Un ouvrier agricole de 25 ans est accusé d'avoir tué son patron cacaoculteur pour lui voler sa recette. La gendarmerie d'Obala a déroulé la piste.
La gendarmerie d’Obala a déroulé la piste d’un meurtre présumé qui plonge la zone cacaoyère de Ntui dans l’effroi : un employé de 25 ans aurait tué son patron après la vente de la récolte.
Njole, village de l’arrondissement de Ntui. Un cacaoculteur venait de vendre sa récolte. Quelques jours plus tard, il était mort. Son employé, Luc Donald M., 25 ans, a été interpellé le week-end dernier à Nkol-Essono, par Sa’a, par la brigade de gendarmerie d’Obala. Il est soupçonné d’avoir tué son patron pour lui prendre sa moto et l’argent du cacao.
Deux suspects. Une moto. Et une recette qui n’aura pas profité à sa famille.
Ce que les gendarmes ont reconstitué, morceau par morceau, raconte une histoire banale dans sa mécanique, insoutenable dans son exécution. Un homme fait confiance à son ouvrier. Il lui donne du travail, un toit parfois, un salaire. Et un jour, il vend sa récolte. Il a de l’argent liquide chez lui. L’ouvrier le sait.
Un meurtre dans la zone cacaoyère
Les faits remontent à quelques jours. À Njole, localité de l’arrondissement de Ntui, département du Mbam-et-Kim, un cacaoculteur du nom de Menye exploite ses terres avec son épouse. Le couple emploie Luc Donald M., 25 ans, originaire de Sa’a, pour les travaux champêtres.
La zone est cacaoyère. Les prix y sont en dents de scie. En 2024-2025, les planteurs camerounais ont engrangé 1 200 milliards FCFA grâce à des prix dépassant 6 000 FCFA le kilogramme. Un record. Puis la chute. En 2026, les cours se sont effondrés. Le kilogramme se négocie autour de 2 300 à 2 800 FCFA dans les bassins de production. Certains planteurs ne touchent plus que 1 000 à 2 000 FCFA bord champ.
Menye venait de vendre. Il avait les liquidités sur lui. L’ouvrier le savait.
La moto qui a tout fait basculer
Le suspect disparaît après le meurtre. Avec lui, la moto de la victime et l’argent de la récolte.
Les gendarmes d’Obala, commandés par l’adjudant-chef major Jean Marie Koung, commencent par interpeller un certain Messina. Il est trouvé en possession de la moto de la victime. Un receleur présumé, donc. Ses déclarations et les investigations remontent jusqu’à Luc Donald M., retranché à Nkol-Essono, dans l’arrondissement de Sa’a.
L’interpellation a lieu le week-end dernier.
« Le suspect savait que le couple venait de vendre sa récolte et disposait d’importantes liquidités », a déclaré l’adjudant-chef major Jean Marie Koung.
Les deux mis en cause Luc Donald M. et Messina restent présumés innocents jusqu’à ce que leur culpabilité soit établie par la justice. Le corps de la victime a été déposé à la morgue. L’enquête se poursuit sous la direction du parquet compétent.
Une zone sous tension
Le drame de Njole n’est pas un cas isolé dans cette partie du Cameroun. La brigade de gendarmerie d’Obala, que commande Jean Marie Koung, a enchaîné les affaires ces derniers mois. En septembre 2025, ses hommes ont démantelé un gang de tueurs de mototaximen, soupçonné d’au moins quatre assassinats. Six individus interpellés, dont un récidiviste libéré du pénitencier de Monatélé.
En mars 2026, la même unité a arrêté les assassins présumés du Dr Armelle Fouda Assouguena, anesthésiste retrouvée morte et mutilée à son domicile d’Obala.
En décembre 2025, trois individus spécialisés dans les vols aggravés et les agressions à l’arme blanche ont été interpellés au village Foulassi.
La zone est un corridor. La route nationale 15, qui relie Batchenga à Ntui, Yoko, puis l’Adamaoua, traverse des villages où l’activité tourne autour du cacao. Les récoltes se vendent, l’argent circule, et les convoitises avec.
Pourquoi les vols de cacao explosent
Le cacao camerounais a connu une année 2024-2025 exceptionnelle. 309 518 tonnes commercialisées, en hausse de 13 % par rapport à la campagne précédente. Des prix payés aux producteurs entre 3 210 et 5 400 FCFA le kilogramme.
