ERNEST OUANDIE ET LA REVOLTE DE YOKO : TEMOIGNAGE DU MAIRE DIEUDONNE TINA ANNIR
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L’article que j’ai publié hier sur l’hymne national du Cameroun a suscité de nombreuses réactions à travers le monde. Jamais, depuis que je me suis lancé dans l’écriture, je n’ai reçu autant d’appels, tant pour des félicitations que pour des compléments d’information. Ce qui m’a le plus surpris, c’est un appel venu du Gabon, émanant de Joseph Badinga Badinga, un ancien haut cadre à la présidence au temps du président Omar  Bongo. Il m’a parlé du Cameroun avec des précisions sur des réalités que j’étais loin d’imaginer. Il a souligné que le Cameroun représente un enjeu stratégique déterminant  dans la géographie de toute l’Afrique. Son développement entraînera, sans nul doute, celui de toute l’Afrique centrale et un grand rayonnement mondial. Parmi les nombreuses réactions à cette publication, le maire de Yoko est également intervenu.

Il nous offre un éclairage précieux sur un aspect méconnu de cette histoire : l’appropriation collective de l’hymne national par les Camerounais après la Seconde Guerre mondiale. À travers des événements survenus dans l’école publique de Yoko entre 1954 et 1955, cet ajout met en lumière la résilience de la population camerounaise face à l’oppression coloniale et la manière dont la musique a joué un rôle déterminant dans l’expression du désir d’indépendance. L’hymne, alors interdit, est devenu un symbole de résistance et un vecteur majeur de la lutte pour la liberté. De l’implication des élèves à la mobilisation de figures emblématiques comme Ernest Ouandie et René Jame Afane, ce complément explore les liens entre éducation, politique et culture dans la construction d’une identité nationale. Je publie ici l’intégralité de la réaction du maire de Yoko, Monsieur Dieudonné Tina Annir.

« Notre frère écrivain DJOUARI Calvin a récemment publié une planche sur l’hymne national du Cameroun. L’article pourrait être complété. En 1954-1955, l’école publique de Yoko était dirigée par une femme de nationalité française. Elle avait un enseignant turbulent qui vivait et respirait le parti politique UPC. Aux heures creuses, il apprenait à de jeunes élèves à chanter l’un des chants de ralliement de l’UPC, alors interdit, et l’hymne national actuel en faisait partie. Au milieu de l’année scolaire, un élève de CM2 est mis en cellule par la directrice pour avoir cueilli des pommes dans le jardin du sous-préfet. Ernest OUANDIE n’attendait que cette étincelle. Il organise la riposte de la population, qui érige des barricades. Les élèves chantent le cantique interdit.

L’administration coloniale prépare la charge. Le sous-préfet est absent. Un agent de la sous-préfecture, Ndougou Mahama, par ailleurs fils du pays, rétablit l’ordre. Des sanctions pleuvent. Monsieur Ernest OUANDIE est immédiatement affecté à Moloundou. Il refuse de rejoindre son nouveau poste. Il quitte l’administration pour se consacrer à l’UPC et à la lutte pour l’indépendance du Cameroun. En 1957, la chanson interdite est validée par l’administration. Elle devient hymne national. En 1959, à la veille de l’indépendance, il devient urgent de l’enseigner aux parlementaires. Il faut retrouver la trace des trois anciens élèves de FOULASSI, fondateurs de la chanson mythique. Le parolier René JAME AFANE, qui a écrit le texte, est retrouvé dans la même école publique de Yoko où il officiait également comme instituteur, dans une totale discrétion. Il a pour élèves Ngoura Célestin, Iya Jean, etc. Il est immédiatement mis à la disposition de l’Assemblée nationale pour enseigner la chanson aux députés.

Il quitte Yoko dans un camion mis à disposition par le Gouverneur. Un autre enseignant rejoint également son village. Il s’agit de monsieur SAPACK, qui a servi durant 30 ans en tant que maire adjoint à Yokadouma. Au cours de cette période, l’école publique de Yoko a constitué un réseau de jeunes élèves qui auront des carrières diverses. Nous pouvons citer Moutit Eugène (préfet de Bafia et délégué du gouvernement de Nkongsamba), Jean-Claude Ottou (brillant journaliste de Radio Cameroun), Mouthe Camille (économiste), Sadi René Emmanuel (diplomate de carrière) et Ndongo (médecin). L’instituteur René JAME AFANE deviendra plus tard chef de groupement du village Nkomekak, dans le Dja et Lobo. Il y construira une chefferie ayant le même tracé architectural que l’ancienne résidence coloniale du sous-préfet. Conclusion  Yoko a sa place dans le récit de l’appropriation collective de l’hymne national du Cameroun. »

Lire aussi l’article  : Qui sera le prochain président du Cameroun ? L’hymne national détient la réponse. – AFRIK SUR SEINE

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