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Affaire Zogo : « Je crains pour ma vie », écrit un colonel

Le lieutenant-colonel Ayissi Nanga demande protection pour témoigner dans l'affaire Zogo. Menaces, filatures, tentative d'homicide : sa lettre au ministre. 

Un officier supérieur de l'armée camerounaise a fait irruption dans la salle d'audience, tremblant, pour implorer la protection des juges avant de livrer ses vérités.

Le lieutenant-colonel Ayissi Nanga Parfait Arnaud a demandé la protection du Tribunal militaire de Yaoundé ce 13 octobre 2026. Dans une lettre adressée au ministre délégué à la Présidence chargé de la Défense, l'officier affirme avoir été victime d'une tentative d'homicide à Ebolowa dans la nuit du 19 au 20 août 2026, et faire l'objet de menaces téléphoniques et de filatures. Il veut témoigner dans l'affaire Martinez Zogo. Mais pas sans protection.

La scène a duré quelques minutes. Elle restera dans les annales de ce procès.

Un témoin pas comme les autres

Le lieutenant-colonel Ayissi Nanga Parfait Arnaud n'est pas un figurant dans le dossier Martinez Zogo. En janvier 2023, quand le corps du journaliste est retrouvé à Soa, il commande le Groupement de Gendarmerie Territoriale du Mfoundi. C'est lui que le sous-lieutenant Legrand Ngamby alerte après avoir reçu des messages de Justin Danwe, alors directeur des opérations à la DGRE.

Ces messages, documentés, remontent au 30 décembre 2022. Danwe y demande d'« administrer une correction » à Martinez Zogo. Le journaliste, disait-il, « parle mal de mon chef ». Ngamby refuse. Mais il conserve les échanges. Quand Zogo disparaît le 17 janvier 2023, Ngamby comprend. Il contacte son supérieur, Ayissi Nanga. C'est cette alerte qui déclenche les interpellations d'Eko Eko, de Danwe, puis des membres du commando.

La question qui dérange

Pendant l'opération du commando, la connexion internet sur les téléphones de ses membres a été coupée. Deux heures. Une coupure ciblée. Pas un problème général. Ayissi Nanga a voulu comprendre. Il a adressé des réquisitions aux opérateurs Camtel, Orange et MTN pour identifier l'origine de cette coupure.

Cette démarche aurait déplu. Selon le récit rapporté par le politologue Moussa Njoya, l'officier aurait été écarté de la commission d'enquête mixte police-gendarmerie. Il avait posé la question qui dérangeait : qui a ordonné la coupure ? Pourquoi ces numéros précis ?

Ce que dit la lettre

Dans sa correspondance enregistrée le 13 octobre 2026 à la Direction de la justice militaire, le lieutenant-colonel Ayissi Nanga écrit : « Après l'expédition menaçante et même la tentative d'homicide dont j'ai été victime à Ebolowa dans la nuit du 19 au 20 août dernier, faits perpétrés par l'un des accusés et ses complices en liberté, j'ai la certitude d'être surveillé par des inconnus à l'apparence dangereuse. »

Il évoque des « menaces sérieuses dont je détiens les preuves », des individus qui « scrutent mes mouvements, dans le but d'influencer ma conduite devant le Tribunal ». Il parle aussi de « promesses juteuses » pour le dissuader de déposer. Et il attribue ces faits à « des personnes bien connues et déterminées, qui ne me laisseront tranquille que lorsque j'aurai déposé en tant que témoin devant le Tribunal ».

Sa requête est limpide : « Je vous prie de bien vouloir considérer les risques énormes qui pèsent sur ma vie, et de m'obtenir de passer devant le Tribunal pendant les audiences prévues cette semaine. »

L'irruption dans la salle

Ce 13 octobre 2026, l'ambiance était déjà lourde au Tribunal militaire de Yaoundé. Les débats portaient sur les aspects techniques du dossier. Le lieutenant-colonel Dieudonné Bialo, chef du Service central des recherches judiciaires, présentait le croisement de la vidéosurveillance et du traçage GPS. Les avocats de la défense s'escrimaient à démonter la validité de ces preuves.

C'est alors qu'Ayissi Nanga est entré. Tremblant. Selon plusieurs récits concordants, il est venu implorer la protection des juges avant de livrer ses vérités. Un officier supérieur de l'armée camerounaise qui demande à un tribunal militaire de protéger sa vie pour pouvoir dire la vérité.

Ce que cela change

L'affaire Martinez Zogo n'est plus seulement celle des 17 accusés dans le box. C'est le miroir des fractures les plus sombres de l'appareil sécuritaire camerounais. Si un officier supérieur doit trembler pour témoigner, que peut espérer un simple civil ?

Le tribunal militaire doit se prononcer sur la requête d'Ayissi Nanga. Et sur les suites à donner à l'incident du 13 octobre. Une chose est sûre : ce procès vient de changer de nature.


Pourquoi le lieutenant-colonel Ayissi Nanga demande-t-il protection ?
Dans une lettre du 13 octobre 2026, il affirme avoir été victime d'une tentative d'homicide à Ebolowa en août 2026 et faire l'objet de menaces téléphoniques, de filatures et de propositions financières pour le dissuader de témoigner.

Quel est son rôle dans l'affaire Martinez Zogo ?
En janvier 2023, il commandait le Groupement de Gendarmerie Territoriale du Mfoundi. C'est lui qui a été alerté par le sous-lieutenant Legrand Ngamby après la réception des messages de Justin Danwe demandant d'« administrer une correction » à Martinez Zogo.

Le Code de procédure pénale camerounais protège-t-il les témoins ?
L'article 218 prévoit des mesures de protection pour les victimes et témoins de crimes. Mais ces dispositions restent générales et ne donnent pas au président du tribunal des moyens opérationnels contraignants.

Que risque un témoin menacé au Cameroun ?
Le Code ne prévoit pas de mécanisme spécifique de relogement, de protection rapprochée ou de changement d'identité pour les témoins dans les affaires de crime organisé.

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