Yaoundé : 3 000 taxis en fourrière pour QR code manquant
© Camer.be : Onana Nestor | 08 oct. 2026 15:20:00 | 310Plus de 3 000 taxis mis en fourrière à Yaoundé pour non-conformité au QR code. Les syndicats dénoncent des contrôles lancés trop tôt. La mairie assume.
Le dispositif d'identification numérique impose un QR code et un numéro unique sur chaque taxi. 20 000 véhicules sont enregistrés, mais des centaines de chauffeurs attendent encore leur régularisation.
Ils sont plus de 3 000. Depuis le début de la semaine, leurs taxis ont été conduits en fourrière à Yaoundé. Motif : l'absence du QR code et du numéro unique exigés par le nouveau dispositif d'identification numérique de la Communauté urbaine.
Le parc est estimé à plus de 30 000 véhicules. Plus de 20 000 sont déjà enregistrés. Mais des centaines de chauffeurs font encore la queue à l'Hôtel de Ville. Les syndicats disent que les contrôles sont arrivés trop tôt. La mairie répond que tout le monde a eu le temps.
Le dispositif : un QR code sur chaque portière
Le principe est simple. Depuis le 3 juillet 2026, chaque taxi de Yaoundé doit s'enregistrer sur la plateforme Taxi-Yaoundé.com. Une fois le dossier validé, le chauffeur reçoit un badge professionnel avec un QR code personnel. Le véhicule, lui, obtient un numéro de portière unique et infalsifiable.
Ces éléments remplacent les anciens numéros peints à la main. Le QR code est collé sur la portière avant du taxi. En le scannant avec un smartphone, le passager accède à l'identité du conducteur et à la conformité du véhicule.
L'opération d'enregistrement, entièrement gratuite, devait se poursuivre jusqu'au 5 octobre 2026. Elle a été développée avec l'appui technique de la coopération allemande, la GIZ, dans le cadre du Projet de mobilité urbaine de Yaoundé.
La fourrière : 3 000 véhicules saisis
Le 5 octobre est passé. Le 6, les contrôles ont commencé. Le 8, RFI rapportait que plus de 3 000 taxis avaient été mis en fourrière depuis le début de la semaine.
Des centaines de chauffeurs font désormais la queue devant l'Hôtel de Ville pour régulariser leur situation et obtenir les nouveaux éléments d'identification. Selon des observations, le processus de récupération pose problème. Notamment l'absence de reçus lors du paiement des frais de mise en fourrière.
Nous n'avons pas pu obtenir de chiffres officiels sur le nombre exact de véhicules encore immobilisés à l'heure où nous écrivons. La Communauté urbaine n'a pas communiqué de bilan précis.
Les syndicats contestent
La grogne monte. Les syndicats de transporteurs contestent le lancement des opérations de contrôle alors que certains conducteurs n'auraient pas encore achevé leur régularisation.
« On a déjà réussi à en enregistrer plus de 20 000. Vous comprenez que ceux-ci... », a déclaré Patrick Mfoulou, responsable municipal des transports publics, à RFI. Il estime que le parc total dépasse les 30 000 véhicules. Autrement dit : entre 8 000 et 10 000 taxis n'étaient pas encore en règle au moment où les contrôles ont débuté.
Les syndicats reprochent à la mairie de ne pas avoir accordé de délai supplémentaire. Roger Nzodom, président du Syndicat national des conducteurs professionnels de transport et ouvriers du Cameroun, reconnaît que le dispositif « ne peut pas sortir définitivement l'insécurité des taxis ». Une critique qui porte moins sur le principe que sur la méthode.
La mairie assume
La position de la Communauté urbaine est claire. Les propriétaires et chauffeurs concernés ont disposé de suffisamment de temps pour effectuer les démarches. L'opération a été ouverte le 3 juillet. Elle a duré plus de trois mois.
« Tout véhicule non enregistré sera mis en fourrière », avait prévenu la mairie dès le 15 septembre dans les colonnes de Cameroon Tribune. Le message n'a pas changé.
Interrogé par RFI, Patrick Mfoulou maintient la ligne. Le dispositif vise à créer une base de données centralisée des chauffeurs de taxi, à lutter contre l'insécurité urbaine et à moderniser un secteur largement informel.
Les enjeux : sécurité, formalisation, emploi
Derrière le QR code, il y a un enjeu de sécurité. Yaoundé compte environ 4 millions d'habitants. Les taxis sont le principal mode de transport urbain. Les passagers sont régulièrement exposés à des risques : agressions, arnaques, véhicules non assurés.
Le dispositif doit permettre de vérifier l'identité du chauffeur et la conformité du véhicule. Il vise aussi à formaliser un secteur où une grande partie des conducteurs travaille sans contrat ni protection sociale.
Mais la formalisation a un coût. Les frais de fourrière s'ajoutent aux dépenses des chauffeurs. Et la période de transition n'a pas été anticipée.
Un observateur du secteur des transports urbains, qui a requis l'anonymat, résume : « Le principe est bon. La méthode pose problème. On ne met pas 3 000 véhicules en fourrière sans avoir une porte de sortie rapide pour ceux qui ont fait l'effort de s'enregistrer. »
La question qui monte dans les rangs des chauffeurs est simple : combien de temps pour récupérer un taxi mis en fourrière ? Et combien ça coûte ?
La Communauté urbaine n'a pas non plus précisé si un délai supplémentaire serait accordé pour les enregistrements en cours.
Une chose est sûre : à Yaoundé, le taxi ne sera plus jamais tout à fait le même. Le QR code est là. Reste à savoir combien de temps la transition prendra. Et à quel prix.
Qu'est-ce que le dispositif d'identification numérique des taxis à Yaoundé ?
Un système qui attribue à chaque chauffeur un QR code personnel et à chaque véhicule un numéro de portière unique et infalsifiable. Le QR code permet aux passagers de vérifier l'identité du conducteur.
Combien de taxis ont été enregistrés ?
Plus de 20 000 sur un parc estimé à plus de 30 000 véhicules, selon Patrick Mfoulou, responsable municipal des transports publics.
Pourquoi les taxis sont-ils mis en fourrière ?
Pour non-conformité au dispositif. Le délai d'enregistrement a expiré le 5 octobre 2026. Les contrôles ont commencé le 6.
Les syndicats sont-ils contre le dispositif ?
Ils contestent le lancement des contrôles alors que des chauffeurs n'ont pas encore achevé leur régularisation. Ils ne remettent pas en cause le principe du QR code.
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