SONACAM : Ateh Bazor réélu, le défi des droits d'auteur commence maintenant
© Camer.be : Toto Jacques | 01 mai 2026 13:30:34 | 3135Jeudi dernier, l'Assemblée générale de la SONACAM a rendu son verdict. Le Dr Ateh Bazor conserve la présidence du Conseil d'administration de la Société Nationale Camerounaise de l'Art Musical avec une majorité écrasante. La question n'est plus de savoir s'il dirige. Elle est de savoir comment.
Ce qui s'est passé : un plébiscite historique
La Société Nationale Camerounaise de l'Art Musical a tenu son Assemblée générale ordinaire ce jeudi. À l'issue du scrutin, le Dr Ateh Bazor a été largement reconduit à la tête du Conseil d'administration avec 733 voix, contre 45 seulement pour son adversaire.
Ce score représente plus de 94 % des suffrages exprimés. Dans le secteur de la gestion collective des droits d'auteur au Cameroun, un tel résultat est inédit. Il traduit un soutien massif des artistes sociétaires à la vision portée par le président sortant.
Pourquoi un tel score ? Les causes profondes
Le résultat ne s'explique pas uniquement par la popularité personnelle du Dr Bazor. Il reflète une réalité structurelle : en l'absence de concurrent crédible et fédérateur, les artistes membres ont massivement convergé vers la continuité.
La SONACAM traverse depuis plusieurs années des turbulences internes. Des tensions persistent autour de la répartition et de la transparence dans la gestion des droits d'auteur. Face à cette instabilité, les sociétaires ont vraisemblablement privilégié la stabilité à la rupture.
Ce choix est rationnel. Une transition chaotique dans une société de gestion collective fragilise les mécanismes de collecte et de redistribution. Les artistes le savent.
Les mécanismes en jeu : comprendre la SONACAM
La SONACAM se définit comme l'organisme officiel de gestion collective des droits d'auteur musicaux au Cameroun. Elle perçoit les redevances auprès des diffuseurs, producteurs et organisateurs d'événements, puis les redistribue aux artistes membres.
Ce modèle repose sur la confiance. Sans elle, les artistes contestent les répartitions, les affiliations chutent, et la légitimité de l'institution s'érode. C'est précisément ce cercle vicieux que le nouveau mandat d'Ateh Bazor doit briser.
Le Conseil d'administration dispose désormais d'un mandat clair pour engager des réformes. La gouvernance interne, la numérisation des processus de collecte, et la communication avec les sociétaires constituent les trois chantiers prioritaires identifiés par les observateurs du secteur.
Ce que ce mandat change concrètement
La priorité sera de restaurer le dialogue interne. Les 45 voix de l'opposition ne sont pas négligeables : elles représentent une minorité active, susceptible de structurer une contestation durable si elle n'est pas intégrée dans les processus décisionnels.
Le Dr Bazor devra également produire des résultats visibles sur la gestion des droits d'auteur : délais de reversement, transparence des comptes, accessibilité des données pour les artistes.
À moyen terme, sur trois à cinq ans, l'enjeu est plus stratégique. Le marché musical camerounais est en pleine mutation numérique. Les plateformes de streaming redistribuent les rapports de force entre créateurs, distributeurs et sociétés de gestion. La SONACAM doit se moderniser pour rester pertinente ou risquer d'être contournée par des solutions alternatives, locales ou internationales.
L'industrie musicale africaine observe. Ce que le Cameroun construira ici peut servir de modèle ou de contre-exemple pour les organismes similaires à travers le continent.
La vraie épreuve commence
733 voix accordent une légitimité. Elles n'accordent pas un blanc-seing. Le Dr Ateh Bazor dispose aujourd'hui d'un capital politique rare dans l'histoire de la SONACAM. La vraie question est de savoir s'il transformera ce plébiscite en réforme durable, ou si ce score historique ne sera, dans cinq ans, que le souvenir d'une occasion manquée.
Les artistes camerounais ont voté. Ils attendent maintenant d'être payés équitablement, transparence et dans les délais.
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