ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE 2025 AU CAMEROUN : UNE QUESTION DE CRÉDIBILITÉ ET DE COHÉSION NATIONALE
© Correspondance : Guy Samuel Nyoumsi | 10 avr. 2025 07:15:47 | 10168L'organisation des élections présidentielles au Cameroun en 2025 ne saurait être crédible si elle se fait en écartant arbitrairement des candidats ayant occupé des positions majeures lors du scrutin de 2018.
En démocratie, la légitimité d'un processus électoral repose sur l'inclusion, la transparence et le consensus des acteurs impliqués.
L'exclusion du numéro 2 et du numéro 3 de la précédente élection ne ferait qu'accentuer la crise de confiance qui entoure le système électoral camerounais.
Dès 2022, nous avons alerté sur la nécessité d'un dialogue entre les parties prenantes du processus électoral afin d'établir un consensus sur des règles du jeu équitable.
Plusieurs propositions formulées par l'opposition doivent être examinées pour garantir un scrutin transparent et incontestable. Il est primordial que le président Paul Biya entende cet appel et s'inscrive dans une démarche inclusive pour ne pas donner raison à ceux qui prédisent une instabilité croissante.
Le climat politique actuel requiert une vigilance accrue. En effet, divers acteurs de la société civile, y compris l'Église et des organisations internationales, ont émis des mises en garde sur les risques de tensions si les élections ne sont pas perçues comme justes et inclusives. Il serait dangereux d'ignorer ces avertissements et de reproduire des scénarios qui, ailleurs, ont mené à des crises profondes.
Le Cameroun ne doit pas suivre la voie de certains pays ayant sombré dans le chaos faute de consensus électoral.
Le président Paul Biya lui-même a récemment insisté sur la nécessité de préserver l’équilibre national, ce qui conforte l’idée que le consensus autour du processus électoral doit être une priorité.
De plus, l'instrumentalisation de la question ethnique dans le débat pré-électoral constitue une menace réelle pour l'unité nationale. Certains discours tendent à exclure des candidats sur la base de leur origine, mettant ainsi en péril la cohésion nationale. Il est impératif de contrer ces narratifs en prônant une démocratie où chaque citoyen, indépendamment de son appartenance ethnique, peut aspirer aux plus hautes fonctions de l'État.
Une réforme profonde des institutions électorales s’impose. La mise en place d’une Commission électorale véritablement indépendante, dotée de moyens suffisants et placée sous la supervision d’organismes internationaux, garantirait la neutralité et la transparence du processus.
De plus, l’observation électorale par des missions étrangères et nationales crédibles devrait être systématisée pour assurer un suivi impartial.
L’histoire politique africaine récente regorge d’exemples de crises post-électorales qui ont fragilisé des nations entières. Du Kenya en 2007 à la Côte d'Ivoire en 2010, les contentieux électoraux mal gérés ont conduit à des violences meurtrières et à des déchirements sociaux profonds. Le Cameroun ne peut se permettre une telle dérive.
Dans ce contexte, nous exhortons les autorités camerounaises à adopter des mesures garantissant des élections libres, transparentes et inclusives. Cela passe notamment par la réforme du système électoral, une meilleure neutralité des institutions en charge du scrutin et l'assurance que tous les candidats répondant aux critères légaux puissent se présenter sans entrave politique.
Si de telles garanties ne sont pas apportées, le Cameroun risque de se diriger vers une période d'instabilité majeure, avec des contestations qui pourraient remettre en cause l'ordre républicain. Le souvenir des crises post-électorales dans divers pays d'Afrique doit nous servir de leçon. Il est encore temps d'agir pour éviter un scénario de confrontation et préserver la paix.
En ma qualité d'ancien chef de mission d'observation des élections de 2018 pour une organisation française, je mesure l'importance d'un processus électoral crédible pour la stabilité du pays.
C'est au nom de cette expérience et de mon engagement pour un Cameroun uni et prospère que j'appelle à une mobilisation collective, dépassant les clivages politiques, afin que les élections de 2025 soient un véritable tournant démocratique pour la nation. L’histoire nous observe, et nos responsabilités sont engagées.
Paris, le 02 /03/ 2025
Guy Samuel Nyoumsi
Président de Solidarité Africaine de France
Auteur de "La tragédie muette de l’esclavage en Mauritanie"
Contact : gsnyoumsi@gmail.com
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