En 2 ans, 460 dénonciations ont visé la justice camerounaise. Seules 210 enquêtes ouvertes. L'ONU s'inquiète : qui protège les lanceurs d'alerte ?
460 dénonciations. 210 enquêtes. Et 250 dossiers qui s'évaporent. Les 22 et 23 octobre 2026, à Genève, le Cameroun a reconnu une faille béante devant l'ONU : aucune loi ne protège ceux qui osent dénoncer la corruption. Une question flotte désormais dans les couloirs de la justice : où sont passés les 250 autres dossiers ?
Le vertige des chiffres : 460 dénonciations, 210 enquêtes
Les chiffres sont là, têtus. En deux ans, l'Inspection générale des services judiciaires a enregistré 460 dénonciations pour manquements professionnels au sein de l'appareil judiciaire camerounais. Sur ces 460 signalements, seules 210 enquêtes ont été ouvertes. Moins de la moitié.
Où sont passés les 250 autres dossiers ? La question n'est pas rhétorique. Elle est judiciaire. Et politique.
Nous avons tenté de joindre l'IGSJ par téléphone et par courriel pour obtenir des explications sur le traitement de ces dossiers. Sans succès à l'heure où nous publions. Le ministère de la Justice n'a pas non plus répondu à nos sollicitations.
À Genève, l'aveu d'un vide juridique
Le 22 et 23 octobre 2026, le Cameroun passait devant le Comité des droits de l'homme de l'ONU, à Genève. L'ONU a posé une question simple. Presque naïve. Qui protège au Cameroun celui qui ose dénoncer la corruption ?
La réponse est glaçante. Personne.
Il n'existe à ce jour aucune loi spécifique au Cameroun pour protéger les lanceurs d'alerte. Celui qui dénonce prend tous les risques. Seul. Pas de statut. Pas de mécanisme de protection. Pas de recours en cas de représailles.
Devant l'ONU, la délégation camerounaise a enfin reconnu la faille. Elle annonce qu'un cadre législatif serait "à l'étude". À l'étude depuis combien de temps ? Le flou reste total.
Pourquoi protéger les lanceurs d'alerte est vital
La corruption ne se combat pas avec des discours. Elle se combat avec des preuves. Et les preuves viennent souvent de l'intérieur. Un greffier qui voit un dossier disparaître. Un magistrat qui subit des pressions. Un fonctionnaire qui assiste à un détournement.
Sans protection, ces voix se taisent. « Dénoncer, c'est prendre tous les risques. On peut perdre son poste, sa réputation, parfois sa liberté », confie un ancien cadre du ministère des Finances, qui requiert l'anonymat.
Les 250 dossiers sans enquête ne sont pas qu'un problème statistique. Ils sont le symptôme d'un système qui étouffe les alertes. Et qui laisse les manquements prospérer.
Ces 250 dossiers qui hantent la justice camerounaise
Que sont devenus ces 250 signalements ? Classés sans suite ? Perdus dans les méandres administratifs ? Ou volontairement enterrés ?
« Il faut une traçabilité. Chaque dénonciation doit avoir une réponse, même négative. L'opacité nourrit la défiance », estime un juriste basé à Yaoundé, spécialiste des questions de gouvernance.
La défiance, c'est précisément ce qui mine la justice camerounaise. Les citoyens doutent. Les justiciables hésitent. Et les lanceurs d'alerte, eux, savent qu'ils seront seuls face aux représailles.
Le Cameroun ne peut pas prêcher la lutte contre la corruption et laisser sans protection ceux qui ont le courage de la dénoncer. Une loi est urgente. Pas dans cinq ans. Maintenant.
Qu'est-ce qu'un lanceur d'alerte ?
C'est une personne qui révèle, au nom de l'intérêt général, des faits illicites ou dangereux dont elle a eu connaissance dans le cadre de son travail.
Pourquoi 250 dossiers n'ont-ils pas été enquêtés ?
L'Inspection générale des services judiciaires n'a pas communiqué les raisons de ce non-traitement. Les dossiers ont peut-être été classés, perdus, ou jugés insuffisants. Aucune explication officielle n'a été fournie.
Le Cameroun va-t-il voter une loi pour protéger les lanceurs d'alerte ?
La délégation camerounaise a déclaré à l'ONU qu'un cadre législatif était "à l'étude". Aucun calendrier n'a été annoncé.