Montpellier : le tramway, un support de création plastique à ciel ouvert
© Camer.be : Alain Ndanga | 26 déc. 2025 10:54:37 | 5994Bien au-delà de leur fonction de transport urbain, les cinq lignes de tramway de Montpellier s’imposent comme de véritables œuvres d’art en mouvement, où la mobilité quotidienne se conjugue à l’expression plastique contemporaine.
À Montpellier, création artistique et mobilité urbaine sont intimement liées et se nourrissent mutuellement. La tradition amorcée en 2000, se perpétue en se réinventant au fil des lignes et des générations d’artistes. Chaque tram porte dans son œuvre mobile un élément de la nature. Après l’air, imaginé par Élisabeth Garouste et Mattia Bonetti pour la ligne 1, la terre signée Mattia Bonetti sur la ligne 2, puis l’eau et le feu sublimés par Christian Lacroix sur les lignes 3 et 4, l’artiste camerounais Barthélémy Toguo est venu compléter ce cycle naturel en apportant le vert, symbole du végétal et du vivant.
L’artiste Unesco pour la Paix, promoteur de Bandjoun Station (centre d’art construit dans la région de l’Ouest(Cameroun), Barthélémy Toguo, a su conquérir le cœur des Montpelliérains. Son œuvre Feuilles de vie, habillant les rames de la ligne 5, a été accueillie avec un enthousiasme manifeste lors de la mise en service du nouveau tracé, le 20 décembre dernier. Sur le quai du parc Clemenceau, les réactions des usagers traduisaient une adhésion immédiate à cette proposition artistique audacieuse.
« C’est le premier de ma sélection », confiait une septuagénaire, fière d’avoir établi son propre classement des cinq lignes de tramway de la ville. À la main, elle conservait précieusement un gobelet orné du motif Feuilles de vie, comme un souvenir tangible de cette rencontre entre l’art et l’espace public. Intarissable, elle multipliait les éloges à l’endroit de Barthélémy Toguo, saluant ave tous les superlatifs, la puissance non seulement esthétique, mais surtout symbolique de son œuvre.
La ligne 5, ce sont 27 stations sur 16 kilomètres de tracé, desservant près de 100 000 habitants. Sa réalisation a mobilisé environ 200 entreprises et généré 11 000 emplois directs et indirects. Le parcours irrigue plus de dix parcs et jardins et s’accompagne de plus de 20 kilomètres d’aménagements cyclables. L’investissement global s’élève à 440 millions d’euros, financés par Montpellier Méditerranée Métropole, avec le concours de l’État — à hauteur de 34,6 millions d’euros, dont 31,4 millions via l’Agence de financement des infrastructures de transport et 3,2 millions au titre de la dotation régionale d’investissement Occitanie 2021 — et de la Région Occitanie, qui a contribué à hauteur de 31,4 millions d’euros.
Chaque ligne traduit un univers et une démarche artistique. Sur la ligne 1, Élisabeth Garouste et Mattia Bonetti invitent les usagers à voyager dans l’air. Leur choix s’est porté sur l’hirondelle, oiseau migrateur emblématique du Sud, symbole de jeunesse, de fidélité et de pureté. Elle incarne également l’aspiration vers l’avenir et l’esprit de solidarité, exprimant le sens profond de la communauté.
Avec la ligne 2, Mattia Bonetti ramène les voyageurs sur terre. Les rames, couvertes de fleurs multicolores, renforcent « l’idée de liberté et de fantaisie » tout en prolongeant le lien avec la nature, la couleur et le soleil. Pour la ligne 3, Christian Lacroix place l’eau au cœur de la création, témoignant de la proximité de la métropole avec les rivages maritimes. L’artiste signe également l’identité visuelle de la ligne 4, placée sous le signe du feu. Les regards se posent alors sur une « robe dorée, brodée de perles et de sequins, rehaussée de pierreries et de bijoux », référence explicite au soleil languedocien. Sur la partie basse des flancs, des motifs architecturaux d’inspiration végétale, dans le style du XVIIIᵉ siècle, représentent les emblèmes de Montpellier : la fontaine des Trois Grâces et le château d’eau du Peyrou. Un design répondant au souhait de Georges Frêche d’évoquer l’histoire de la ville sur une ligne desservant son cœur patrimonial.
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