Barthélémy Toguo : Le quêteur d’eau célébré à l’Unesco
© Camer.be : Par Alain Ndanga, à Paris | 26 mai 2026 01:46:14 | 4814L’artiste plasticien camerounais a livré une leçon inaugurale sur la question de l’eau, le 19 mai dernier, au siège de l’institution à Paris, dans le cadre de la Semaine africaine 2026.
Le soleil baigne Paris en cette journée du 19 mai. Au siège de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco), l’effervescence est palpable. Diplomates, artistes, intellectuels et officiels convergent vers l’antre de l’institution onusienne où se déploie la Semaine africaine. Cette édition, portée conjointement par le Groupe Afrique et l’Unesco, est placée sous le thème : « Assurer la disponibilité de l’eau et des systèmes d’assainissement sûrs pour atteindre les objectifs de l’Agenda 2063 ».
Il est environ 11 heures. De hautes personnalités de l’institution et des partenaires se succèdent au pupitre dressé à gauche du grand podium pour le festival des mots. Puis vient le tour de Barthélémy Toguo. L’artiste camerounais de renommée internationale, également Artiste de l’Unesco pour la paix, focalise l’attention. Reconnu pour sa parole rare, il saisit la tribune prestigieuse pour se prononcer sur l’eau comme l’un des combats majeurs de sa vie et de son œuvre.
Face à une assistance suspendue à ses mouvements, l’artiste déroule un témoignage intime et profondément humaniste. « L’eau habite ma mémoire depuis l’enfance. Je me revois partir très tôt le matin, avant l’école, pour aller chercher de l’eau au village, au Cameroun », confie-t-il. Une expérience fondatrice qui lui a appris, très tôt, que l’eau est un trésor fragile. Là où elle manque, elle devient presque sacrée.
Des décennies plus tard, le constat demeure alarmant. Pour des millions de personnes, l’accès à l’eau potable reste un combat quotidien. Barthélémy Toguo le martèle avec force : l’eau ne saurait être un privilège réservé à certains territoires ou à certaines catégories sociales ; elle est un droit fondamental. « Dans mes œuvres, les bouteilles, les jarres ou les récipients portent en eux la mémoire du manque, de l’attente et de la survie », souligne-t-il.
Bandjoun Station
À travers un diaporama projeté devant l’assistance, l’artiste dévoile plusieurs créations inspirées par l’élément eau : céramiques, dessins, acryliques et installations monumentales. Chaque médium devient un espace d’exploration de cette ressource vitale.
Dans ses aquarelles, explique-t-il, les couleurs s’entrelacent comme des courants en mouvement ; les formes flottent, se dissolvent et renaissent ailleurs. Les corps eux-mêmes semblent traversés de veines invisibles. Avec une sensibilité de poète, Barthélémy Toguo célèbre la puissance réparatrice de l’eau : « L’eau soigne, apaise et répare. L’eau est douceur. Même lorsqu’elle devient profondeur ou tempête, elle garde quelque chose de tendre. »
Mais dans son œuvre, l’eau n’est pas seulement source de vie. Elle devient aussi territoire d’exil, de migration et, parfois, de mort. À travers son œuvre monumentale Le Pilier des migrants, exposée au Musée du Louvre, il rappelle le drame des migrants africains traversant mers et océans au péril de leur vie. Nombre d’entre eux n’atteignent pas l’autre rive. Avec gravité, l’artiste souligne que les mers et les fleuves portent également une mémoire sombre, faite de séparation et de disparition.
La réflexion sur l’accès à l’eau se prolonge à Bandjoun Station, centre d’art qu’il a créé dans la région de l’Ouest du Cameroun.
Dans ce laboratoire d’engagement, l’artiste veille à ce que les résidents venus chaque année des quatre coins du monde, tout comme les populations riveraines, bénéficient d’infrastructures capables de produire et de distribuer de l’eau potable.
Engagé bien au-delà des galeries et des musées, Barthélémy Toguo s’est également illustré aux côtés du projet What Water, une initiative mobilisant les artistes autour de la collecte de fonds destinée à améliorer l’accès à l’eau.
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