Protectionnisme américain : l’Afrique sommée de se réinventer pour exister économiquement.
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Protectionnisme américain : l’Afrique sommée de se réinventer pour exister économiquement. :: AFRICA

L’Afrique face au protectionnisme de Donald Trump : la fracture commerciale d’un monde en mutation

Le 2 avril 2025 marque un tournant radical dans l’histoire du commerce mondial. En instaurant des droits de douane dits « réciproques », le président américain Donald Trump a déclenché une véritable onde de choc. Si cette réforme vise officiellement les grandes puissances comme la Chine et l’Union européenne, l’Afrique, en périphérie du pouvoir économique mondial mais au cœur des flux commerciaux, risque d’en être la victime silencieuse.  Dans le tumulte des géants, ce sont les racines les plus frêles qui se brisent.

Une déclaration d’indépendance économique aux allures de guerre commerciale

Par la voix d’un discours enflammé, Donald Trump a martelé la nouvelle doctrine américaine : « œil pour œil, dent pour dent ». Désormais, les produits étrangers seront taxés à hauteur de ce que leurs pays d’origine imposent aux biens américains. C’est, selon lui, une « déclaration d’indépendance économique », une reconquête du passé glorieux de l’Amérique. Avec des droits de douane de 20 % sur les produits européens et 34 % sur ceux en provenance de Chine, Washington ferme progressivement ses portes à la mondialisation. Mais au-delà de cette joute commerciale entre géants, c’est toute la dynamique du commerce extérieur qui vacille, emportant dans sa chute les économies plus fragiles, notamment celles du continent africain. Car comme le dit si bien un proverbe africain : « Quand les éléphants se battent, c’est l’herbe qui souffre. »

L’Afrique, victime collatérale d’une logique globale

L’Afrique ne figurait pas explicitement dans le viseur de cette réforme. Pourtant, ses produits sont bel et bien concernés : aluminium, acier, pétrole, cacao, café, fruits tropicaux, fleurs coupées… Autant de secteurs exportateurs dont les débouchés américains sont désormais menacés par une taxation dissuasive. Des pays comme le Nigeria, l’Égypte, l’Afrique du Sud ou encore le Cameroun, déjà fragilisés par les défis internes, pourraient subir des pertes d’emplois massives et une contraction de revenus vitaux pour leurs populations. Les accords préférentiels comme l’AGOA (African Growth and Opportunity Act), qui permettaient l’exportation sans taxes vers les États-Unis, risquent d’être vidés de leur substance. En plaçant tous ses partenaires sur un pied d’égalité douanière, Trump efface les distinctions entre économies dominantes et économies en développement, et pénalise doublement un continent qui dépend fortement de ses exportations.

Une remise en cause brutale des espoirs d’industrialisation

Cette mesure protectionniste vient interrompre une dynamique fragile mais réelle d’industrialisation africaine, encore embryonnaire. En renchérissant les coûts d’accès au marché américain, elle dissuade les investissements étrangers dans les filières de transformation locale. Le textile éthiopien, l’agro-industrie kényane, les manufactures sud-africaines… tous pourraient perdre leur compétitivité. Et ce choc économique pourrait s’accompagner d’effets monétaires redoutables : dévaluation des monnaies locales, inflation sur les importations, baisse du pouvoir d’achat. Le ralentissement de la demande mondiale, conséquence d’une guerre commerciale généralisée, entraînerait une chute des prix des matières premières, dont vivent nombre de pays africains.

L’Afrique au pied du mur : repenser sa stratégie continentale

Face à cette réalité, le temps n’est plus à l’attentisme. L’Afrique doit sortir de son rôle passif et redevenir actrice de son destin économique. Cela passe par la diversification de ses partenaires commerciaux : renforcer les échanges avec l’Asie, l’Amérique du Sud, les pays arabes… mais surtout consolider le marché intérieur africain. La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) doit cesser d’être une promesse abstraite. Elle peut devenir le socle d’un nouvel équilibre, où l’Afrique produit pour elle-même, crée ses propres chaînes de valeur et attire des investissements durables. Car si l’Amérique se referme, l’Afrique, elle, doit s’ouvrir – à elle-même et au monde.

Vers une souveraineté économique africaine ?

Dans cette crise, une opportunité paradoxale se dessine : celle d’un repositionnement stratégique. Pour ne plus subir les humeurs des grandes puissances, l’Afrique doit miser sur la transformation locale, l’innovation, les infrastructures et l’emploi productif. Elle doit se détacher du modèle d’économie extractive hérité de la colonisation, pour bâtir une économie de création, de fabrication et de service. Oui, l’Afrique est aujourd’hui vulnérable. Mais c’est dans la tempête que naissent les renaissances. Le choc Trump n’est peut-être pas seulement une menace. Il pourrait devenir le point de départ d’une refondation économique africaine, centrée sur l’autonomie, la résilience et la coopération sud-sud. Ce n’est qu’à cette condition que le continent pourra cesser d’être « l’herbe écrasée » et devenir enfin un acteur souverain dans le concert des nations.

Sources ( L’Afrique noire est mal partie » – René Dumont (1962) Économiste zambienne formée à Harvard, Dambisa Moyo, L’Afrique et le défi de l’industrialisation » – Carlos Lopes (2017) « L’économie de l’Afrique » – Jean-Michel Severino et Olivier Ray (2010) « Africa’s Development in Historical Perspective » – Emmanuel Akyeampong et al. (2014)

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