Casses à Yaoundé : Mokolo Elobi fait les frais
© Mutations : Manuela Mayugo | 01 sept. 2015 10:09:36 | 7298Après avoir démoli des marchés et des restaurants à Mimboman, au Centre-ville et à Hawaï, la communauté urbaine frappe cette fois dans cette zone.
C’est aux environs de 9 heures, ce lundi 31 août 2015, que les agents de la communauté urbaine de Yaoundé (Cuy) ont fait irruption au marché de Mokolo Elobi pour continuer leur projet d’assainissement de la ville. Ils étaient comme toujours accompagnés des éléments de la police antiémeutes chargés de pallier à toute tentative de manifestation. A leur arrivée, les commerçants étaient en pleine vente, ne se doutant pas de ce qui allait suivre. Les policiers se sont dispersés dans le marché, ordonnant aux marchands de quitter les lieux.
Aucune résistance n’est opposée, seule une supplication est formulée, celle de pouvoir libérer les comptoirs et les boutiques de leurs marchandises. Lassa, un vendeur du quartier Briqueterie, qui habite aux abords du marché, a vu toute la scène et affirme qu’« ils sont arrivés avec leur camion et ont demandé à tout le monde de s’en aller. Les commerçants ont commencé à partir en courant ». Il a été appelé par son ami, qui lui, avait une boutique de matelas dans le marché, pour l’aider à transporter ses produits.
Trente minutes plus tard, les travaux de démolition commencent, aucun bâtiment ou entrepôt n’est épargné. Les commerçants, aux alentours, voient leur gagne-pain partir en fumée. L’on entend ici des cris et là des pleurs. « Que vais-je faire maintenant ? Et la rentrée ? », se lamente une commerçante, les mains sur la tête et le pagne au sol. Elle a à ses côtés deux petits enfants qui illustrent ses propos.
Au départ de la police et des membres de la communauté urbaine, la désolation persiste. De nombreux morceaux de bois et de planches jonchent le sol, les parpaings sont en miettes et plus aucun commerce n’est visible sur la place. D’autres essayent même de reconstituer des moteurs de voiture avec des pièces détachées éparpillées un peu partout. A l’aide de sacs, de brouettes ou même de leurs propres mains, les enfants, tout comme les parents, récupèrent du bois gratuit. Il s’y est aussi ouvert un commerce de bois pour les usagers qui passent par là et s’arrêtent, consternés par le spectacle. La foule semble être encore plus immense qu’au moment de la casse. Un camion garé en face du marché en ruines récupère le semblant de marchandise qui a échappé aux démolitions. Les lamentations, de plus en plus récurrentes, sont toutes tournées vers l’imminence de la rentrée scolaire.
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