Puis le retournement. La campagne 2025-2026 a été brutale : 247 914 tonnes commercialisées, en recul de près de 20 %. Les prix se sont effondrés. Certains planteurs n’ont touché que 700 FCFA le kilogramme, leur plus bas niveau en cinq ans.
Moins de revenus, plus de tension. Dans ce contexte, un ouvrier qui travaille pour un patron qui vient de vendre sa récolte voit une somme qui, pour lui, représente des mois de salaire.
La question n’est pas de comprendre le mobile. Elle est de savoir comment on en arrive là.
Ce que l’affaire dit de la sécurité rurale
Les zones cacaoyères du Centre et du Sud Cameroun ne sont pas des zones de guerre. Ce ne sont pas les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, où le conflit a transformé les plantations en champs de bataille.
Mais elles connaissent une insécurité silencieuse. Des vols de récoltes. Des agressions. Des employés qui « mangent à crédit » et disparaissent. Des cambriolages de hangars de stockage, comme à Mombo en septembre 2026, où deux cambrioleurs ont été arrêtés et quatre autres sont en fuite.
La saison cacaoyère 2025-2026 a été marquée par des prix qui ont atteint 1 805 FCFA le kilogramme, « de quoi attirer les convoitises », notait un média local.
Dans l’arrondissement de Monatélé, dans la Lékié, les autorités ont interdit la vente du cacao humide pour lutter contre les vols dans les plantations. Une mesure qui dit à quel point le problème est pris au sérieux.
La piste judiciaire
Luc Donald M. et Messina sont entre les mains de la gendarmerie. Le parquet compétent a été saisi. L’enquête devra établir les circonstances exactes du meurtre, le rôle de chacun, et si d’autres personnes sont impliquées.
Une question reste sans réponse à ce stade : où est passé l’argent de la récolte ?
Les gendarmes ne l’ont pas dit. Le parquet non plus. Ce que l’on sait, c’est qu’une moto a été retrouvée. Le reste, pour l’instant, se joue dans les procès-verbaux.
Ce qui attend la filière
Le cacao camerounais traverse une crise qui n’est pas seulement criminelle. Les maladies mildiou noir, pourriture brune frappent les plantations du Sud-Ouest. Les entreprises se retirent. Telcar Cocoa, qui traitait jusqu’à 40 % des fèves nationales, a suspendu ses opérations en septembre 2025, invoquant une crise de qualité.
La production pourrait reculer de 10 % cette saison. Les revenus des planteurs, qui ont atteint 1 200 milliards FCFA en 2024-2025, pourraient être divisés par deux.
Dans ce contexte, les drames individuels un meurtre à Njole, une recette volée ne sont pas seulement des faits divers. Ils disent quelque chose d’un système sous pression. Quand les revenus baissent, les tensions montent. Quand les tensions montent, les vies se perdent.
Ce qui n’a pas pu être vérifié
Contactée, la brigade de gendarmerie d’Obala n’a pas souhaité s’exprimer au-delà des déclarations déjà rapportées par la presse locale. Le parquet compétent n’a pas publié de communiqué. Les circonstances exactes du meurtre heure, arme utilisée, présence éventuelle d’autres personnes n’ont pas été rendues publiques.
Le nom complet de la victime n’a pas été communiqué. Nous ne l’avons pas trouvé dans les sources disponibles.
Pourquoi Luc Donald M. est-il accusé d’avoir tué son patron ?
Selon la gendarmerie d’Obala, il savait que le couple venait de vendre sa récolte de cacao et disposait de liquidités. Il est soupçonné d’avoir commis le meurtre pour voler l’argent et la moto de la victime.
Comment la gendarmerie a-t-elle retrouvé le suspect ?
Un premier suspect, Messina, a été interpellé en possession de la moto de la victime. Ses déclarations ont permis aux enquêteurs de remonter jusqu’à Luc Donald M., qui se cachait à Nkol-Essono, dans l’arrondissement de Sa’a.
Les deux suspects sont-ils coupables ?
Ils sont présumés innocents. Leur culpabilité devra être établie par la justice. L’enquête se poursuit sous la direction du parquet compétent.
Où se trouve Njole ?
Njole est une localité de l’arrondissement de Ntui, dans le département du Mbam-et-Kim, région du Centre Cameroun, sur la route nationale 15.