Atanga Nji interdit la vente de motos sans plaque et impose le badge aux taxis de Yaoundé. Ce qui change pour les mototaxis et la sécurité dans le Centre. 

Paul Atanga Nji a annoncé, le 26 octobre 2026 à Yaoundé, l'interdiction de vendre une moto sans plaque d'immatriculation et l'obligation pour les taxis de ville d'afficher leur badge. La mesure a été présentée à l'issue d'une réunion d'évaluation sécuritaire tenue à l'hôtel de ville, en présence du gouverneur du Centre, Naseri Paul Béa, du maire de Yaoundé, des préfets des dix départements de la région et des sous-préfets des sept arrondissements du Mfoundi.

Derrière l'annonce, un constat que le ministre n'a pas caché : la criminalité monte dans le Centre. Féminicides, agressions, trafic de stupéfiants. Et dans ce décor, les mototaxis sont devenus un angle mort. Pas tous. Mais assez pour que l'État décide de reprendre la main sur l'identification des engins et de ceux qui les conduisent.

Yaoundé compte des dizaines de milliers de mototaxis. Ils circulent dans les quartiers périphériques, descendent les pentes de Mvog-Ada, remontent vers Nkolbisson, desservent les zones où les taxis ne vont plus. Leur souplesse est une nécessité. Leur anonymat est un problème.

Depuis 2023, le gouvernement a engagé un processus d'immatriculation des motocycles. Les résultats sont partiels. Des motos circulent encore sans plaque, ou avec des plaques retirées, maquillées, échangées. Ce sont ces engins que les autorités veulent rendre traçables.

Le 26 octobre 2026, à l'hôtel de ville de Yaoundé, Paul Atanga Nji a réuni les autorités administratives du Centre. Le gouverneur Naseri Paul Béa. Le maire de Yaoundé. Les préfets des dix départements. Les sous-préfets des sept arrondissements du Mfoundi. Et les responsables des forces de défense et de sécurité.

La réunion n'était pas une réunion de routine. Elle faisait suite à plusieurs faits divers qui ont marqué la région ces dernières semaines. Le ministre a cité la hausse de la criminalité. Les féminicides. Les agressions. Le trafic de stupéfiants.

Ce qu'Atanga Nji a annoncé pour les mototaxis

La mesure principale est simple. La vente d'une moto sans plaque d'immatriculation est désormais interdite. Le ministre a également demandé l'intensification du processus d'immatriculation engagé depuis 2023.

Sur le terrain, cela signifie quoi ? Un vendeur qui cède une moto sans plaque s'expose à des sanctions. Un conducteur qui circule sans plaque devient une cible prioritaire des contrôles. Les autorités veulent pouvoir relier un engin à un propriétaire, un propriétaire à un conducteur, un conducteur à un trajet.

Le Mfoundi, département qui abrite la capitale politique et plusieurs institutions républicaines, est au centre du dispositif. C'est là que les contrôles devraient être les plus visibles. C'est là aussi que les mototaxis sont les plus nombreux, notamment autour des marchés de Mokolo, de Mfoundi, et des axes qui mènent vers le quartier administratif.

Les taxis de ville sommés d'afficher leur badge

Pour les taxis, la règle n'est pas nouvelle. Elle est connue. Elle vient du maire de Yaoundé. Chaque taxi de ville doit afficher son badge. Ce badge permet d'identifier le véhicule, son propriétaire, et le conducteur autorisé.

Sur le terrain, l'obligation est appliquée de manière inégale. Des taxis circulent sans badge visible. D'autres en ont un, mais illisible, ou périmé. Le ministre a demandé que l'obligation soit respectée. Sans préciser le calendrier exact des contrôles, ni le montant des sanctions prévues.

Interrogé sur les modalités pratiques, le cabinet du ministre n'avait pas publié de communiqué détaillé au moment d'écrire ces lignes. Nous avons tenté de joindre la délégation régionale du ministère de l'Administration territoriale pour le Centre. Sans succès à l'heure de publication.

