Victory University : Pierre Nkou Abina voit sa thèse annulée
© Camer.be : Myriam Zouga | 07 oct. 2026 17:14:00 | 349Le MINESUP a déclaré nulle la soutenance de thèse organisée par Victory University International. Aucun diplôme délivré par cet établissement n'est reconnu au Cameroun.
Le Chancelier des Ordres Académiques a déclaré « nulle et de nul effet » la soutenance de doctorat de Pierre Nkou Abina, organisée le 29 septembre 2026 par un établissement qui ne figure pas au registre des institutions autorisées.
Le mardi 29 septembre 2026, une soutenance de thèse de doctorat en Business Administration se tient à Yaoundé. Le candidat s'appelle Pierre Nkou Abina. L'établissement organisateur : Victory University International. Le samedi 3 octobre, la CRTV en diffuse un reportage. Le lundi 6 octobre, le MINESUP publie un communiqué. La soutenance est nulle. L'établissement n'est pas autorisé. Aucun diplôme délivré par Victory University International ne sera reconnu au Cameroun. Voici ce que cela signifie.
29 septembre 2026 : une soutenance sous les projecteurs
La scène se déroule à Yaoundé. Un jury. Un candidat, Pierre Nkou Abina. Une thèse de doctorat en Business Administration. L'établissement qui organise : Victory University International.
La soutenance a lieu. Des enseignants y participent, en présentiel ou par visioconférence. Le samedi 3 octobre, le journal bilingue de 19 h 30 de la CRTV Télé consacre un reportage à l'événement.
C'est ce reportage qui aurait mis le feu aux poudres.
6 octobre 2026 : le communiqué qui change tout
Le lundi 6 octobre, le Ministre d'État, Ministre de l'Enseignement Supérieur, Chancelier des Ordres Académiques, le Professeur Jacques Fame Ndongo, signe un communiqué à Yaoundé.
Le texte est sans ambiguïté. La soutenance de Pierre Nkou Abina est déclarée « nulle et de nul effet ». Le motif : l'établissement organisateur n'est pas autorisé à exercer au Cameroun.
Victory University International ne figure pas au registre des institutions d'enseignement supérieur autorisées à mener des activités académiques sur le territoire national. Le communiqué en tire une conséquence plus large : aucun diplôme délivré au Cameroun par Victory University International n'est reconnu par les services du MINESUP.
La Commission nationale de la formation doctorale entre en scène
Le communiqué apporte une précision réglementaire importante. L'ouverture des programmes de doctorat/PhD et le recrutement des étudiants dans ces formations relèvent désormais de la régulation de la Commission nationale de la formation doctorale.
Cette commission, instituée par le Premier ministre Joseph Dion Ngute, est chargée d'harmoniser les modalités de sélection et de formation en doctorat sur l'ensemble du territoire. Ses missions incluent la fixation du calendrier annuel des recrutements, la détermination des domaines prioritaires de la recherche, l'arrêté du quota national annuel de doctorants et la répartition de ce quota entre les établissements.
En avril 2026, le MINESUP avait déjà publié un communiqué rappelant qu'aucun établissement privé d'enseignement supérieur opérant au Cameroun n'est habilité à dispenser des formations conduisant au Doctorat (PhD). Le texte précisait également qu'aucune autorisation n'a été accordée pour des programmes doctoraux dits « offshore » sur le territoire national.
Les enseignants du jury désormais sous surveillance
Le communiqué du 6 octobre comporte un rappel sévère adressé aux enseignants des universités d'État et des institutions privées d'enseignement supérieur.
Le Chancelier des Ordres Académiques leur signale que toute participation, en présentiel ou par visioconférence, à un jury de soutenance organisé par un organisme non habilité constitue une violation de l'éthique et de la déontologie universitaires. La raison est explicitement mentionnée : cette participation contribue à légitimer la soutenance.
Les contrevenants s'exposent aux sanctions prévues par la réglementation en vigueur.
Le cadre juridique : ce que dit la loi camerounaise
L'enseignement supérieur privé au Cameroun est régi par la loi n° 005 du 16 avril 2001 et le décret n° 2001/832/PM du 19 septembre 2001.
Ce décret fixe les règles communes applicables aux institutions privées. Il prévoit que les institutions fonctionnent sous les régimes de l'autorisation, de l'agrément et de l'homologation. Toute ouverture est accordée par arrêté du Ministre chargé de l'enseignement supérieur, après avis d'une commission nationale.
Le décret prévoit également des sanctions en cas de manquement. La fermeture ou l'apposition de scellés peut être ordonnée suivant les formes et procédures prévues par la réglementation en vigueur.
Pour les enseignants, les sanctions disciplinaires peuvent aller de l'avertissement à la révocation. Dans certains cas, la radiation de la liste d'aptitude au grade supérieur peut être prononcée pour une durée déterminée.
Un phénomène qui n'est pas isolé
L'affaire Victory University International n'est pas un cas isolé. Le 1er octobre 2026, le MINESUP a publié un communiqué mettant en garde contre cinq établissements privés diffusant de fausses informations sur la possibilité d'obtenir un BTS ou un HND exclusivement en ligne.
Les établissements cités étaient : JSF Polytechnic of Buea, Chitechma University, Hope University Institute, Bernice University of Buea et Kesmonds International University.
Le communiqué qualifiait ces allégations d'« infondées » et de « supercherie ». Il rappelait que ces formations ne sont « pas réalisables dans le cadre réglementaire actuel ».
En octobre 2025, le gouvernement avait déclaré illégale l'École Supérieure de Journalisme de Paris (ESJ Paris) basée à Douala. L'établissement n'était pas agréé par l'État du Cameroun pour exercer des activités d'enseignement supérieur sur le territoire national.
Ce que cela change pour les étudiants
Pour Pierre Nkou Abina, la conséquence est directe. Sa soutenance est nulle. Son diplôme de doctorat n'a aucune valeur.
Pour les autres étudiants qui auraient été inscrits à Victory University International, la situation est plus confuse. Le communiqué du MINESUP ne précise pas le sort qui leur sera réservé. Le ministère recommande aux étudiants et aux parents de vérifier systématiquement si un établissement figure au registre des institutions autorisées avant toute inscription. Il rappelle que les services compétents l'Inspection générale des affaires académiques et la Direction du développement de l'enseignement supérieur sont disponibles pour fournir des informations fiables.
La question que personne ne pose
Combien d'étudiants sont aujourd'hui inscrits dans des établissements non autorisés au Cameroun ? Combien de diplômes sans valeur ont été délivrés ? Combien de carrières professionnelles reposent sur des titres académiques que l'État ne reconnaît pas ?
Le MINESUP ne publie pas de chiffres. Mais la multiplication des mises en garde, ces derniers mois, suggère que le phénomène est loin d'être marginal.
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