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GéOPOLITIQUE

Zelensky : 2026, l’année où tout a basculé pour l’Ukraine

Zelensky face à une crise majeure : 72 % des Ukrainiens le jugent responsable de la corruption, l’UE bloque les fonds, Trump coupe Starlink. Analyse complète.

Volodymyr Zelensky fait face, à l’automne 2026, à la crise politique la plus grave depuis son élection en 2019 : 72 % des Ukrainiens le jugent personnellement responsable de la corruption dans son entourage, selon un sondage KIIS publié le 28 septembre. Dans le même temps, l’Union européenne a refusé, le 3 octobre, de débloquer par anticipation les fonds du prêt de 90 milliards d’euros prévu pour 2027, exigeant des réformes anticorruption que son propre parti bloque à la Rada.

Deux chiffres. Deux claques. Et un président qui, il y a encore quatre ans, incarnait la résistance d’un peuple.

Aujourd’hui, ce même peuple le classe sixième dans ses préférences. Derrière un général, un chef du renseignement, un ancien ministre. La guerre n’est pas finie. Mais la confiance, elle, a déjà rendu son verdict.

Une présidence bâtie sur deux promesses non tenues

Zelensky a été élu en 2019 avec un mandat clair : faire la paix avec la Russie et mettre fin à la corruption. Six ans plus tard, aucune des deux promesses n’a été tenue. La guerre dure. Et la corruption n’a pas disparu elle s’est invitée dans son entourage immédiat.

Le président ukrainien a longtemps bénéficié d’un soutien intérieur massif, porté par l’effet drapeau de l’invasion russe de février 2022. Ce temps est révolu.

Ce que disent les sondages

Le chiffre qui résume la crise est tombé le 28 septembre 2026. Selon l’Institut international de sociologie de Kiev (KIIS), 72 % des Ukrainiens estiment que Zelensky porte une responsabilité personnelle dans les actes de corruption commis par les membres de son entourage. Ils ne sont que 25 % à le disculper.

Parmi ceux qui lui font pleinement confiance, 81 % refusent de le tenir pour responsable. Chez ceux qui ne lui font pas du tout confiance, 85 % le rendent responsable. La ligne de fracture est nette : la confiance en Zelensky est devenue le meilleur prédicteur de l’opinion qu’on a de sa probité.

Le KIIS précise toutefois une nuance importante : dans les enquêtes sociologiques, la « responsabilité personnelle » est perçue comme une responsabilité politique, pas nécessairement comme une accusation d’implication directe. Zelensky n’est pas accusé d’avoir volé. Il est accusé de n’avoir pas empêché.

Un autre sondage, publié le 18 septembre et portant sur la confiance, donne Zelensky à 54 % (dont 18 % de confiance « entièrement » et 36 % de confiance « plutôt »), contre 41 % qui ne lui font pas confiance. Ce niveau de confiance n’a pratiquement pas bougé entre juillet et septembre, note le KIIS. Mais il se situe très en dessous de ce qu’il était au début de la guerre.

Le classement qui fait mal : Zelensky sixième

Le sondage le plus révélateur n’est peut-être pas celui sur la confiance absolue, mais celui sur le classement des personnalités. En octobre 2026, le groupe Rating a placé Valeri Zaloujny, ancien commandant en chef des armées et actuel ambassadeur au Royaume-Uni, en tête avec 64 % de confiance. Zelensky et Kyrylo Boudanov, chef du renseignement militaire, suivent à 53 %. Mykhaïlo Fedorov, ancien ministre de la Défense, est à 38 %.

Zelensky n’est pas seulement distancé. Il est devancé par des figures qui n’ont jamais gouverné.

Dans un scénario de premier tour présidentiel hypothétique, Zelensky obtiendrait 22,9 % des voix, Zaloujny 20,2 %. L’écart est mince. Mais le signal est clair : une partie de l’électorat qui avait porté Zelensky en 2019 est aujourd’hui tentée par l’homme qui a commandé l’armée.

Le parti : 228 députés et une majorité sur le fil

La crise ne s’arrête pas à l’opinion. Elle a atteint le Parlement.

Le parti Serviteur du peuple, qui comptait 254 députés après les élections de 2019, n’en compte plus que 228, selon un décompte de Die Welt publié en avril 2026. La majorité constitutionnelle tient à trois sièges près. Et dans les faits, Zelensky ne peut compter que sur environ 130 députés réellement fidèles, selon les calculs de l’Ukrainska Pravda cités par le même média.

Les députés ne votent plus les textes du président. En mars 2026, une série de lois fiscales destinées à débloquer une aide de 8 milliards de dollars du FMI n’a pas trouvé de majorité : 168 voix pour, alors qu’il en fallait 226. Le propre parti de Zelensky aurait dû suffire. Il n’a pas suffi.

Zelensky a réagi par la menace. En mars, il a déclaré que les députés qui ne servaient pas l’État devraient aller au front. Les parlementaires sont exemptés de service militaire. La menace de le leur retirer a été comprise.

Un député de Serviteur du peuple, cité par Die Welt, résume l’ambiance : « Parfois, on a l’impression que le président ne réalise pas que son propre parti est devenu son principal adversaire. » La citation est traduite de l’allemand et n’a pas pu être vérifiée dans sa version originale ukrainienne.

