Mama Ohandja : le dernier chant du Rossignol
© Sopieprod : Hilaire SOPIE | 24 janv. 2026 16:59:53 | 6267Le Cameroun a perdu l’une de ses plus grandes voix. Mama Ohandja, figure emblématique du bikutsi et monument de la musique camerounaise, s’est éteint après plus d’un demi-siècle de carrière. Celui que l’on surnommait affectueusement « Le Rossignol » laisse derrière lui un héritage artistique immense et une empreinte indélébile dans le patrimoine culturel africain.
Son dernier grand hommage s’est tenu le 22 décembre 2024 au Musée National de Yaoundé, à l’initiative de l’Association Umbrella For Youth, dirigée par sa fille Blanche Ekoh Mama. Sur scène, artistes camerounais et français, musiciens traditionnels et orchestres modernes ont revisité son riche répertoire dans une fusion de bikutsi, jazz, rumba et soukous. Ému aux larmes, l’artiste confiait alors : « Merci pour cet hommage que l’on me rend de mon vivant… » Ce concert restera comme sa dernière apparition scénique.
Né en 1942 à Ebanga (Lékié), Mama Ohandja grandit dans une famille de musiciens traditionnels. Dès les années 1960, il se forge une réputation dans les cabarets avant de s’imposer dans les années 1970 avec Confiance Jazz et le Ballet Eton de la Lékié. À contre-courant des influences congolaises dominantes de l’époque, il valorise les sonorités locales et modernise le bikutsi, rythme ancestral beti signifiant littéralement « frapper le sol ».
Artiste complet, chanteur, arrangeur, danseur et chorégraphe, il enchaîne les succès, dont “Super Man Ebouan”, “Alug”, “Chérie Marie” ou “Longue Bouche”. Sa musique, mêlant balafons, tam-tams et instruments électriques, traverse les générations et les continents. Installé en France dès 1992, il invente en 2007 le “balafson”, dispositif permettant de reproduire le son du balafon à la guitare, contribuant ainsi à internationaliser le bikutsi.
Au fil de sa carrière, il collabore avec des artistes de renom comme Manu Dibango, Salif Keita ou Peter Gabriel, participe à de nombreux festivals internationaux et reçoit plusieurs distinctions. Engagé, il utilise aussi sa voix pour porter des messages sociaux et culturels.
Des cérémonies officielles aux grandes scènes internationales, Mama Ohandja aura accompagné l’histoire du Cameroun en musique. Aujourd’hui, c’est une véritable bibliothèque sonore qui s’éteint, mais dont les échos continueront de faire vibrer le bikutsi bien au-delà des frontières.
Salut l’artiste.
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