions, l’objectif est d’obtenir par la violence ce qu’ils n’ont pu obtenir par la voie des urnes, c’est-à-dire par le fonctionnement normal de la démocratie. Ils n’ont donc pas hésité à jeter dans la rue des bandes de jeunes auxquels se sont mêlés des délinquants attirés par la possibilité de pillages « , dit le chef de l’Etat avant d’annoncer que » Tous les moyens légaux dont dispose le Gouvernement seront mis en œuvre pour que force reste à la loi. »
De fait, des troupes aéroportées avaient déjà été transportées à Douala et Yaoundé notamment pour restaurer l’autorité rejetée. Bilan de cette mission » pacificatrice « : 139 morts selon l’Observatoire national de défense des droits de l’homme. 40 selon le gouvernement.
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