L’Europe : les milliards bloqués

Le 3 octobre 2026, l’Union européenne a opposé une fin de non-recevoir à la demande ukrainienne d’accéder par anticipation aux fonds du prêt de 90 milliards d’euros négocié fin 2025 pour couvrir 2026-2027. Bruxelles a conditionné tout déblocage à l’adoption de réformes anticorruption que la Rada n’a pas votées dans les termes exigés.

Le point de blocage est précis. Les députés ont bien adopté une loi sur la taxation des revenus des plateformes numériques et la fin de l’exonération de TVA sur les petits colis. Mais ils y ont ajouté un amendement qui affaiblit le contrôle des personnes politiquement exposées (PEP) exactement ce que l’UE demandait de renforcer.

La commissaire européenne à l’élargissement, Marta Kos, et le vice-président Valdis Dombrovskis ont écrit au président de la Rada pour dire que l’Ukraine pouvait encore compter sur une aide supplémentaire en 2026 à condition de ne pas affaiblir les mécanismes de contrôle.

Traduction : l’argent est là. Mais il est derrière une réforme que le parti de Zelensky refuse de voter.

Le déficit budgétaire ukrainien se chiffre en dizaines de milliards de dollars. Le Premier ministre slovaque Robert Fico a déclaré que ni la Slovaquie ni la Hongrie ne participeraient au nouveau crédit de l’UE à l’Ukraine. La France, secouée par des troubles liés au coût de la vie, voit Marine Le Pen promettre de couper l’aide financière française six mois après une éventuelle victoire en 2027. « La France est au bord du défaut », a-t-elle justifié, ajoutant : « Je ne prends personne en traître ».

Trump : la rupture

Le front le plus dangereux est peut-être à Washington.

Début octobre 2026, Donald Trump a pris trois décisions qui, mises bout à bout, ont sonné comme un ultimatum. Il a conclu un accord avec Vladimir Poutine autorisant Moscou à vendre du diesel. Il a annoncé une « trêve énergétique » unilatérale, demandant à l’Ukraine de cesser ses frappes sur les raffineries russes. Et il a renoncé à imposer de nouvelles sanctions contre la Russie.

Zelensky a d’abord respecté la trêve. La Russie, elle, a continué à frapper les infrastructures ukrainiennes. Le 15 octobre, Zelensky a rompu : « Le blocage [des frappes sur les raffineries] est terminé. C’est fini », a-t-il déclaré au Financial Times.

Entre-temps, deux systèmes critiques ont cessé de fonctionner. Les terminaux Starlink de qualité militaire, utilisés pour le guidage des drones ukrainiens, ont été bridés lorsqu’ils sont montés sur des véhicules rapides. Et les alertes américaines sur les missiles russes en approche ont cessé d’arriver aux unités ukrainiennes.

Elon Musk a nié toute implication personnelle, affirmant que les systèmes Starshield sont « détenus et contrôlés par le gouvernement américain » et que « toute limite d’usage est décidée par l’armée américaine et le POTUS ». La Maison-Blanche n’a pas confirmé de décision politique. Mais Zelensky, lui, n’a pas hésité : « Ce n’était pas un problème technique. C’était une volonté ».

Trump a répliqué publiquement : « Ce n’est pas quelqu’un avec qui nous devrions traiter. » Et : « Il est plus difficile de traiter avec lui qu’avec Poutine. » Il a aussi affirmé que Zelensky avait « détruit l’Ukraine ». Ces propos ont été rapportés par plusieurs médias internationaux .

Quatre fronts, une seule ligne de faille

Zelensky ne perd pas sur quatre fronts séparés. Il perd sur un seul : la confiance.

Les Ukrainiens ne lui reprochent pas la guerre. Ils lui reprochent de ne pas avoir tenu les promesses qui l’avaient fait élire. La corruption était la promesse numéro un après la paix. Elle est devenue le premier motif de défiance.

Ses alliés européens ne lui reprochent pas de se battre. Ils lui reprochent de ne pas réformer. L’argent est conditionné, pas refusé. Mais le temps presse, et le déficit se creuse.

Trump ne lui reproche pas d’exister. Il lui reproche de ne pas céder. La Maison-Blanche a fait un calcul : la Russie est un interlocuteur avec lequel on peut traiter. L’Ukraine, dans cette logique, est devenue un obstacle.

Ce qui vient ensuite

Zelensky a survécu politiquement à des crises qui auraient brisé d’autres dirigeants. Celle-ci est différente. Elle est intérieure, elle est documentée, et elle est chiffrée.

Les prochaines élections ukrainiennes n’ont pas de date fixe la loi martiale les suspend. Mais les sondages dessinent déjà une compétition. Si Zaloujny se présente, l’écart au premier tour serait de 2,7 points. Un espace que Zelensky a déjà comblé par le passé. Un espace qui, cette fois, pourrait ne pas se refermer.

La question n’est plus de savoir si Zelensky est affaibli. Elle est de savoir s’il peut reconstruire ce qui a été perdu : la confiance de ceux qui l’ont élu.

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