Féminicides / Novembre 2026 : Ces engagements aux lois qui placent le parlement face à l'histoire
© Camer.be : Caroline Bassomo | 06 oct. 2026 10:23:00 | 1031Le plaidoyer de la Ligue pour l'Éducation de la Femme et de l'Enfant ( LEFE), ONG agréée par arrêté MINAT N°000351 du 28 octobre 2025, fondée par Pauline BIYONG
Le 6 novembre 2026, le Cameroun célébrera le premier an du septennat. Un an de promesses. Un an d'engagements pris au plus haut sommet de l'État pour protéger les plus vulnérables.
Pour la LEFE, le moment est venu de passer des discours aux actes. Et ce moment a un nom : la session parlementaire de novembre 2026.
Une crise nationale, pas un fait divers
Ce n'est pas une impression. C'est une crise. En août 2026 : 8 femmes tuées en 8 jours. Une femme par jour. Décompte médiatique. De janvier à avril 2026 : 50 féminicides et 1 599 cas de violences basées sur le genre dont 166 viols, chiffres donnés par le MINPROFF lui-même devant l'Assemblée Nationale le 19 juin 2026. 44% des femmes ayant vécu en union déclarent avoir déjà subi des violences d'un partenaire (EDS 2018).
Le danger laisse des signaux que nous connaissons : menaces de mort, étranglement, arme à la maison, violences pendant la grossesse, traque, isolement. Étranglement + menace de mort + arme = alerte maximale.
La loi punit le meurtre et le viol, mais elle ne protège pas assez vite. Il n'y a pas d'ordonnance de protection en 24h. Pas de guichet unique. Pas de parcours intégré.
Le Cameroun en retard sur l'Afrique
Sur 54 pays africains, 38 ont déjà une loi spécifique contre les violences faites aux femmes et 24 ont un Code de la Famille. Le Cameroun n'a ni l'un ni l'autre.
En Afrique centrale, le Congo a voté sa loi Mouébara en 2022, le Gabon en 2021, la RCA en 2006. Parmi les francophones, le Bénin a son Code depuis 2004, le Mali depuis 2011, le Togo depuis 2012, et le Burkina Faso vient de réadopter son nouveau Code le 1er septembre 2025. Le Cameroun reste dans le petit groupe des pays sans Code, avec le Tchad et le Niger.
Le gouvernement le sait. Le MINPROFF vient d'organiser une rencontre interministérielle majeure en octobre 2026, mobilisant 13 acteurs clés : Ministère de la Justice, DGSN, MINAS, MINEDUB, MINESEC, MINESUP, MINCOM, MINDDEVEL, CRTV, CDHC, Orange Cameroun, Camtel. Le MINPROFF parle lui-même de préoccupation absolue. Ces concertations doivent maintenant s'étendre à la société civile et surtout, déboucher sur des lois.
L'alerte juridique : ne pas se tromper de loi
C'est ici que le plaidoyer devient un cri d'alarme.
Depuis novembre 2023, un processus exemplaire a été mené : Kribi 2023, Mbankomo 2024, Ebolowa 2026. Toutes les OSC et tous les Ministères, y compris la Primature, ont travaillé ensemble et ont abouti à un consensus autour d'un avant-projet de 64 articles : la Loi sur les Violences Basées sur le Genre.
Une loi moderne qui définit les violences basées sur le genre, les incrimine, les sanctionne, avec un volet prévention avec ordonnance d'éloignement, un volet protection, un volet réparation et prise en charge.
Me Yvonne Léopoldine AKOA, Présidente nationale de l'ACAFEJ - Association Camerounaise des Femmes Juristes, alerte aujourd'hui, en toute responsabilité : sans associer les OSC, cet avant-projet aurait été modifié dans sa substance et son libellé pour devenir une loi portant prévention, prise en charge et répression des violences contre les femmes et les enfants.
L'ACAFEJ est formelle : une loi femmes et enfants ne peut être substituée à une loi sur les violences basées sur le genre.
Les fondements sont différents. Les enfants sont protégés en raison de leur âge et de leur vulnérabilité intrinsèque. Les femmes sont protégées contre les violences basées sur le genre en raison des discriminations structurelles et des rapports inégalitaires entre les hommes et les femmes.
Remplacer une loi sur les violences basées sur le genre par une loi sur les femmes et les enfants revient à déplacer le fondement de la protection : d'une approche fondée sur la lutte contre les discriminations vers une approche fondée sur la vulnérabilité. La violence basée sur le genre n'est pas une simple question de vulnérabilité. C'est une violation des droits humains et une manifestation de la discrimination au sens de la Cedef.
Le Cameroun sera examiné en 2027 par le Comité Cedef sur la base de la liste de points adoptée en février 2026. Le Comité attend précisément des comptes sur cette loi.
Réduire le genre à femmes et enfants vide le concept de sa substance transformatrice.
Les deux exigences pour novembre 2026
La LEFE rejoint l'ACAFEJ et lance un appel solennel au Gouvernement, aux Députés et aux Sénateurs
Faites de la session de novembre 2026, celle de l'adoption des bonnes lois.
01 - La vraie loi sur les violences basées sur le genre, dans sa version originale de 64 articles. Celle qui a fait consensus. Qui reconnaît les violences économiques, numériques, obstétricales, le contrôle coercitif. Qui prévoit l'ordonnance de protection et d'éloignement en moins de 24h, le guichet intégré par département, le parcours santé, police, justice et la gratuité de la preuve médico-légale.
02 - Le Code des Personnes et de la Famille. Attendu depuis plus de 20 ans. Pour garantir l'égalité, la sécurité juridique des familles et la protection des enfants.
Qui fixe le mariage à 20 ans sans dispense, interdit le mariage forcé, reconnaît le viol conjugal, protège le logement familial, reconnaît le travail domestique non monétaire, impose l'obligation de reconnaissance par le père et garantit l'égalité successorale filles et garçons.
Nous ne demandons pas seulement un vote. Nous demandons des lois effectives : un budget dédié, des mécanismes de protection dans les 10 régions, des hébergements d'urgence, la formation obligatoire des magistrats, policiers et soignants, et des données publiques trimestrielles.
Le 6 novembre ne doit pas être seulement une célébration. Il doit être une concrétisation.
L'histoire jugera ce Parlement non pas sur le nombre de lois votées, mais sur celles qui auront sauvé des vies.
Les femmes et les enfants ne peuvent plus attendre. Mais ils attendent les bonnes lois.
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