Côte d’Ivoire, une totale impasse politique
© mondafrique : Francis Sahel | 14 nov. 2020 09:51:00 | 3315Réélu officiellement à plus de 94% le président Alassane Ouattara a choisi la manière forte pour imposer sa victoire à ses adversaires. Au prix d’une confrontation qui mène droit son pays vers une crise politique sans fin. Sans compter les dizaines de manifestants tués depuis le début du processus électoral.
C’était son agenda : créer le Conseil national de transition et former ensuite une équipe gouvernementale pour « organiser de nouvelles élections justes et transparentes ».
L’opposition ivoirienne, après la première étape, n’aura pas eu le temps le mettre en place son cabinet chargé de reprendre la présidentielle du 31 octobre 2020. Le pouvoir d’Alassane Ouattara est passé à l’offensive en assignant d’abord dès jeudi 5 novembre à résidence à Abidjan Henri Konan Bedié. Une « mansuétude » selon le procureur du tribunal d’Abidjan Richard Adou qui a expliqué que la détention pure et simple a ainsi été évitée à l’ancien président ivoirien « eu égard à son âge ».
Détention au secret
L’ancien Premier ministre ivoirien Pascal Affi N’Guessan, porte-parole de la plate-forme de l’opposition, aura bénéficié de moins de prévenance. Il a été interpellé à près de 140 km d’Abidjan dans la nuit de vendredi à samedi derniers et se trouve actuellement détenu au secret.
Comme lui, 21 autres personnes, dont le numéro 2 du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), Maurice Kakou Guikahué, sont poursuivies pour « actes de terrorisme », « organisation et participation à un mouvement insurrectionnel » et « meurtres ». À cette vague d’interpellations, s’ajoute le déploiement d’importantes forces de police et de gendarmerie dans des localités réputées acquises à l’opposition.
Un pari risqué pour Ouattara
Pourtant, il n’est pas sûr que le pouvoir soit le grand gagnant de cette stratégie répressive. A en croire les chiffres officiels, seuls 53% des Ivoiriens se sont rendus aux urnes. Près d’un Ivoirien sur deux n’aura donc pas voté pour le président Ouattara. Ce qui l’oblige plutôt à chercher à rassembler le pays autour de cette réélection qui n’aura pas mobilisé les foules. La politique du tout répressif aura également eu pour effet de rassembler les opposants au pouvoir.
Sur 44 candidatures, 40 ont été invalidées ; sur les 4 candidatures validées, deux se sont retirées de la course avant le jour du scrutin. Finalement, le président sortant n’aura affronté dans les urnes que Kouadio Konan Bertin (KKB). Désormais, les 42 autres anciens candidats sont rassemblés dans l’opposition à Ouattara. Une partie de cette opposition emmenée par Guillaume Soro, ancien bras de droit du président Ouattara, s’est même radicalisée appelant ouvertement « les forces de défense et de sécurité à faire barrage à Ouattara ».
Incertaine au plan intérieur, la stratégie de la répression devrait être contreproductive auprès de la communauté internationale. Rompant avec la langue de bois habituelle, l’Union européenne a regretté lors du scrutin du 31 octobre « l’absence de consensus sur le cadre électoral [qui] a fracturé le pays ».
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