Féminicides et criminalité : le constat du ministre

Le ministre n'a pas éludé les faits. La criminalité augmente dans la région du Centre. Les féminicides aussi. Les agressions. Le trafic de stupéfiants.

Il a salué les opérations menées par les forces de maintien de l'ordre contre les personnes soupçonnées d'activités criminelles. Il a annoncé une intensification de leur traque sous la coordination des autorités administratives.

Il a aussi appelé les populations à collaborer. Un appel classique. Mais dans un contexte où la défiance envers les forces de l'ordre reste forte dans plusieurs quartiers de Yaoundé, l'appel ne suffit pas. Il faudra des résultats visibles. Des interpellations. Des condamnations. Des quartiers qui respirent.

Sur les féminicides, le ministre n'a pas annoncé de dispositif spécifique. Aucun chiffre officiel n'a été communiqué à l'issue de la réunion sur le nombre de cas recensés dans le Centre en 2026. Une source au sein de la délégation régionale, qui a requis l'anonymat, évoque « une tendance à la hausse » sans donner de chiffres. Nous n'avons pas pu vérifier cette information de manière indépendante.

Ce que ces mesures changent vraiment

L'interdiction de vendre une moto sans plaque est une mesure de traçabilité. Elle vise les vendeurs, pas seulement les conducteurs. C'est un changement de logique. Jusqu'ici, les contrôles portaient principalement sur les mototaxis en circulation. Désormais, la chaîne de vente est concernée.

L'obligation du badge pour les taxis est, elle, une mesure d'identification. Elle existe déjà. Le problème n'est pas la règle. C'est son application. Un taxi sans badge peut-il encore circuler demain ? La réponse dépendra des contrôles effectifs, et de la capacité des forces de l'ordre à les mener sans créer de tensions.

Car les mototaxis et les taxis font vivre des milliers de familles à Yaoundé. Une mesure mal appliquée peut se transformer en racket. Une mesure bien appliquée peut, au contraire, faciliter le travail des enquêteurs quand un engin est impliqué dans une agression.

Un responsable d'association de mototaxis, joint par téléphone et qui a demandé à ne pas être nommé, exprime une inquiétude simple : « On veut bien être identifiés. Mais on ne veut pas que le contrôle devienne une source de revenus pour certains. »

Le ministre n'a pas fixé de date pour l'entrée en vigueur des mesures. Il n'a pas non plus annoncé de campagne de sensibilisation. Les préfets et sous-préfets présents à la réunion sont désormais chargés de relayer les consignes dans leurs circonscriptions respectives.

À Yaoundé, la question qui circule déjà dans les points de rassemblement de mototaxis est concrète. Combien coûte l'immatriculation ? Qui contrôle ? Et que se passe-t-il pour ceux qui ont acheté une moto sans plaque avant l'annonce ?

Le communiqué officiel du ministère n'était pas encore publié au moment d'écrire ces lignes. Les réponses à ces questions viendront, ou ne viendront pas. D'ici là, les motos continuent de circuler. Avec ou sans plaque.


Peut-on encore vendre une moto sans plaque à Yaoundé ?
Non. Le ministre de l'Administration territoriale a annoncé que la vente d'une moto sans plaque d'immatriculation est désormais interdite. Les sanctions prévues n'ont pas été précisées à l'issue de la réunion du 26 octobre 2026.

Les taxis de Yaoundé doivent-ils obligatoirement afficher un badge ?
Oui. L'obligation existe déjà, à l'initiative du maire de Yaoundé. Le ministre a demandé qu'elle soit appliquée et contrôlée. Le calendrier des contrôles n'a pas été rendu public.

Pourquoi ces mesures ont-elles été annoncées ?
Les autorités invoquent la hausse de la criminalité dans la région du Centre : féminicides, agressions, trafic de stupéfiants. L'identification des mototaxis et des taxis vise à faciliter les enquêtes et à dissuader les auteurs d'infractions.

Les mototaxis sont-ils concernés par l'obligation de badge ?
L'annonce du ministre porte sur l'immatriculation des motos et le badge pour les taxis de ville. Les modalités précises pour les mototaxis n'ont pas été détaillées dans le communiqué disponible à ce stade.